ORGA^’]SATIO^' DE LA PRODUCTION
routefois 1 électricité paraît devoir prendre un grand dévetoppenient (tans t’exptoitation agricote, soit pour tes travaux de t’iiitérieiir (battage, concassage des grains, coupe-racines, taveur'< O C...J soit même pour tes travaux de l’extérieur. L’organisation ( es distributions d’énergie électrique est appelée à rendre de grands services; le paysan, à la guerre, a au combien de choses et avec quelle lacilité, pouvait faire l’électricité, et il est bien plus dispose a s’en servir qu’il ne l’eût été avant 1914 (1).
Il y a de bonnes raisons ])our que, même dans les grandes exploitations, le maebinisme agricole ne tienne jamais une aussi grande place que le machinisme industriel. Im véritable machine en agriculture, peut-on dire, c’est le sol, (£ue tous les appareils utilises servent bien à remuer, creuser, ameublir, enrichir d’apports nouveaux, ensemencer, mais qu’ils ne peuvent pas remplacer. La production agricole est de nature biologique, tandis que la production industrielle se résout en mouvements ou en ciiangements dans la composition de la matière inorganique. D’autre part, le milieu du travail agricole n’est pas créé par l’homme comme 1 usine ou l’atelier, et ne peut pas être adapté à l’avance à la machine ; c’est, au contraire, la machine qui doit s’v adapter Ln outre, le travail agricote est dispersé sur de plus vastes étendues que le travail industriel et cela rend impossible le plus souveid 1 emploi de moteurs fixes d’une grande ])iiissance ; il faut des moteurs légers, faciles à transitorter ou automobiles Enlin la variété et la discontinuilé des travaux agricoles font que les machines, même t(3chniquement avantageuses, le sont économiquement moins (fue dans l’indiustrie, parce que leur emploi ne peut pas avoir la régularité qu’il a dans celle-ci ; chacune des machines agritmles ne peut guère être utilisée que quelques seinninos ou jiu'iue quelques jours dans ramiee.
§ 2. Culture extensive et culture intensive.
La teclmiijue agricole peut être dirigée dans le .sens de la culture extensive ou dans le sens de la culture intensive. Ces deux types de culture se différencient par le rapport de l’élément capital et travail a l’élément surface ; pour une quantité donnée de produit la culture extensive emploie une surface plus étendue, et la culture intensive plus de capital, ou de travail, ou de l’un et de l’au-
fl) Dans l’Est .le l’Allemagne, en Saxe au.ssi, il y avait, dès avant la guerre des dislnlmhons d energie élcctriqne exclusivement agricoles. En France il y a maintenant quel.iues secteurs organisés, notanmient dans le Valois
LES BASES TECH.MQUES DE l’ÉCO.XO.MIE Ili
tre à la fois. Sous une autre forme, nous pouvons dire que la culture extensive demande jilus à l'action des forces naturelles et moins à l’action de l’homme que la culture intensive. Cela laisse apercevoir tout ce qu’il y a de relatif dans ces deux notions et la jiart d’indétermination que leur définition comiiorte.
La cullurt* extensive, Itien qu’elle demande moins à l’action (Je l’homme, n’est jias nécessairement une culture arriérée. Il se jieut qu’elle .soit la plus avantageuse pour l’exploitant, alors cependant (pie celui-ci aurait les connaissances techniques et les capitaux (pi’il faut pour la culture intensive. Il n’v a aucun intérêt à con-
centrer le cajiital et le travail sur une surface restreinte dans les r(‘gioiis où la iiojiulation est peu dense et où sont disponibles, à bon compte, de vastes espaces de sol cultivable, La culture extensive est parfaitement adaiilée aux jiays encore neufs comme l’est, ])ar exemple, l’Argentine. Elle donne un jiroduit brut, à l’imité de surface, bien moindre que la culture intensive, mais ce (pii importe à l’exploitant, c’est le produit net en monnaie. La culture extensive, dans ces imys neufs habités par une pojmlation civilisée et instruite, comiiorte l’emploi d’un machinisme ti’ès développé.
La culture intensive tend, au contraire, à prédominer dans les vieux pays à population dense, où le sol a une vahmr vénale considérable, 'comrne la France, l’Angleterre, l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas, le Danemark, la Suisse, l’Italie (au moins l’Italie du Nord). Lii, c’est une nécessité économiipie (pie d’incor- ])orer au sol, élément de production rare et coûteux, des (piantités accrues de capital et de travail ; la culture intensive est le seul moyen pour l’exploitant d’obtenir, avec un produit brut plus considérable, un produit net satisfaisant. Les pays de l’Europe occidentale ont été poussés dans la voie de la culture intensive par la concurrence pressante des pays neufs <à vastes étendues disponibles et à culture exlensiv.', et ainsi chacun a lutté avec les armes qui lui étaient forgées par son milieu économique. Mais il ne faut prendre cela que comme une indication générale ; il y a des cultures intensives dans les jiays neufs et des cultures extensives dans de vieux pays.
La culture intimsive oi’tre elb'-même bien des nuances. Elle est possible ou avec beaucoup de Iravail ou avec beaucoup de capital, et s(‘lon les cas. c’est l’un ou l’autre éléimmt qui prédomine. En Lbine, pays de population dmise, il y a une culture intensive qui est à base de travail ; dans l’Europe occidentale, elle est plutiM à base de capital. Dans les grandes fermes du Nord de la France ou de la région circumparisienne, le capital d’exploitation attei-
L ORGAMSATION DE LA PR<)DLCTION
c ia.l avant la gueiTe, alors qne l'unild ,1e compte était le franc-
'‘“l’assail 1.(«10 francs par hec-
- -ont ilonc des conditions essentielles ,1e la culture intensive .11» comprise- Il y en a une autre : c'est une inovenne assez élevée
eirieialc , la culture intensive ii forme capitaliste et scienlin,|iie
r, 'r.v ‘ 'I" soi 'toi se lient au couraiit ,îes
P "cUs ei; inufues et qui sait risquer ses co|iitauï. I.'agriciilliire s imliisirialise ilans ses firocédés et dans son |,ersonnel.
§ 3. — La technique industrielle.
Ilans les imlnslries c-vlraclives, ,te Iransfornintion, ,1c transpoil, le inaclunisine joue un iiile |,l„s consi.léralde qu'en aericulce, puisque la inacliine peu,, la plupart temps, acconqdi, les ac CS ,1e prodm-lion ,,„i, en lunlière agri, <.le. sont l'œuvre , lu s„| meme, ,...pe,i,|,„i, ici encore, le progrès teclini.fue ne lient t uf entier dans le niaehinisme iiropreinent dit. Par exeinnle le développement de l’industrie inétallnrgiqne a eu pour point’ de depait La ].ossil.dité de faire servir la houille à la fusion du nuuerai de 1er, procédé .lécouvert en ITdo i.ar Abraham Darhv .du^iue-la. les minerais de fer fondus à la houille donnaient une
houille 'Tî J*'''*'''''’*' l'ouvean, par l’alliance de la
>0.1 lie et du ter, a donne l’essor à la métallurgie moderne Le
•j'ot h.urnean n’est pas une machine, c’est un creuset où s’aeeom-
lIi.vH-nt lies operations chimiques, h’invenlion du pnddlage faite
(IXs eï''
^ a lonthn, et trente ans auparavant la fabrication de lacer au creuset, découverte en JToO par Henjamin Ituntsman ne sont jias non plus des progrès que l’on jmis.se ramener au maehinisme (i). Au xi.x» siècle, on lient en dire autant de heauconj) de jirocedes qni ont porté à un si haut degré de i.erfeclion fa ..clulliiigie, méialliiigie .lu fer, du cuivre ou ,1e l'or. l,'„„o façon ^enerafe, dans la technique industrielle la connaissance exacte ‘de a comj.osit.on des eorj.s, de hmrs propriétés j.l. ysiqi.es et chimiques, des comhmaisons on ils peuvent ntilement entrer, est d’une
(-f . ur le (leveloppeniput ,i.j niacl.inisme en Xneleierre wme -- ,
■*9- 'Tt';-
LES BASES TECHMQLES DE L ÉCONOMIE
ini|)orlaiice qui ne le cède pas a celle du luachinisiue au sens Étroit du mol.
Il n’e.st j.as très aisé de définir la machine jiar oj.j.osilion à 1 outil. L outil, j.eul-on dire, n est qu’un accessoire manié j.ar 1 homme et qui ajoute à la force musculaire ou à l’hahileté de l’homme, celle-ci demeurant l’essentiel ; le marteau est le j.rolongement renforce du j.oing, les tenailles continucit tes doigts qui se contractent j.our saisir et serrer un objet. La machine se substitue à l’homme et accomplit j.our lui l’oj.ération ijue, seul ou s’aidant de l’outil, il avait jusque-là lui-mème accomj.lie. Dans l’état actuel des choses, la machine est sonvenl mue j.ar une force autre que celle de rhomme ou des animaux, et c’est l’utilisation des lorces inanimées ijui, en muftij.liant les machines, a créé le maehinisme ; mais l’emj.loi de ces forces n’est j.as un caractère essentiel de la machine ; une j.omj.e à bras, une hicyclette, ne sont J.as des outils, ce sont bien des machines ; et c'est aussi une mai bine que 1 antique hatteusi* mue j.ar des chevaux ijui fonctionne encore dans ijnel.jnes fermes. Sur la ligne de démarcation entre 1 outil et ta machine, il y a des cas incertains : le rouet, j.ar exemj.le, e.st-il 1 un ou 1 antre Le j.lus souvent d’ailleurs, quand on j.arle .lu machinisme, il convient d’y comj.rendre tout ce que 1 honiine utilise j.our accroître 1 efficacité de son travail ou de celui des animaux ; eida enleve leur intérêt à une série de distinctions que 1 on s’est j.artois efforcé de faire entre non seulement les
outils et les machines, mais celles-ci et les instruments ou les aj.j.arcils.
11 iinj.orle, j.ar contre, de distinguer dans les machines deux categories ; les machines motrices et les machines de travail. Les j.rcinières j.roduisenl on transforment l’énergie ; les secondes rutilisenl ; celles-ci se divisent à leur tour en diverses catégories, notainmeiil la maidiine-métier et la machine-outil. La machine à vaj.eiir, la dynamo, le moteur à essence sont des machines motrices ; le métier mécaniijne à filer ou à tisser, le tour, le marteau-j.ilon sont des machines de travail. .Mais les statistiques, imj.arfaitement j.récises, ne j.crniettent j.as de bien comj.ter .sq.aronicnl ces divorsos sorlos de niacliines.
Aon seulement l’outil, mais la machine, est quelque chose de très ancien. Le moulin à vent ou à eau, la j.omj.e, la charrue, le métier à li.sser. le métier à tricoter, la machine à imj.rimer exislaient avant le xvnp siècle, et quelques-unes de ces inventions sont d’nne haute antiquité ; dès longtemps aussi les machines de guerre avaient été utilisées. Mais c’est à partir du xviiP siècle et T. — Écon. pol. — I. ^
L ORGANISATION DE LA DROnUCTÎON
1 1 i l'organisation de la DRODLCTÎON
surlotil de la ser-oiide moitié de ee siècle, tiiie s’est produite la poussée d’iuveulion (pii a créé le machinisnie moderne. Ce sont, dans les imliislries textiles, h*s <lécouver!es de John Wvatt, de llai‘f:reav(*s, d’ArkwrijLdd , de (à‘ompton, de Cartwrifzht ; c’est, à la siiile des découvertes dord il a déjà été parlé dans la mélallur^de, la fondation mi Anizleterre de pi’ands établissements métallurgi- (fU(‘s, l(*s toiges de Dai’bv, de Wilkinson, de (Jrawshav, de Jolin lioebuek. de Samuel Walker ; c’est, enfin, la machine à vapeur rie James Watt, rpii allait jrénétrvr dans t'Uiles les industries et deleianiner le type écon(nni<[ue de la grande (Uitreprise (1).
1mi l’rance, une stalisti(|ue des foi'ces nudrices, di*essée à rocca- >ion du dénombrement de la ])opulation eu IdOii, fouiaiil les renseignements suivants.
La puissance totah^ des moteui’s existant en France en 190Ü était CI) ;
Mutriirs (1rs rlîiblisseintMils iiuluslrirjs, agricoles, commerciaux,
*‘tc a.a-io.ooo
Locomolivt's et aiitonuanccs h vapeur ties chemins de fer et
tramways 7.0JÜ.000
Moteurs à vapf'ur sur l(*s liateaux (navigation maritime et t1u-‘
viaie. nivigation militaire excC[dée) 1.200.000
Voilur(‘s aiitonmhilos, vélociiièdes à moteurs iOO.OOt)
Total !2.t:i0.000
La publicîition olficielle (pii fournit ces données contient aussi une evaluîtiion des forces motrices en divei’s pavs vers 19f)b. Mais les comparaisems inleiaiationales sort mahusées entre des erupielos fail(‘s à difléreides dates et sur des bases qui ne sont pas les inénies dans tous les juiys (3).
§ 4. — Les fonctions des machines et les conséquences
du machinisme.
l>a fonction technique des machines peut être envisagée à trois fioints de vne :
aï Les machint‘s mettent an service de 1 homme les forces inanimées : les forces dn vent, des chutes d eau ou des eaux cou-
(n Sur cc‘ttt‘ srrie de découvcrh's et de fondations (rentr(U>rises. voir Mantoux, op. vit.
(2) Statistique des forces inotriccs en 1000, Fans. 1011.
Ci) Ibid., Appmidice. Four la France, on Irouvt' dans cliaciiii des viilurnes de IM/unnn/e statisîifjue la stati"'ti(iue des appareils à vapeur emjiloyt's dans l'industrii* et les ti'ansports.
LKS BASES TECHMOUES I1E L ECONOMIE 1 1 .>
railles, de la vapeur d’eau, du ga/, de l’i-JleclricUé. C’esl la fonction des niacliines niofriees. D’ailleurs, quels tjue soient les progrès réalisés, nous ne savons encore utiliser qu'une faible jtarlie des forces naliirelles. L’énergie hydraulique eoininence à {>eine à èli'c ralionnellenienl utilisée; en Krance, on estime que l’énergie disponible représente environ de 8 <'i il millions de ebovaux-vapeiir disponibles, sur lesquels il y en a à peine 1 1 i million ipii soient inslallés (1). Le mouvement des marées demeure inemployé, la chaleur solaire, aussi ; do même encore les énergies latentes que renferment les combinaisons moléculaires de certains corps. La force même que nous employons le jdus, celle de la vajieui’ «l’eau, l’est médiocrement; la machine vapeur laisse jierdre plus de force qu’elle n’en utilise.
b) l.a imissance et la rapidité des machines i»erniettent «l'exéculer des travaux «pii dépasseraient les forces humaines armées seulement de l’outil. Dans l’imprimerie, les machines du tyjie courant liront en moyenne à l’heure 2Ü.000 exenqdaires de journan.x à huit pages, en u’cnijiloyant «pie «leux ouvriers, et le iournal sort de la presse collé, plié, {«rèt à être expé«lié. Aux Etat-rnis, dans les fahri«pies de conserves, il y a «les niacliines capables de traiter 27.000 saumons en dix heures. Dans le domaine des machines-outils appliquées au travail dn métal, il y a des lours qui jienvenl aliattre jiar minute 75 kilos «le copeaux métalliques.
c) La machine fait mieux que l’homme les travaux que celui-ci pourrait faire, parce qu’elle a raulomatisme et ne connaît jias la fatigue ([iii déprime l’organisme humain. Elle est éminemment propre à produire les objets rigoureiisemont iilenliques, par conséquent interchangeables, ce qui permet la fabrication par séries, la plus raj)ide et la moins coûteuse. Les pièces interchangeables jouent dans la technique moderne un grand rôle ; elles permettent notamment la vulgarisation des mécanismes les plus compliqués, le remplacement d’une pièce usée ou détériorée se faisant sans difficulté.
Le développtnnenl du machinisme a eu des conséquences extrêmement étendues. Il a contribué à donner la prépondérance à la grande industrie, jiarce que la supériorité technique est à l’ontreprise qui peut avoir les installations les plus complètes, les
(1) Il y a lii pour notre i»ays ime source importante de force, mais sur les possibilités et la rapidité d'utilisation de laiiuello il ne faut pas fornu'r d(‘s espérances excessives. Cf. Marcel Forte. L'industrie hi/dro-éleetriquc en Fraticc, in Revue d’économie politique, 192!.
il6
L ORGAMSATION DE LA PRODUCTION
reiioin olei* dos cju il le faut, et que ocla corite. clier. Il a accru à un <l(>gré L'ximordiiiairo la facilité, la rapidité des lraiisi)orts d’hommes el de marehandises, et beaiieoiip diminué leur prix. Il a fourni des moyens et nue ])uissanee de production (pii auraient paru lahuleiix il y a un siècle et demi. Il a délivré les hommes de heajucoiij) de là(dies jiénihles, rehutanles, dangereuses : la monluVe des grains, jiar exemple, ou enccjre le travail des nmcteurs, ces ouvriers ipii avant l’introduction des peignes mécaniijnes étaient charges di.*, passer la laiiu' tudre leurs dents jioni' en arracher h“s meuds, ou encore le souillage des houleilles. La machine diminue la jieine dt' I lioninu' et accroît la somme des biens.
D’aussi grands changements ne vont ]ias .sans troubles, et, ipiel- (jiit* accroissement de richesses et de loisii's (pi’ils apportent en lin de compte a la collectivite, sans souffi'ances pcjur des groujies jiaifois noinhreu.x. Quand un travail fait à la main jusipie-là est donné à la machine, ou quand un ouvrier suffît désormais a surveiller une machine ou un ensemble de machines pour les- (pn'lh's il en lallait (juaire ou ciiu[, des homnu's sont privés d(^ h'iii enijiloi el n ont nullement la certitude d'en trouver imniédialmnent r(‘qiiival(‘nl . Sans doute, à examiner les choses dans l’ensendde de la vie économi(pie, il n’est j.as douteux ([ue le Ira- \ail >u{»])rini(* jiar la machiiu' est demandé ailleurs, souvent même dans 1 industrie qui enqdoie c(‘tle machine et où la j)roduction est tellement accrue qu’il y faudra plus d’hommes (pi’aiq)aravant : il y a, par cxfunple, beaucoup jilus d’homnu's employés dans l’impi’inif'i it* (pi il n \ axait de copistes autrefois. Mais l’oux'rier chassiî l»ar la machine ne peut jias apporter ici la sénmité du théoricien, et la (piestion poui' lui n’est jias de savoir si (jnelque ])art il y aura une noux'elle demande de travail pour remplacer celle qui disjiarait, mais comment demain il gagnera sa vie. Les résistances el l(‘s violences contre les machines et leurs inx'enteurs forment un long chapitre d’iiistoiri' économique (1); elles n’ont jias encore cesst*. (‘t (ui France, au xx® siècle, il y en a plusieurs exemples (2). Il y a eu aussi une (piestion doctrinale du machinisme; et des
(!) rscllfi!. (tfi. vil., oliap. VI.
(2) Lu a (.oncîirm'au. It's ouviâais soiidoms ih's sardiiu'rirs se son!,
révoltés ronli’o riutrodiiclion des machines et ont saccagé les usines. La même année, la grève des lioutonniers de Méni a été en partie causée par l’installation de nouvelles machines. En IhOS, les ouvriers charbonniers do Rouen ua aient demande la su|)pression de tous les engins automaliiiues employés dans le port.
LES B.XSES TECH.MQL'ES DE L ECONOMIE J 1 l
auteurs, notamment Sismondi,' ont fait le jirocès des machines t.1); c’est un Jirocès aujourd’hui jugé, et il ne se trouverait jilus jicrsonne jiour soutemir que la technique moderne empire la situation économique des travailleurs manuels, ou seuhuueut la laisse stationnaire. Les [irogrès lechuiijues pi'ofitent à la collectivité tout entière.
L(‘ machinisme a modifié les caractères du travail ouvrii'r. !1 a fait en grande jiartic disparaître ce ijui, dans h' travail, était effort musciilairi'. Il a, d’autre part, bien amoindri le rèb» de l’habileté technique sjiécialisée; l’ouvrier cordonnier d’autrefois savait faire une chaussure entière, habileté inutile à celui d’aujourd’hui, conducteur ou surveillant de nu'eanismes (jui font les diverses jiarties de la chaussure el les assemblent. H a aussi amoindri l’inqiortance de la division du li'avail. .Adam Smith a décrit une manufacture d’éjiingles où (( l’imjiorlaut travail de faire une éjiingle esl divisé en dix-huit ojiérations distinctes, lesquelles, dans (‘(M'taiiK's fabi'i(]ues, sont renqilies jiar autant de mains différimles ». .Aujourd’hui, ce sont les machines (pii sont sjK'cialisées I)lul(')t (pie les hommes; l’ouvrier qui a la pralique des machines lient aisément passer de l’une à l’autre et changer de métier sans changer d’occujialion ; la machiiu' a déspécialisé riioinme. '>ous rinfluenci' d(' la machine, il s’est formé un tyjie nouveau d’ouvrier, qui a plus besoin d’attention en éx'eil, de jiromjititude et de jirécision dans Je geste, que de force musculaire ou d’habileté l(‘chniqu(‘ incorporée en lui par l’ajijirent issage et l’exjiérienci'.
Le machinisme a fait uiu' si forte impn'ssion sur les hommes du dernier sièch* qu’ils se sont jiarfois demandé jioiiripioi ils avaiiml encore besoin de Iravailh'r, ayant à leur service tant de forces docih's (2), et il s’en esl trouvé jiour jiroclanu'r le droit à la paresse. Malgré les machines et malgré tous les jirogrès de la t('chnique, la mVessité du travail restera la loi de l’humanité. D’abord la force totale des machines n’est jias un jiroduit net; il faut les faire, ces machines, les entretenir, les remjilacer, et beaucou ji d’hommes y sont employés; elles périssent économiqiu'ment bien avant que l’usure matérielle les ail nuulues inutili-
(1) SisiiîoiuU (1773-1842), .\ourcaitj' jtrinriprs ’Téconomic po/Hiquo, I8I'.L liv. VII, chap. vu.
(2) Eu appliquant la formule ciu[uT‘b|ue el irailleurs médioereinout exacte qui pose réquivalence d’un cheval-vapeur a trois chevaux vivants, et d'un cheval vivant à sept hoinines, on traduit #^n dos chiffres formidables de forces humaines la force des machines. Mais ce sont des apju’oximations assez grossières.
lis
L ORGAMSATIOX DE LA PRODUCTION
sables, jtaree qu une macliine nouvelle apparaît qui supplante 1 ancienne. Puis, la force des machines est absorbée pour la plus grande part par les transports, dans la pioporlion moyenne d’en- \iron 70 p. 100; quelle que soit rimportance économique des transports, cependant la richesse en biens matériels ne peut pas être acci'ue, de l’aiiplication des machines aux transports, autant qu’elle le serait de son application aux industries de la production ])ro])renient dite; encore, i)armi ces industries, une des i)lus mal jiarlagées en fait de machines est-elle l’agricultui'e, qui produit les choses les plus immédiatement nécessaires à la vie. Enfin, il no faut ]tas oublier que nos besoins et nos exigences augmentent à mesure que nous pouvons mieux les satisfaire, et qu’une hausse même légère du nivt'au <lu bien-être moyen représente une somme considérable de recherches, d’essais dont bien i)eu réussissent; à coté du progrès technique réalisé, il y a celui qui, conçu et tenté en vain, a absorbé sans résultat utile bien des forces humaines et mécaniques.
ë 5. — Les méthodes d’organisation du travail. Le système Taylor.
Les méthodes d’organisation du travail sont un point sur lequel, pend.mt longtemjis, ni les hommes d’affaires, ni les économistes n’ont beaucoup porté leur attention. Cela est demeuré dans la plu])art des industries (pielque chose d’empirique, réglé par la tradition ouvrière. Il y a pour chaque esjièce de travail une certaine norme empiiâque d’habileté, correspondant à un certain rendement (pie l’ouvrier moyen est considéré comme devant fournir, et tout l'effort de l’entrepreneur en cette matière consiste à instituer un système de contrôle et de stimulants tel qu’il obtienne de l’ouvrier ce rendement.
En ingénieur américain célèbre, Frédéric Winslow Taylor, a proposé d’introduire dans les modes d’exécution du travail les mêmes méthodes rigoureuses qui déjà gouvernent la partie mécanique de l’activité industrielle. Le système Taylor n’est pas une conception théorique, il a été élaboré par son auteur à la suite de longues et minutieuses expériences (1).
(1) F. W. Taylor, Prhiciiies d’organisatioii scientifique des usines, traduction française, avec une préface de Le Cliatelier, Paris, 1911; dn même auteur, La direction des ateliers, traduction l’raneai.se, 1919. Il s’est constitué une abondante littérature sur le taylorisme; nous citerons seulement (jDclfiues ouvrages ; Tliomj)son. Scienlific wanaqement, Ilurward Uriiversitij Press, 1914; Drury. Scientific nianayement, Columbia L’niversitij, 191.'j; Lahy, Le système
LES BASES TECHNIQUES DE L ECONOMIE
L’idée fondamentale du système Taylor est qu’il y a pour chatpie genre de travail une science de ce travail. Tout travail s(‘ décompose en une série de mouvements; le itroltlème scient ili(pn‘ à l'ésoudre est de déterminer pour chaque genre de travail (piels sont les mouvements les mieux appropriés à la tâche à accomplir, qui peuvent être exécutés avec le maximum de i-qiidité et le minimum de fatigue. L’ouvrier livré à lui-même n'est jtas apte à résoudre ce jiroblème; il exécute son travail d’après une routine traditionnelle plus ou moins modifiée jiar le coefficient de son habileté ifcrsonnelle et de son 7.èle iirofessionnel. Les conlremaîlrt's et surveillants, sortis la plupart des rangs ouvriers et pliés aux mêmes routines, ne sont pas non plus capables de poser en termes scientifiques et de résoudre le problème des méthodes d’exécution du travail. Lt> problème ne peut être résolu que par un personnel spécialisé, dont la fonction est de déterminer pour chaque esjtèce de travail les mouvements à exécuter et le temjis nécessaire à cluuiue mouvement.
Une fois la meilleure méthode de travail déterminée, il faut sélectionner et spécialiser les travailleurs, car l’apiilication d’une méthodtî rigoureusi' fait rt'ssoidir une diversité et une im'galité des aptitudes liien jdus grandes ipie ne font les méthodes trop biches suivies généralement. Il faut encore, chaque jour, (i.xer pour chaque travailleur la tâche à accomplir, la façon de l’accomplir, <‘l en contrôler strictement l’accomplissement. Le travail de l’homme, ainsi conduit selon une méthode ju’écise, prend un caractèr*' d’automatisme qui le fait ressembler au travail de la machine.
L'organisation scientifique du travail, sur le type du système Taylor, entre peu à jhui dans la jiralique, surtout aux Etats-Unis, mais non pas toujours avec la rigueur que Taylor lui avait donnée. Le système Taylor, dans sa forme première et rigoureuse, a été le point de départ d’un mouvement d’idées très intéressant qui tend à introduire dans l’organisation du travail bien jilus de rationnel qu’il n’y en a eu jusqu’à jirésent. Qu’il y ail là une conception juste et féconde, on n’en peut pas douter. I/empirisme et la routine qui gouvernent, d’une façon si générale encort*, l’accomplissement du travail manuel, ont pour conséquenc»' un
Taylor et la physiologie du travail prufessitmael, JOIG; Inihort. I.r sijstèwe Taylor, analyse et coyrunentaires, Trucliy, Le système Taylor, rommuni-
cation faite à rAcadétnie des Sciences morales et politiques, 11)20: Osîi‘u. Production industrielle et justice sociale en Amérique, 1021; Dugo llr^rirmville, Les nouvelles méthodes d'orgayiisation des ateliers, in Pulletin de la Statistique générale de la France, t. x.
L ORGANISATION DE LA PRODUCTION
ptiornif' ”asiiillag(‘ de l’aclivité humaine. Cn des faits que Taylor^ <iui avait été ouvrier, a le luieu.v mis eu lumière, c’est le faiblerendeimud du travail, faiblesse de rendement qui est due soit au.v mauvaises méthodes employées par l’ouvrier, soit à ce que Taylor apjitdle la tlàneri(‘ systématique. L’organisation scientifique boucheou i'(‘duit sensiblement ces deux fissures. Partout où les principes de I organisation scientifique sont appliqués convenablement — il \ a des échecs là où le taylorisme est mal i-ompris ou pratiqué sans les ]»récautions et ('onditions voulues — les résultats en sont conformes a l’intérêt social. Le rendement en travail de l’ouvrier est Ihtiucou]) accru; le nombre des ouvriers nécessaires pour fournir une quantité donnée de travail diminue; le salaire quotidien est augmente; la durée du travail peut être diminuée. Le prix de revient j)ar unité de produit est abaissé; le profit de l’entreprise peut être accru ou le prix de vente abaissé, ou les deux à la fois (Ij. Lu n*sumé, économie de travail, meilleure utilisation des forces biimaines, meilleure rémunération des travailleurs; répercussion siii' 1 (“utreprise d’une meilleure utilisation des forces humaines par I accroiss<'inent du j)rofit, sur le public par la baisse du prix.
11 est vrai qut‘ cette, meilleure utilisation des forces humaines qu imj)li(jut‘ 1 organisation scientifique, a fourni, aux gens qui oïd la vue courte, matière à critiquer le svstème. Puisque l’appli- (-alioii du système jjermef d’accomplir le même travail avec moins (1 onvrif'rs, elle crée, a-t-on dit, du chômage et de la misère.
L’objection n’i'st j)as neuve; c’est la même qui a été formulée longtemps contre le machinisme. Tout progrès technique qui économise du travail, que ce soit l’introdm lion d’une machine ou ccllf' d’une meilleure méthode de travail, cause un dommage nionnudané à cerlairu's catégories d’ouvi-icrs; mais, à considéi-er rensemt)h' de la vie économiqne, tout progrès technique est conforme à l’inlérêt commun; l’activité musculaire ou cérébrale des bommcs est une force ])récieuse qu’il faut se garder de gasjiiller, et c est la gaspiller que de ne pas l’employer ralionnellement. Ce (pii cn>e du clnunage et de la misère, c’est le mauvais travail, le
'!) Voici nolaniincnl Ja ('omparaisoii faite entre l'ancien sysU'ine et le Iioiiveaii, Jioiir le Iravail île cliarfrenieiit de minerai fi la pelle, dans la. ncthlt'hf'îu Conipnny :
-\ncien sysl. \ouv. syst.
-Nombrp (TouvrifTS
Toniiagf^ journalier j)ar homme...,
.loiirnée moyenne de l’ouvrier
Prix revieîit à la tonne
■ i fr. 7;i O fr. :îo
0 fr. 40 0 fr. 16 1/2.
LES BASES rECHMQUES DE L ECONOMIE 121
travail à rendement insuffisant, source de cherté, de sous-consomination, suite inévitable de la sous-jiroduction, cause ]»ar conséquent d’appauvrissement de la collectivité (k-onoinique.
Ce sont là des réflexions que l’on a quelque hésitation à taire, tant elles expriment d’évidence et, s(*nibh'-t-il, de banalité. On peut croire cependant qu’elles ne sont pas tout à fait inutiles. La guerre leur donne d’ailleurs un relief nouveau. Cbez tous les peuples belligérants, ajirès que tant d'hommes auront péi-i. les ])lus jeunes et les plus robustes, il y aura une disette de maind’œuvre, et il sera d'un intérêt vital d'utiliser de la façon la plus rationnelle celle dont on dis|iose.
Si justes et hk-onds que soient h‘s jirinciix's de l'organisation sci(*ntifi(jue du Iravail, il n’en faut pas méconnaître les dangers jiossibles ni les difficultés d’application.
Il semble que le système Taylor inqdique h' danger d’une certaine atli'inte à l’initiative du travailleur cl au dévelojipement de sa personnalité. L’ouvrier est lié, dans rf'xik-ution du travail, à une consigne extrêmement rigoureusi*, qui a pour conséipience une sorte dt.- déterminisme du Iravail; il v a ('xtension à riiommc même d(*s principes du machinisnu'; son Iravail pn'iid les cai-ac- 1ères d’automatisme et d’impersonnalilé qui étaient jusqu’iid considérés comme h' jiropre de la machine. Une jilus longiu' prati(]ne du système Taylor apprendra si ce péril d’une diminution de la jiersonnalité humaine est réel ou imaginain*; les observateurs qui ont décrit l’application du système ne paraissmtl pas lui donner d’imporlance.
Iki autre suji'l de crainte est qui' le Iravail intensif, impliijué dans le système Taylor, risque d’éjuiiser les hommes qui y sont soumis. L’objection ne jiorle ]ias contre le système Taylor bien compris e| saimunent apjiliqué, car h‘ principe du système est de détermiiu'r la tecbnique du travail jiropre à donner le rendement maximum avec la fatigue minimum. C’est le jirincipe appliqué dans l’entraînement sportif rationnel; il n’y a aucune raison de croire qu’il soit inapplicable au Iravail industriel. Il est loulefois à craindre que, dans certains cas, le système Taylor soit apjiliqué d’une façon défectueuse; l’application en est dirigée jiar des ingénieurs; il y aurait jilace jVour des jiliysiologisles chargés d’étudier de près la fatigue dans ses ndations avi'c le travail (1>- tkmlre le
(I) Il y a là ('us u ades duif uommoncuius ('( qui oui donm' df's r(*snllais inturessanls ; ou lus trouvera résumés dans une étiidu imhliéu par If Btdh’îtn de la Statistique générale de la Ftance, t. YIII. Dugé ot llfriiouville, iîcchn^ c'hes sur la ]ihgsiologie du travail pi'ofessionnel.
L ORGAMSATION DE LA PRODUCTION
]M*ril ev('îitupl du surmenage, il y a d’aillours <1ps garanties j)ossil»le>, notainiïient dans labrévialion de la dui'eo du travail, et le
iviultMii.'iit ncmi p;ir In i)rati(]ue du système Taylor facilité cette ahrévialioii.
Quant aux dilTicultcs d’application du pi incipe de l’organisation scienliti(pie, ell(‘s tiennent aux tâches et aux devoirs nouveaux <]ui incomhent à ta direction. Au lieu que l’exécution du travail était, avec les modes anciens, l’affaire des ouvriers et des contremailres, elle devient celle de la direction qui doit déterminer les méthodes et en imposer l’apidication stricte. La taylorisation inijdique un développement très grand des services techniques, administratifs et de contrôle.^' Il n’y a que les ftrandes entreprises où cela soit ])ossihle. D autre part, le ]ierfectionnement des méthodes de travail a i>our conséquence et pour condition celui de l’outillage; dans le système Taylor, les deux choses sont liées étroitement.
Quelle que puisse cire dans 1 avenir 1 extension donnée aux t»rincipes d'organisation scientifique du travail, il ne faudrait cependant pas croire que toutes les catégories de l’activité économique soient propres à en recevoir l’application. Le système Taylor n’est applicable que là où chaque travailleur peut êtrespécialisé dans une tache uniforme et où raccomplissement de celle tache peut être contrôlé étroitement par la direction. Ce n e>l ]»as le cas, ])ar exemple, du travail agricole (supra, même livre, chap. i), et voici une grande étendue de travail soustraite à raj)plicalion du système. Ce n’est pas le cas non plus de l’industii-' à domicile salariée (infra, même livre, chap. m), ni du travail que l’ouvrier va faire chez le client finslallation d’appartements, travaux à domicile de plomberie, électricité, etc.). Dans les mines aussi, l’ap])lication du système paraît bien difficile. Le véritable domaine du système Taylor, c’est l’usine et surtout la grande usine: c’est d’ailleurs un domaine assez large pour que cette meilleure organisation du travail ait une répercussion sensible ■sur le bien-être de la collectivité.
LE RE.NDE.MEXT DECROISSANT
Le rendement décroissant est un fait tecbnique d’une application universelle, qui a tout d’abord, il est vrai, frappé l’atteniion dans les exploitations agricoles seulement. A'oici sous quelle forme il se présente. Entre les multiples éléments, humains et
LES BASES TECHNIQUES DE L ECONOMIE
matériels, qui comi)osent une exploitation, il y a une lu'oportion à établir qui n’est jias arbitrairement choisie. Il ne viendrait jias à l’esprit d’un entrepreneur d’industrie d’accroître indéfiniment son outillage sans accroître aussi son jiersonnel, ni de tenter l’inverse. Une comj)agnie de chemins <le fer sait qu’elle doit maintenir une certaine pro[iortion entre les locomotives et les wagons, enli'e l’enseinhle de son matériel roulant et les installations tixr*s, stations, garages, etc.... entre son jiersonnel de la voie, son ]»ersonmd de la traction, son personnel de l’exploitation, et ainsi de suite. La jiroportion à observer entre le capital et le travail et entre les divers éléments de l’un et de l’aidre est d’ailleurs très loin d’être constante. Elle varie selon la nature île l’exploitation, et même, dans chaque genre d’exploitation, selon les conditions propres à chaque établissement; elle varie avec les changements qui surviennent dans la technique, .et c’est, par exemple, un fait général que dans la grande industrie moderne il y a une proportion croissante, par rapport au travail, de cajiital sous forme d’outillage et d’installations. Dans chaque genre d'exploitation et ilans chaque établissement, c’est par tâtonnements que les entrepreneurs trouvent la projiortion optimum, et ils ne la trouvent pas tous exaclenient; une des conditions du succès des entreprises est de déterminer aussi vite et aussi exactement que possible la proportion entre les éléments matériels et les éléments humains qui donne le rendement le plus élevé, et de modifier cette proportion selon les changements qui se produisent dans le milieu économique et dans la technique.
Pour ce qui est de la production industrielle, du commerce, des transports, il n’y a pas, en général, de très grandes difficultés, du moins il n’y a pas de difficultés insurmontables, à faire varier les relations entre les éléments qui concourent à l’exploitation, de façon à atteindre, et à maintenir la proportion optimum. Les principaux facteurs de la production sont ici le capital sous forme d’outillage et le travail; avec de l’argent et du temjis, il est en général possible d’accroître l’un et l’autre dans les proportions qu’il faut. Il n’en est pas de même pour la production agricole; ici, comme nous l’avons fait remarquer, c’est le capital sous forme de terre qui est l’instrument essentiel de la production: une exploitation agricole peut sans doute s’étendre aux dépens de ses voisines, mais si on considère une nation dans son ensemble, la terre est une quantité donnée qui ne peut jias être accrue.
De là se tire une conséquence importante. Dans un vieux pays où la population est dense et où toutes les parties du sol propres à
L OROAMSATION DE LA mODUCTION
la cullui'e sojil, a j>(*ii do (‘hoso jjros, oooiipt^os, un suroroît do pi*oliuclion a^'i'icolo no paiii être oi)toim (jue pm- l’application au sol lie (|uaiiliics (le [)lus en plus j.u'andes de Iravail el de capilal sous forme d outillage, d’engrais, elc..., disons, f)our simplifier, de Iravail, étant enlemlu (pie toute dose nouvi lU* de travail applirpiée au sol comprend une dose correspondante de capital mobilier. Or l’t'xpi'i'iem’e apprend (pi’au delà d’um* certaine proportion de Iravail apjiliqimi' a nue (piantité constante de terre, l’apiiort des uouvtdles doses de Iravail ne donne jilus un rendement égal a celui des jirécédentes, mais moindre. Soit une dose de travail représentée par 1 el cpii, apfilirjuée à la culture d’un hectare de terre, permettait d’en obtenir en moyenne Ifi hectolitres de blé; si la dose de travail est portée de 1 à 2, le rendement moyen en bie ne sera jias porté de Ifi à .'12 hectolitres, il le sera disons a 28; si la dose di* travail l'st jiortéi' de 2 à .‘1, le rendement en blé ne sera pas porte de 28 à 42, il le sera disons à 33. Ainsi le rendement de la pi-mnièri' dose de Iravail était Ki, celui de la seconde est 12 (28 — Ifi = 12), cidui de la troisième est 7 (.33 — 28 = 7). (. est le phénomène, du rendement décroiss.nit, ou moins que pro- [lortionnel, un a(X*roissement de la dose de Iravail ne procurant pas un accroisst'ment aussi grand du rendement : dans notre hypothèse, à un premier accroissement de Iravail qui est de 100 p. 100, correspond un accroissement de rendement qui est de /3 ]). 100; à un second accroissement de Iravail qui est de .30 J». 100 correspond un accroissemeid de rendement (pii est de 23 p. 100. Si on })oussait jilns loin l’exjiérienct', on cimsiaterait que l('s accroissements successifs de la dose de Iravail donnent des accroissements de rendement de plus im jilus faihles, jusqu’à ce que le rmidement ne puisse plus du tout (Mre accru. Stuart Mill a comparé la productivité du sol à un ii<su élastique qu’on ne jieut étmidri' que de moins en moins en déiiloyant des efforts de plus en plus grands, jusipi’au point où il d(*vienl impossible de l’étendri' davantage.
Les chiffres donnés sont éviihmiment quelque idiose d’arhilraire et n’ont pour objet que de rendre le raisonnement plus aisément intelligible. En réalité, les choses sont jilus compliquées; le point à {lartir duquel le rendement commence à décroître varie avec h* milieu physique et l’ensemble des circonstances économiques; la décroissance du rendement ne suit pas une marche régulière. Mais le fait essentiel est que l’accroissement de la quantité de Iravail appliquée à la culture d’une quantité constante de sol ne jieut pas donni'r indéfiniment un accroissement proportionnel de-
LES BASES TECH.MQLES DE l’ÉCONO.MIE 12.)
rendement. Une preuve évidente de la réalité du rendement décroissant se tire du fait ipie les meilleures terres ne sont pas les seuh's eullivé(‘>. Dans un domaiiu' agricole, les terres ne soid pas de qualité égale; il y en a de bonnes, de moins bonnes, de médiocri's; il y en a, par exenqile, sur lesquelles on ne peut obtenir (pie 20 hectolitres de hié à riieclan* avi'c la même dépense de travail (pu en fait obtenir 23 sur d’autres. Si l’exploilant pouvait doubler la l'écolte sur les meilleures tmi-es im doublant le Iravail (fu’il leur consacre, il aurait avaidage à le faire el à les cultiver smiles; il obtiendrait en effet pour cbaqiu' dose u de Iravail 23 hi'ctolilres de blé, aloi's qu’en cultivant à la fois toutes les terres il obtient, pour chaque dose n de Iravail, tantôt 23 h(*ctolilres et tantôt 20 seulement. C’est jiarce que le rmidement décroissant est une réalité rpie la culture n’est pus, d’une façon yénérah', concentrée sur les terri's de la nudlleure ipialite.
Le jihénomène du ri'ndem'eni décroissant a été longtemps considéré comme jtrojm* à l’agriculture. En réalité, il est tout a lait général; dans n’importe quel genre d’exploitation, si ou fait varier un d('s élémi'uls di* l’exploitation, les autres dmneui'anl constants, les accroissements successifs de l’élément vai'iable ne jieuvi'iil pas donner indéfiniment des ai’croissmnenis propôrlionmds de rendement. C’est un aspect général de la teclmiipie de la }iroduction, quel que soit l’ordre de i»roduclion que l’on (mvisage. Aussi ('sl-il tout à fait inexact d’opposer sur ce point l’industrie à l’agriculture, comme on le fait souvent. La seule différmice qu'il y ail entri' h's exploitations agricoles et les exjiloitations industrielles, c’est que dans les exploitations anlri's que les agricoles, il est en général possible de faire variei- ensemble h's divers facteui's de la jiroduction, de façon à maintenir entre eux la proportion la ])lus convenable, tandis qu’en agriculture la ti'm* est uni' quantité constante, du moins à ]ieu de chose jirès, dans les vieux pays à population dense (1).
(1) Sur la prutundiiu opposilîon cnln» ragricuîlnru ut riudiislrit\ voiuL lithùine qno lieaucoiip d'aiilears dévoloppenl. Dans roxjiIoUalion agriruio. u no rapilal supposé croissant, ne correspondent pas des rendements exactement iirojiort ionnels; la croissance des rendements est moindre que cellf' du <‘apital. Au contrains, dans rexidoitation industrielle, la croissance des rendements est jilus grande que celle du cajiital: doublez le capital d’une entrf'prise, vous aurez, en général, touti'S choses égales, un rendement ]tlns que double. Donc rendement, moins que proportionnel, soit décroissant . en agricultim*: rendement plus que proportionnel, soit croissant en industrie.
Il y a dans cette façon de présenter la chose une confusion et même deux, t ne première confusion est celle du rendement et du bénéfice : dans I exploi-
L ORGAMSATION DE LA PKODUC7ION
Los éoonoiuislos de la première moitié du xix'" siècle ont attachéheaiicoui) d’importance à ce phénomène, surtout les économistes de I école anglaise. Aux époques où la technique agricole faisait l)ou de progrès, où la mise en valeur des pavs neufs commençait a p«une, d est aisé de comprendre que les économistes aient éprouvé la crainte ([ue la terre i>ourrait manquer aux hommes, et <pie, cultivée avec de i»lus en idus de jæine et de dépense, elle ne produirait (jue d une façon de plus en jdus parcimonieuse leur subsistance. C’est avec cet aspect redoutable (lue le fait du rendement décroissant est entré dans l’économie politique au XIX® siècle (1).
Le reudemeiit décroissant se fait durement sentir aux pays à tectmiipie stationnaire et à population rapidement croissante; il exjiliipie jirobablement dans le passé bien des migrations et bien des guerres : il exjdifiue encore dans le présent, du moins en ]tartie, ces grands courants d’émigration qui portent les hommes des vieux jiays suriteuplés vers les terres neuves. Mais [)our l’enseudile des peujdes de haute culture économique, il y a divers faits (pu lui donnent un tout autre aspect qu’au début du
sied»*.
a) La 01‘oissaiire do la poimlalioii tend a se raloidir, et elle a nioine cessé dans certains ]>ays.
b) La technique ajiricole a fait de grands progrès, par <rautres
talion industrielle, ce qui a ciuiiice d’aiiginenlcr plus que proporUoiiiiellenient au capital, c'est le bcnélicc net. ou inonnaie. de rcnlropriso, cliose cnliercinent distincte du rendcinont cii nature qui est la chose dont nous nous occupons ici. Pour le rendcinont on natnre, raccroissoinonl plus que i»roportioniiel est un fait beaucoup moins général, qui tantôt se réalise et tantôt non. Et voiei la seconde confusion : dire que dans Pir-dustrio le rendement s’accroit i)Ius que projiortionuelloment au eaptta., c’est traiter la question dos avanlaues (juc confère la cramieur do rentreprise; d’une façon générale, dans l'industrie, les grandes enirepiiscs ont des éléments sérieux de supériorité sur les petites. Ces éléments de supériorité n'existent pas, ou tout au moins iCcxistent qu'à un degré moindre (ians ragricullure (in/ra, même livre, chap. iv). Mais celte question de la grandeur des entreprises est tout à fait distincte de celle qui nous occupe ici et qui est la question do savoir quelle est la proportion la plus oonvonable à instituer eidre les divers éléments de Pexploitalion.
On lira avec profit, sur la notion générale du rendement décroissant, le chapitre qui y est consacré par Carver, dans son ouvrage Pa répartition des richesses, traduction française, 1912.
(I) C est surtout Pécole anglaise qui s'est attachée à ce phénomène du rendement décrois.sauf : formulée par Malthus cl par Ricaulo, la loi du rendement décroissant a été étudiée d'une façon approfondie par Stuart Mill, Principesü écotiomie ptjUtifjne, lixuUictiou franeai.se, t. I. li\ . I, chap. xn.
LES BASES TECHXIQUES DE L ECONOMIE
voies que la hrlmhiue indiislrielle, ])ar l’amélioration des terres, le iterfeclioimement des es})('ees animales et végétales, l’utilisation de terres longtenqis considérées comme improiu-es à la eullnre, et il n’y a anciine raison de croire que l’on est an terme de ces progrès. Notre eonce]tlion de la fertilité du sol a changé; an lien de la considér(‘r comme nue qualité naturelle du sol, (piy l’agriculb'ur se borne à exjiloiler telle (luelle, elle nous apparaît comme une cbos(‘ (}iii j»(>nl être accrue et nu'nie créée ]»ar l’effort de l’homme. L’est un des as[»ects de ce qu’on nomme l’industrialisation de l’agriculture. Or, le fait du rendement décroissant impli- (pie bien ipie dans un étal donné de la technique il y a nue limite de jirodiictivité que l’on ne peut franchir, mais les progrès de la leelmiqne peuvent reculer cette limite très loin, et même indéfiniment.
c) Il y a encore dans le monde de grandes réserves de terres iiiexploiliM's, (‘I le jiciqib'iucnt progressif du monde ptuinel de les mettre en valeur, eu même temps (pie la facilité des trausiiorls jieriiK't aux vieux ]»ays (jui ne jiroduiseut pas toute leur siihsistaiice d’aller la chercher au loin.
(}) Oiilr(' la t(‘cbni(pie agricole, il y eu a une auli'c dont il y a lieu pour l’avenir d’envisager les jirogrès ; c’est la technique alimentaire, l’art d’aménager le mieux possible pour notre suhsislaiice b'S produits du sol. Il jiaraît certain (}ue nous gaspillons la nourriture, et les hygi(‘nistes affirment que nous pourrions nous jirocurer à moins de frais, ]iar le do.sage rationnel des diver> aliments, le nombre de calories nécessaires à rentretien de nos forces. C’est là un }»oint sur lequel la nécessité du rationnement, au cours de la guérie de 1914, a fortement appelé l’attention; ]»eut-ètre sorüra-t-il de ees dures expériences (quel(|ues progrès durahles en matière de consommation.