‹ Cours d'économie politique [microform]Chapitre 3 sur 209 · DE I.A PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE I.A PREMIÈRE ÉDITION

L’ouvrage (pie nous iirésentons au public sort de longues années d’enseignement de l’économie politiipie. Introduit dans les Facultés de droit à une place qui, au début, fut contestée peut-être et certainement modeste, renseignement de l’économie politique y a été peu à peu agrandi et s’étend maintenant sur deux années de licence, sans compter les cours spéciaux de doctorat. L’économie politi(iue se sent, dans les Facultés de droit, bien chez elle, et c’est tout à fait la maison qu’il lui fallait, car entre la structure juridique et la structure écononii(iue des sociétés il y a trop et de trop étroits rapjiorts jiour (pi’oii puisse sans dommage disjoindre les deux études.

Destiné {uincipalement aux étudiants inscrits dans les Facultés et (jui ont des examens à subir, nous voudrions espérer c[ue cet ouvrage ira trouver quehiues lecteurs en dehors du cercle des étudiants, parmi les hommes instruits en qui le souci des questions économiques éveille des curiosités nouvelles. 11 n’est inutile dans aucune occupation ou j<rofession d’avoir des faits économiques une notion précise; ils nous entourent, ils nous pénètrent, ils forment une part importante de la vie sociale; ils agissent, que nous le voulions ou non, sur la vie juivée de chacun de nous. Nous faisons tous, en quelque mesure, de l’économie politique sans le savoir et sans en savoir; sans doute vaudrait-il mieux en savoir un peu. Pour les hommes (jue leur intelligence,.

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leur culture, leur situation placent dans l’élite, c’est un bagage indis{)ensal)le-

Assurément les idées éconoini(|ues sont formées de bien des éléments disparates; elles ne sont jamais tout à fait libres, mènu' chez les hommes ipii mettent le plus de soin à ne juger de toutes choses (pravec indéjiendance. Nos intérêts privés, la i»Iace que nous occupons dans la société, nous inclinent dans tel ou tel sens, nous disposent à tenir pour vraies et bonnes les opinions les jilus eonformes à ce (jiii nous jiaraît etre notre avantage du moment; il est presque inifiossible de se dégager conqdètemeiit des préjugés de profession ou de classe. 11 n’en est que jilus nécessaire d avoir dans 1 esjuât une rejuésentation aussi e.xacte que fiossible des faits économiques et de la stiucture économique, et une rej)résentation qui ne soit jias celle seulement d’un I>etit Coin de la réalité extérieure, du fragment de société où les circonstances nous ont placés, qui, au contraire, embrasse l'ensemble des faits et de la structure. Si l’on peut se dégager des préjugés et des opinions toutes faites, ce n est (ju au juâx de 1 etlort necessaire pour gagner les crêtes d’où le regard s’étend à toutes les parties de l’horizon, (le n’est pas seulement une question de jtrobité intellectuelle. 11 n’y a d’action économiipie efficace que celle dont 1 homme (pii la crée a {ui mesurer à ra\ance les limites et les rejiercussions, de telle sorte (ju’il applique la force llli^e en jeu au jioint ju'écis où les consiùjuences en seront les plus étendues. Dans toutes les matières traitées dans cet ouvrage, nous nous sommes efforcés de mettre en lumièie les principes directeurs, ceux drud la connaissance. [)ermet de comprendre le complexe et le mouvant de la réalité économique.

Les hommes (jui font de la lhéf)rie economiipie n'ont pas dans le [uiblic une très bonne ré])utation; ils sont presque uussi décriés (pie les philosophes .* ce sont des assembleurs de nuées. L'idée ({ue le public, meme instruit, se fait de la théorie éc(^nomique est celle d une espèce de loc:oinachie

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inventée par des gens (}ui ne connaissent rien de ta vie et qu’ils superposent à la pratiipie économi(jue, >ans ipi’il y ait d’ailleurs, entre cette théorie et cette pratiijue, aucun lien nécessaire. Si les économistes veulent bien taire leui‘ examen de conscience, ils reconnaîtront jieut-être que certaines façons de concevoir la théorie économi(pie jieuvent donner un semblant de vérité à l’idée (pie s'en fait le public. Mais c’est une idée dont la fausseté est évidente pour qui conçoit l’économie politi(jue comme une science d’observation, ce (pbelle est en fait le plus souvent, ce qu’elle devrait toujoui's être. L’économie politi(jue ne lient rien apprendre qu’au spectacle de la vie; tout ce (pi’elle a de substance et de force, elle le tire de l’étude des faits. Dans l’économie politiipie ainsi conçue, la fonction de la théorie est de faire la criti(]ue des observations amassées, de classer les faits observés, d’y démêler l’accidentel d'avec le permanent, le particuliei' d’avec le général, enfin de les ordonner selon les rapiKM'ts nécessaires qui découlent de la nature des hommes et des choses. Fonction capitale, à défaut de quoi l’économie j(oliti({ue demeure un enijûrisme que pronn'-nent et ballottent en tous sens les circonstances et les impressions du moment. Il n’y a d’intelligence vraie et profonde des faits économiijues que par la théorie; la théorie extrait du minerai des faits le métal utilisable et s’efforce d’assembler ce métal en constructions aménagées selon un plan défini. Que les économistes ne craignent donc pas de mériter et d’arborer le nom de théoricien. D’ailleurs, n’esi pas théoricien ipii veut; il y faut diverses qualités d’esprit; le dédain que les empiriques affectent pour la théorie rajv pelle aisément certaine fable de La Fontaine.

Nous avons eu le souci, dans ce livre, de mentionner et de traiter les (piestions qui, dans chaque ordre de matière, sont ce qu’on est convenu d’appeler des (piestions d’actualité. Nous n’avons pas voulu toutefois leur faire une })lace disproportionnée à leur importance vraie. L’économie jiolitique ne se compose pas d’une collection de questions d’ac-

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lualité mises bout à lioiit. Elle est l’étude d’un ensembledont les parties sont liées, d’un certain aspect de la structure sociale. A tout moment il y a des jiroblèmes qui, par suite des circonstances, préoccu])ent d’une façon particulièrement vive 1 opinion }iubli(jue. Qui les aboi’de d’eml)lée et n’en veut connaître ipie les données du moment, fiagiles et changeantes, se condamne à ne jamais les bien comprendre; ils ne soid intelligibles que baignés de la lumière que dégage une étude d ensemble, (jue mis à la place où apjiai'aîtront les rapports (pi’ils soutiennent avec la structure économi(pie de l’éjto(pie. L’objet d’un livre comme celui-ci est j)récisément 1 étude de l’ensemlile et de la stiucture. 11 ne faut pas y chercher des solutions toutes taites jiour les questions du moment, mais les connaissances généjales et les méthodes (jui sont nécessaires jiour conqiremb'e les (juestions variées (pie le cours de la vie économique fait à tout moment émerger. Le cours doit à cet égard conqiléter le livre. Ce ([ui a sa jdace dans le livre, c’est surtout ce (ju il y a de stable et de i»ermanent ; le cours, ]ilu< soujile et jdus libre, j>eut suivre des méandi'es et pi'omener l’auditeur à travers les ipiestions d’actualité, y chercliant l’application et 1 illustration des idées générales que le livre a pour objet de dégager, l ne sorte de division du travail s’établit ainsi natui'ellement entre la jiarole écrite tt la parole parlée.

D ailleurs il ne tant pas tomber en de troji grandes illusions sur les jiossibilités de solutions ju'atujues que l’économie jK)liti(pie apporte au.\ problèmes du moment. Quand (piehpie chose va mal dans le corps social, et il y a toujours (piehpic chose (pii va mal, on se tourne vers les économistes et on les somme de guérii'. L’ancétre du médecin a été le sorcier qui avait, jumr tous les mauvais cas, des formules magiques. On n’en demande plus autant au médecin; mais, pour ce (pii est des économistes, le public paraît en être encore à 1 âge du sorcier. 11 n’y a (pie les ignorants et les empiri(jues (jui aient, en matière économique, des solutions toujours juêtes et (}ui croient guérir le mal en appli-

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nuanl quelque pommade sur ce qui n en est (pic le tôme. Les maladies économiques, c’est bien souvent atlaire de bonne hvgiène préventive (pi’on a mampié de suivre, plutôt (pie de remède curatif à trouver après coup. Et puis il n’y a guère d’organisme économi(pie (pii soit parlaittmienl saiip comme il n’y a guère d’hommes dont la santé soit toujours parfaitement bonne; il y a une part inévitable

d’erreurs et de maux.

Si le puldic tombe dans le travers de demander aux économistes ce (lu’il ne faut demander .pi’aiix sorciers, Ls économistes, de leur côté, n’évitent ]wis celui de se donner une conqtétence plus étendue (pi’il ne conviendrait. Coinme tous les techniciens, ils ont une tendance à ne considérer que leur propre teidmiqiie, ù tout ramener à elle, à ne voir dans les problèmes sociaux ipie les éléments ipii sont d (.u dre économiipie et à décider d’ajavs ces seuls cléments. Maiil y a dans les problèmes sociaux bien d’autres choses ipie de i’(konomie politique; il y a de la morale, il y a du droit, il y a de la ])olili(pie, il y a de la force II e^t bon que les hommes a})pelés au gouvernement des autres hommes sachent de l’économie politique; il serait hautement désirable qu’ils en eussent une connaissance plus approfondie que celle (pie généralement on leur voit et (pii souvent est j.roche du néant. Mais on peut être un excellent économiste et un détestable homme d’Etat. La techniipie économiipie n’est qu’un des apports qui forment la maticre premièie de l’art du gouvernement, un des éléments d une synthèse que seuls de vrais et rares hommes d Etat sont capables de

réaliser.

La guerre longue et terrible ipii vient d ébranler le inonde a certainement accru encore I inqiortance et 1 ampleur des problèmes économiques. Elle paraît avoir lait naître chez quelques personnes la croyance que toute l’économie politique allait être renouvelée et que nous allions vivre dans un monde entièrement diÜ'érent de celui auipiel nous étions accoutumés. Mais les choses ne se transforment pas, d ha-

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bitude, a\ ec cette soudaineté. II est viai seulement quela guene a mis eu mouvement des forces qui secouent tout le corps social, qu elle a jeté le tr'ouble dans les esprdts, br'omllé les limites du possible et du chimér-ique. Il rvest pas inconcevable qu’elle nous ait rnis au seuil d’une longue période d’agitations sociales et que nous assistions, dans les, <innées ipii viennent, a des exjiéi'iences communistes où noti'e civilisation euroi.éenne risijueinit de s’abîmer, des- ILielles en tout cas, elle ne sortirait pas sans de graves dom- :nages. Mais, quel <[ue doive être l’avenir, il demeure utile le bien connaître la société économique >jue va peut-être lallottei' la tempête.

I>e ]iublic a tait bien des l'ejiroclies aux économistes au aijet de la guerre. Il leur a r'ejiroché des ei'reui's gi'uves -ar sa durée et ses effets; il leur a fait grief de quelques u'ojdiéties inqirudentes. Que les économistes aient commisdes erreurs, cela est-il donc surquenant Le surju-enant lerait qu ils eussent été infaillibles, car ])ei'sonne ne l’a été i U sujet de cette guerr-e : ni les hommes poliliques à coup • ui , 111 les mililair'cs, ni aucune sorte de techniciens- Les t coiiomistes jieuvent valablement alléguer- que beaucoup ' es prévisions imprudentes et non l'éalisées qu'on leur reproche ont été faites iiar des gens qui n’avaieni pas qua- ] t(‘ pour parler en leur nom; on jicut se dire, et se croire, tt être cru économiste, sans l’être; l’économie fiolitiijue est Maimeut la terre bénie des faux ju'ophètes. Et juiis il y avait une sorte d’entente générale tacite pour éviter de emsidérer avec le sérieux ipi’il eût fallu l’hypothèse de la guerre. Sauf en Allemagne, où la pi’éparation à la guerre e ait de tous les domaines et de toutes les heui'es, les J euples \oulaient ci’oire a la paix; l’illusion jiaciliste les berçait; la b rance surtout écoutait les sirènes rjui doucement 1< menaient vers des récils où elle faillit ]térir'. Si la rnajor te des économistes ne jmrtait ipre trop peu d’attention a rx i>rob]èrnes économiques de la guerre, ce n’est pas tant

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à eux qu’il faut s'en prendre qu'à la faiblesse et à 1 aveuglement de l’espr it jtublic.

Par ailleurs, la guerre a été un champ d’expériences où beaucouj» des principes enseignés j>ar l’économie jiolitiipre ont tiduvé une éclatante conlirmation. Les économistes enseignaient ipie fabr iquer de la monnaie, ce n’est i>as cr“éer de la richesse, (jue la multiplication des signes rnouétair'es les déprécie et fait hausser les prâx; aju'ès l’exiiérience des dernières années, il n’y aurait probablement ]»lus personne pour contester cette vérité de bon sens. Ils enseignaient aussi (pie, lorsrpie les denr'ées sont rares et chèr'es, ce n’est jias de les taxer (jui r'amène l’abondance et le bon rnar’ché; il a bien fallu en convenir, malgré les ja'éjugés les plus tenaces. La {dus grande eraeur' économique de la guerr'e a été de sous-estimer la richesse, la {uiissauce {iioductive, la cohésion des nalions belligér'antes. Mais, tout coni]de fait, on trouverait (pre les expériences de la guerre ont a])|(orté {dus de confirmations ({ue de démentis aux doctrines des économistes; il y a d’autr'es coi'ps de doctrines dont on ne {lourrait {'as en dire autant.

Cet ouvrage était commencé avant la gueri'e; il a été achevé aloi’s ({u’elle durait encore; bien des {lages en ont été écrites à des heures gi'aves où les destinées de la patrie se fixaient lentement dans les liatailles. AVms ne pouvions pas, en les éci'ivant, détacher notre {lensée de ceux pour qui elles étaient éerdtes, des étudiants ({ui avaient suivi nos leçons et qui, maintenant aux armées, souffraient et mouraient pour' que la France vécût et fût grande. Entre le {jrofesseur et les élèves, il s’établit, à leur insu, une collaboration, même dans cette Faculté de Paris où les auditeurs sont, dans les cour's de licence, comme une foule où le maître en chaire en connaît à peine ({ueh{ues-uns par leur nom. C’est au cours {uiblic ({ue la {tensée affronte le grand jour, ({u’en s’extériorisant elle s'essaie, se {uécise, {ir-end {ileinement conscience d’elle-même; la façon dont elle est accueillie et comprise permet d'é{ir'ouver le degré

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