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VI

PRÉFACE

(le cohésion où elle est paivenue. En outre, se sentir resjionsuble (ie la trace ({u’impriineront les paroles dites en chaire dans des intelligences jeunes et encore accessibles aux influences, cela est pour le professeur un avertissement d’avoir à ne dire que les choses qui lui paraissent, en conscience, le })lus conformes à la vérité. Ceux devant qui, dulant les années qui ont ])récédé l;v guerre, la substance de cet ouvrage fut ainsi, peu à peu, formée et éprouvée ne sont pas tous revenus, beaucoup sont tombés sur la terre fran- (;aise (pi'ils défendaient et que leur sacritice a libérée. Que ce livre (pii rassemble et résume des leçons faites à la Faculté de Droit de Paris soit dédi(' à la mémoire de ceux étudiants (jni, dans la guerre, ont donné leur vie.

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Mars 1919.

INTRODUCTION

DÉFINITION ET OBJET DE L’ÉCONOMIE

1. — Objet de l’économie politique. Le caractère social de l’activité économique.

L’(k-onoiiiie politi(pie a jiour objet l’élude de l’aclivité humaine en tant que celle aclivilé est appliquée à l’acquisition des biens.

Les biens sont les choses matérielles considérées comme servant direclemcnt ou indirectement à la satisfaction de nos besoins fl). L’eau, le i)ain, les vêtements, les maisons d’habitation sont des biens en tant que choses jiropres à satisfaire notre besoin de

(I) Les économistes ont beaucoup tliscuté la question de savoir s’il fallait, h coté des biens matériels, iasUtiier la catégorie des biens immatériels, c’est-à-dire les services de riiomme en tant qu’ils sont utiles économiquement. La catégorie des biens immatériels comprendrait tous les travaux ■ humains appliqués à la produclion et à l'échange des biens matériels : le travail de Touvrier d’usine ou de ferme, celui du contremaître, de l’ingénieur, des directeurs, etc... Peut-être aussi conviendrait-il d’y comprendre tous les modes d’activité qui, sans concourir directement à la iiroduction et à la circulation des biens matériels, rendent cependant possibles ces opérations ou les facilitent : par exemple, Pactivité professionnelle du juge, du médecin, du soldat. La question des biens immatériels ne vaut pas toutes les discussions auxquelles elle a donné lieu. Définir Uéconomie politique comme l'étude dTin aspect de l’activité humaine, c’est faire entrer dans son contenu, les uns pour la totalité et les autres pour partie, les services et travaux dont on vient de parler. Mais la terminologie est plus ferme, de contours plus nets, et elle prête moins à confusion quand on réserve le terme de biens pour désigner les objets matériels propres à la satisfaction de nos besoins. (Sur cette controverse, consulter un excellent article de notre collègue Turgeon. Des prétendues richesses immatérielles, in Revue d*éconornie politique, 1889).

T. — Econ. poL — I. L

INI ENTIONAL SECOND EXPOSURE

\VI PREFACE

de cohésion où elle est parvenue. En outre, se sentir responsable de la trace qu’imprimeront les paroles dites en chaire dans des intelligences jeunes et encore accessibles aux influences, cela est pour le professeur un avertissement d'avoir à ne dire que les choses qui lui paraissent, en conscience, le i»lus confoiines à la vérité. Ceux devant qui, durant les années qui ont précédé la guerre, la substance de cet ouvrage fut ainsi, peu à peu, formée et éprouvée ne sont pas tous revenus, beaucoup sont tombés sur la terre franraise (pi’ils défendaient et que leur sacrifice a libérée. Que ce livre qui rassemble et résume des leçons faites à la Faculté de Droit de Paris soit dédié' à la mémoire de ceux de ses étudiants ([id, dans la guerre, ont donné leur vie.

Mars 1919.

INTRODUCTION

DÉFINITION ET OBJET DE L’ECONOMIE

§ 1. — Objet de l’économie politique. Le caractère social

de l’activité économique.

L’économie jiolitiipie a pour objet l’élude de l’activité humaine en tant que celle aclivilé est appliquée à l’acquisition des liiens.

Les Ijieus soûl les clioses matérielles considérées comme servant directement on indirectement à la satisfaction de nos besoins H). L’ean, le jiain, les vêlements, les maisons d’habitation sont des biens en tant (ine clioses iiroiires à satisfaire notre besoin de

(I) Les économistes ont beaucoup discuté la question de savoir s'il fallait, à côté des biens matériels, institm'r la catégorie des biens immatériels, c’est-à-tlire les services de riionune en tant qu’ils sont utiles économiquement. La catégorie des biens immatériels comprendrait tous les travaux humains appliqués à la jtroduciion et à l'échange des biens matériels : le travail de l'ouvrier d'usine ou de Terme, celui du contremaître, de l'ingénieur. des directeurs, etc... Peut-être aussi conviendrait-il d’y comprendre tous les modes d’activité qui. sans concourir directement à la production et à la circulation des biens matériels, rendent cejiendant possibles ces opérations ou les facilitent : par exemple, l’activité professionnelle du juge, du médecin, du soldat. La question des biens immatériels ne vaut pas toutes les discussions auxquelles elle a donné lieu. Définir l’économie politique comme l'étude d'un aspect de l’activité humaine, c’est faire entrer dans son contenu, les uns i>our la totalité et les autres pour partie, les services et travaux dont on vient de parler. Mais la terminologie est plus ferme, de contours plus nets, et elle prête moins à confusion quand on réserve le terme de biens pour désigner les objets matériels propres à la satisfaction de nos besoins. (Sur celte controverse, consulter un excellent article de noire collègue Turgeon. Des prétendues l'ichesses immatérielles, in Revue d'économie politique, 1889).

T. — Ucon, poL — I. y

lATKODlCTIOX

DÉFINITION ET OBJET DE L’ÉCONOMIE

§ 1. — Objet de l’économie politique. Le caractère social

de l’activité économique.

L’économie polilique a pour objet l’élude de l’activité humaine en tant que celle activité est aitpliquée à l’acquisition des biens.

Les biens sont les choses matérielles considérées comme servant directement ou indirectement à la satisfaction de nos besoins (1). l.’eau, le pain, les vêtements, les maisons d’habitation sont des biens en tant ([ue choses i>ropi*es à satisfaire notre besoin de

(1) Les économistes ont beaucoup discuté la question de savoir s'il fallait, a ciMé des biens matériels, instituer la catégorie des biens immatériels, c’est-à-dire les services de rhomme en tant qu’ils sont utiles économiquement. La catégorie des liions immatériels comprendrait tous les travaux humains appliqués à la riroducUon et à l'échange des biens matériels : le travail de l'ouvrier d’usine ou de ^ferme, celui du contremaître, de l’ingénieur. des directeurs, etc... Peut-être aussi conviendrait-il d’y comprendre tous les modes d'activité qui, sans concourir directement à la production et à la circulation des biens matériels, rendent cependant possibles ces opérations ou les facilitent : par exemple, l’activité professionnelle du juge, du médecin, du soldat. La question des biens immatériels ne vaut pas toutes les discussions auxquelles elle a donné lieu. Définir l’économie politique comme l'étude d’un aspect de l’activité humaine, c’est faire entrer dans son contenu, les uns pour la totalité et les autres pour partie, les services et travaux dont on vient de parler. Mais la terminologie est plus ferme, de contours plus nets, et elle prête moins à confusion quand on ré.serve le terme de biens pour désigner les objets matériels propres à la satisfaction de nos besoins. (Sur cette controverse, consulter un excellent article de notre collègue Turgeon. Des prétendues richesses immatcrieUcSt in Revue d'économie politique, 1880).

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IMHODlXrnON

nourrifure H nolrr hosoiii d'nhi'i. Tu j»iaiio, une a(juarelh\ un \Ww sont (les Mens en tant (jue elioses propres à salisfairt» noire besoin (h‘ S(Misations et (reiuolions esllietiques ou iW connaissanee seienlili((ue. O sont là des Ineiis ([ui serMMit à la satisfaetion do nos b(‘s()ins (Tune faeon directe. J1 y en a d'autres (jui y servent d'une fat'on indiri'cb*; pai* exemple, une machine agï'icole ou indnslri(dl(‘ s(*rl à produire d(‘s biens ([ue nous consoniiiunis.

1,'aclivilé humaine eu iant (juhïp|tliquée à racquisition des biens a deux (‘aracleres ([ui paraissent d’almid contradictoires, mais qui se comjtlelenl au lieu de s’o}tposer; elle est à la l'ois individiielh» »‘l sociale.

hll(* *‘st individtielle dans sa sourn , Elle (*st imu‘ ]»ar l;i nécessilé ou sont les homnu'S d(‘ li‘availh‘r pour subv(‘uir à leui’s bes(tins td pou:* amjliorei* leur condilion. De l’énergie dé])loyée ])ar eliju’un |»our al teindre un niveau d'existf'iH'e élevé dépend le mainîitm et le pi*o^rès d<‘ la ï’ichesse dans la s(u*iété, et, en ce .-eus. il est (‘xacl de dire (jue rinilialive individuelle est le [ti'incipal re'^sorl d(‘ la vie é<'ouomi(pu‘. Mais, mi même temps, dans >es mojies c( dans ses conditions de l'onci ionnemenl, l’activilé écinnmdiMît' a \r cara(‘b'‘re d'um» activité soidahv (à* n’(‘sl pas isolnncïd tpie l(‘s hommes (*X(M‘c»*nl leur activité économitpu', c’c'l comnu' part i(‘s const il uani^^s dt» groupements organisés. Considères comme agimls éeonomiipu'S, les hommes sont, par la f(nri‘ d(‘s ehos(*s, dans des i*apports étroits d'intei‘déjtendanct'; ils ont liesoin h‘s uns d<^s anlrt's et ils Iravadient, par nécessité, h*s uns [loni* l(‘s aulrrs. Sans dont»*, le eai’actei'e social do l'aclivilé éeonomiipie n'a pas toujours été aussi marqué ((u’il Test dans la vie mod(‘rne; il y a ni des organisations économiques ]>lus simjih‘s tpie la ubtr(‘, oh les activités économiques individuelles dépendai(mt moins les unes des nulï*es; ]teut-élie même y a-t-il eu nue j>réhistoii*(‘ éronomiipie ou tonte Eactivib' liumaine était réduite à la reeh(*rcJie individuelle de la suhsistance. Mais il lEy pas de vi(‘ é(*onomi(pu^ un ]ieu haute sans des lajqiorls organisés entre l(‘s activités individuelles et ]>ar consé(]uent sans interdépendance. Dans la vie économiqiu* moderne, il n’y a pas de place pour l’activilé (mrmmnl individuelhq [lar conséquent, ce que réconomie poliliipie étudie, ch^st un aspect des relations sociales, ce sont les j'elalions sociales formées en vue de racipiisilion des biens.

Il ai’rive cependaid aux économistes de raisonner sur les actes écommrupu's d’un homme à l’état liypolhéf ifjue d’isolement, de m(‘ltr(‘ en scène Robinson dans son île. C’est un procédé qui facilite rexjiosilion de certaines ({uestions, niais il est dangereux, et

DEFIMTIOX ET OU.TET DE E ECOXOMIE POEITIOEE 3

lorsqu’on l’eiiijiloie il ne faul ]>as oublier (jue l'on raisonne sur nue hyjiothèse prise en dehors de la réalité.

§ 2. — Analyse des notions de production, de circulation, de répartition et de consommation.

I/aclivilé économique s’emploie à l’acquisilion des liiens. C’est là nue notion complexe qu’il faut analyse!*; ractjuisilion des liions se résout en une multiplicilé d'opérations que l'on {)cul ramener aux trois catégories fondamentales de jtroducliou, de eirculaüoii et de répartit ion, et elle se projïose de pourvoir à lîi satisfaction des liesoins liumaius, c’est-à-diï‘e à la consommation. Les biens sont produits, ciirulmit et sont l'épartis en vue d’une (in dernièi’C des opérations économicpies (}ui est la consommation.

P I.a jiroduclioii comprend la série des opérations dont l’obiet est de modifier les choses dans leur substance ou dans leur forme afin de h*s remb'c ]H*oj)res à la salisfacliou des besoins humains, Nous dirons, par* ('xeni()le, (pie ragriculteur produit jtarce que son travail provoifue 1 aelifm des forces mécani([ues on ebiiniques qui traiisiormenl eu epi le gi*aiu semé dans la terre; (jue le meunier jiroduit {tarée cju'il somnef le Itlé (jue l'agricrdleur lui livre à l’action des forces mécanifjues (jui le Iransformenl mi farine; que le b(tulang(‘r jiroduit en faisant du jtaiu avec celle farine : tous trois contribuent a créei* l'utilité éi'om^mifjue du {tain qui nourrit les hommes. La jtntduclioii est l'Veuvn* commune de rbomine et des forces nalurelles.

2" La circulalion coinjtrend la séri(‘ des opérations dont l’objet est de tï'ansjtortei’ les choses d’un lieu à un autre jtour les mettre a ])orl(H‘ dt‘s besoins a satisfaire. Elle tend à |tiac(M* les liions là oii ils sont utiles ou le jilns utiles, et c’est nue fonction aussi essentielle que la production même. Si, industriel, j'ai besoin d’une machine nouvelle et do charbon pour l'alimenter, il ne

suffit pas que la machine soif chez le coiislrticlenr et le charbon sur le carreau de lu mine, il faut que l’un et l’autre aient été transjtortés dans mon usine. La circulation est un fait matériel; dans notre organisation économique, (jui a {touï* base la jiropriété privée, ce fait matériel se double d'un fait juridique qui est

l’échange (1;, le passage des biens d’im pali’imoine à un autre.

(1) Los économistes entendent l’échange en un sens plus large que les

juristes. Pour ceux-('i. récliaugc est le contrat défini par 1 article 1702 du

Code civil. Pour les économistes, l’échange s’entend de tout ce qui est transfert d’un droit sur un bien d’un patrimoine h un autre, quelle que soit la ({ualification juridique du contrat.

"i-s.i-s-vs.7r- -r’

4 INTRODUCTION

Le blé passe du patrimoine de ragriculteur à celui du négociant en grains, puis du patrimoine de celui-ci au patrimoine du meunier; puis sons tonne de farine à celui du boulanger, et enfin sous forme de pain à celui du consommateur.

Les faits de circulation et les faits d’échange ne vont pas nécessairemeni de pair. 11 y a îles faits de cimdalion sans échange : des matières premières circulent d’un atelier à un anlre dans la même entreprise, des marchandises circulent d’un magasin à un autre d'une même société commerciale. Il y a dos faits d’échange sans circulation : c’est le cas de tons les contrats relatifs aux immeuhles, ou encore des opérations à ti'rme sur valeurs mobilières ou sur marchandises; des valeurs mobilières dans un coffrefort ou des sacs de blé dans un magasin général peuvent changer ])lnsieurs fois de propriétaire sans déplacement.

Cependant, à envisager l’ensemble du mouvement économique, la circulation et l’échange sont dos faits qui s’appellent l’un l’autre et cela expliipie qu’on ne prenne pas toujours soin de les distinguer. bien que ce soitud deux faits de nature dissemlilabh', 1 un, fait matériel, ehangemeid de lieu; l’aulre. fait juridique, changeinenl de patrimoine. La circulation jiourra, au sens large, s’entendre de l’un et de l’autre.

3“ La ]u'oduclion et la circidation des biens j)araisseiit se }>résenler devant l'esprit comme deux catégories nettement séparées. Dans la réalité économique, il y a entre ces deux catégories de faits lies liens si étroits qu’il est difficilr de les étudier l’iiiie à jiarl de l’autre.

Tout d’abord la production se fait dan- le monde modeiTie, en vue de l’échange. Les hommes ne sont |»as occupés à produire chacun les choses dont il a besoin; il \ a un entre-croisement des activités économiques tel que, dans la plupart des cas, les hommes ne ]U'odnisent pas ce qu’ils consomment, et consomment ce qu'ils n’ont pas produit; ils vendent au marché ce qu’ils ont produit, et y achètent ce dont ils ont besoin, de sorte que la production et la circulation sont des opérations complémentaires. Le consominatenr français de la condition la plus modeste peut avoir sur sa table des jirodiiits de toutes les parties du inonde; du riz lie l’Inde ou de la Cochinchiiie, du thé de Chine ou de Ceylan, des bananes de la Côte occidentale d’Afrique, dn café du Brésil, et il porte du linge lait avec du coton américain.

Il ne faut pas d’ailleurs se . représenter la production et la circulation comme des opérations qui se succéderaient dans le temps, le bien étant d’abord produit, puis circulant pour aller

DÉFINITION ET OBJET DE L ECONOMIE POLITIQUE

chez le consommateur. Elles sont à tout moment étroitement mêlées; à chacune des étapes de la production, il y a des faits matériels de circulation et souvent aussi des faits juridiques d’échange. Par exemple, dans l’industrie de la soie, les cocons passent des sériciculteurs aux filateurs, la soie grège passe de la filature au moulinage, le fil de soie du moulinage à la teinturerie, de celle-ci au tissage, et la soie tissée passe à son tour dans bien des ateliers d’où sortent les combinaisons variées du vêlement et de l'ameublement. 11 y a des matières premières qui passent d un continent à un autre pour recevoir une première façon, puis à un troisième où la fabrication s’achève, et qui après ce voyage autour du monde reviennent comme produits achevés aux consommateurs de leur pays d’origine.

Enfin, ce qui achève de maripier le lien entre les deux catégories d’opérations, c’est que la circulation est aussi en un certain sens une production. Elle a pour objet de placer les biens à portée de la demande, leur conférant ainsi la valeur qu’ils n’avaient pas ou accroissant celle qu’ils avaient. La production ne fait rien d’autre; production et circulation, l’ime jiar les changements dans la forme ou dans la substance des choses, rautre par les changements de lieu ou de patrimoine, rendent les choses propres à satisfaire les besoins humains. Cela conduit, dans certains cas, à employer le terme de production dans un sens plus large que celui qui a été défini, à l’appliquer même aux opérations économiques qui ne déterminent aucun changement dans la forme on dans la substance des choses; on parlera, par exemple, de la production commerciale, on qualifiera de productives les opérations de commerce ou de transport. 11 y a des cas où il est commode d’employer cette terminologie.

4" La répartition est le partage des biens entre les hommes. L’activité économique, comme on l*’a dit, est essentiellement sociale; elle implique la coordination des efforts individuels et tout produit est, en un certain sens, quelque chose de commun; dans ce produit coinimm, il faut bien que soient déterminées les parts individuelles, et c’est la question de la répartition.

Cette partie de l’économie politique n’a pas autant que les autres un caractère de pure technique économique. La répartition des biens pose devant l’esprit des hommes une question de justice, et cela n’est pas de la compétence exclnsive des économistes. D’autre part, la répartition met en relief, bien plus que la production, la lutte des intérêts et des appétits. La production, sans doute, nous offre un spectacle de lutte, mais d’une lutte tem-

^ INTRODCCTIOX

peree par la taVessitu de groujier et de coordonner les activités indi\idnelles ])onr l’ntilisation des forces naturelles; elle est, vue d un certain coté, collahoralion et harmonie. Dans la répartition, les hommes sont des coimrtageants dont chacun s’efforce de faire

|)art aussi grosse que possible; ils s’opposent les uns aux autres.

lhen (fii(‘ la répartition se jiose comme question distincte des ipa^stions de production et de circulation, il n’y a pas dans notre organisation économique de mécanisme ((ui lui soit propre La répartition est déterminée, en règle générale, par l’arrangement lies activités économiques dans la production; la part assignée aux hommes dans le produit se trouve fixée en même temps que leur rêde comme agents économiques, comme travailleurs ou comme projiriélaires.

Tout l’elfort humain d’acquisition des hiens a pour fin leur consommation. Celle-ci peut être définie une destruction de valeur, par oiiposition à la jiroduction qui est une création de valeur. La destruction de valeur tantôt est impliquée dans l’usage même que nous faisons des hiens, tantôt s’opère par le seul efl^t du temps qui s’écoule au cours de cet usage. Quand nous bridons de la houille dans un foyer, c’est l’usage meme du liien qui en implique la destniction ; au contraire, un édifice périt moins par l’usage qu’en font les hommes ([ue par les injures du temps.

La consommation pré.^enle tous les degrés de la durée. Elle peut ne durer qu’un instant ; l’allumette qui hriïle, le verre d’eau ou la bouchée de pain que l’on avale. Elle peut se prolonger j)en-

dant des siècles, et nous avons encore des édifices construits par de lointains ancêtres.

La consommation apiiaraît comme la fin des opérations économiques quand on considère les produits achevés et qui servent directement a la satisfaction des liesoins humains ; vivres, vêtements, maisons d’hahitation, mobilier. L’acfivilé économique tend, en dernière analyse, à procurer la consommation la plus abondante et la meilleure possible des biens de cette sorte, et une oj'ganisation économique peut être jugée par la somme de satisfactions (pie, i)our une somme déterminée d’efforts, elle apporte aux hommes, et par la façon dont elle répartit entre eux ces satisfactions. De la consommation ainsi entendue, nous dirons qu elle donne a l’ensemble du mouvement économique sa signification et son objet, et (pie les opérations de }iroduction, de circulation et de réi»artition ne font que nous y ( ondiiire.

Mais la consommation est aussi un élément essentiel de ces opé-

DÉFINITION ET OBJET DE l’ÉCONOMIE POLITIQVE 7

rations mêmes. La production n’est qu’un excédent des utilités ■ci'éées sur les utilités détruites; elle ne nous donne des bi('ns (pi en en consommant. Pour faire du pain, il faut consommer de la farine, de l’eau, du sel, le charbon ou le bois nécessaire pour chauffer le four, et dans la mesure de l’usui'e subie, le four luimême et les outils dont le boulanger s’est servi. Nous ])ouvons convenir d’ajipeler consommations l'eproductives les consommations de celte dernière espèce, et improductives celles qui sont directement appliquées à la satisfaction de nos besoins. Ola sert à exprimer l’idée que les unes abolissent une utilité pour en créer une plus grande, tandis que les autres ne remplacent pas rutilité abolie, elles la sacrifient toute à nos besoins. Bien entendu, cette façon de dire n’est exacte qu’à la condition de considérer l’homme, le maintien de sa vie et de son hien-êlre, seulement comme les fins de l’activité économiipie. Quand on envisage l’homme comme agent économi(pie fournisseur de travail, les consommations sont . éviih'mment reju'oductives, en tant qu’elles entretiennent ses forces.

§ 3. — L’économie politique et la technique.

l/économie iiolitiipie étant la science de l’activité humaine appliipiée à l’acquisilion des biens se trouve en contact avec les diverses tecbniiiues, agricoles, industrielles ou commerciales que cette activité a créées, mais elle ne les englobe pas. S’il fallait posséder, pour mériti'r le litre d’économiste, la multiplicité des techniques professionnelles, jiersonne n’y pourrait jirétendre. Il ii’y a de jiroprement économitpie ipie l’étude des relations sociales formées entre les hommes pour l’exercice de leur activité, tiependant l’économie politique ne {leut pas se désintéresser complètement des techniques. D’une imrt, les modes de relations économi(pies dépendent à chmpie époque des caractères essentiels de la technique : le machinisme a contribué à déterminer les types actuellement dominants de relations économiques. D’autre part, le degré de richesse i[u’une société })eut atteindre dépend de l’avancement de la technique; celle-ci marque les limites et les procédés de la domination de l’homme sur la nature; il y a des notions économi([ues importantes (jui ne font qu’exprimer certains caractères généraux de la technique. Les études économiques impli(iuent donc une certaine intelligence de la technique de réjtoipie, au moins dans ce (pi’elle a d’essentiel.

INTRODLCTIO>'

§ 1. — Le point de vue historique en économie politique.

L’élude de l’économie politique s’offre à nous sous divers as])ects.

Elle peut etie limitée au temps présent; ou bien on peut s’attac iei a connadre les faits et les idées économiques du passé. L etude historique en économie politique est du plus haut intérêt Eu nuKiere de science sociale, c’est une, grande tache que de c leicher les lois de l’évolution humaine, dont l’évolution économuiiie est un des aspects. Pour ce qui est de la connaissance nenie de 1 organisation économique moderne, elle est facilitée par etude du liasse qui nous en fait voir les origines et la formation.

- ais les lois du dévelo])pempnt économique sont encore bien O iscures; il n’y a en cette matière que des essais, des suggestions, pas de vérités acquises. Les économistes historiens se bornent le plus souvent à une tâche moins ambitieuse, qui est d amasser des matériau.x, d’étudier les formes économiques du pour ce (fu 'elles nous apprennent de la vie d’autrefois, sans chercher a formuler les lois de l’évolution. Les études de cet ordre ont ete 1res activement poussées depuis la seconde moitié du -M.\ siecle, nolamment en .Ulemagne. Nous laisserons de côté dans cet ouvrage, ce qui est étude d’histoire économique, et nous nous proposons seulement de décrire l’état présent de l’organisation p’onoinique. Dans ce présent même, Pions ne nous attacherons qu’a étudier le type économique que l’on peut appeler européen, parce que c’est en Europe qu’il s’est constitué d’abord • le ype economique réalisé notamment par l’Angleterre, la France,

J Allemagne; ce type économique européen est d’ailleurs en voie i e se répandre sur l’ensemble du monde, et les Etats-Fnis de Amérique du Nord, par exemple, en offrent un excellent modèle le idus développé peut-être qu’il y ait actuellement.

.§ 2. — Observation et description des faits économiques. Les lois economiques. La science et l’art en économie politique.

-Meme limitée au temps jirésent, l’économie politique offre encore dos asjiects variés.

Elle est d abord une observation et une description des faits : c est la, pourrait-on dire, son programme minimum, dont l’ac- •'omphssemcnt déjà ne va pas sans difficultés, soit à raison de la

DEFIMTIOX ET OBJET DE L ECONOMIE POUTIQl E J

colupliçation de ce qu’il faut observer ou décrire, soit à raison de l’imperfection des procédés d’observation.

Elle est aussi un effort pour formuler les lois des jdiénomènes. Il y a beaucoup d’incertitude sur la notion de loi économique, sur le degré de ressemblance que les lois économiques, lois relatives à des faits sociaux, à des faits de rbomme, présentent avec celles (pie formulent les sciences de la nature. Mais il n’est pas contestable que de l’observation des phénomènes économiques se dégage la notion de relations entre ces phénomènes, relations présentant un caractère suffisant de constance pour qu’il y ait lieu de les appeler des lois. Toutefois, il est difficile de formuler avec précision ces lois; il y a dans la vie économique un tel entrecroisement de forces que dans beaucoiq) de cas leur vérification expérimentale ne peut être qu’incomplète et assez incertaine; il n’est en général possible de formuler une loi économique qu’en vue d’hypothèses arbitrairement simplifiées et en faisant abstraction de certaines circonstances, de sorte que la loi ne fournit pas une explication complète des réalités.

-\ussi l’économie politique ne se présente-t-elle jias comme formée d’un corps de lois auxquelles viendrait se rattacher la multiplicité des phénomènes. J. -B. Say l’avait pourtant conçue ainsi : « L’économie politiciue, disait-il, de même que les sciences » exactes, se coinjiose d’un petit nombre de principes et d’un » grand nombru de corollaires ou déductions de ces prin- » cipes. )) (1). Une expérience plus que séculaire a démontré ce qu’il y avait d’illusion dans ce programme. 11 est vrai que l’économie mathématique tend à le reprendre, mais les lois qu’elle formule ne sont valables que pour un étal économique d’une simplicité artificielle et très différent de la réalité sociale. Cependant, si difficile que soit la tâche de l’économie politique quand elle cherche à formuler des lois, la notion de loi n’en demeure pas moins essentielle; elle seide fournil l’armature où appuyer la description des phénomènes. L’idée de relations suffisamment constantes entre les phénomènes est suggérée par toute observation attentive de ceux-ci, et, à vrai dire, les raisonnements même les plus simples que nous pouvons faire en matière économique impliquent la croyance à de telles relations.

Observer et décrire les phénomènes, en rechercher les lois, cela est lu'cprenient la science économique. 11 y a une troisièm^ attitude possible de l’esprit, qui d’ailleurs ne s’oppose pas aux deux

(1) Traité d'économie politique, discours préliminaire, édit., 1803.

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