I- OKGA?;iSATION DK LA PHODL’CTIO
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aie I industrie a domicile est un mode d 'organisât ioh du l•a^all a contours imprécis, et plein de complications. L’entrelueneni tantôt est en relations avec les travailleurs à domicile par ses propres agents, tantôt traite avec des intermédiaires qui ne sont pas vis-a-vis de lui des salariés, mais plutôt des sous-entrepieneurs se chargeant, à leurs risques, de distribuer l’ouvrage à hnre, < e vérifier et de rendre l’ouvrage fait, et tirant leur bénéfice •le la dit erence entre le prix global qu’ils reçoivent de l’entrepreiieur et les salaires qu’ils paient aux ouvriers. Cet intermédiaire, ou 11 est qu intermediaire, ou est en même temps ouvrier; il gardé alors une partie de la besogne pour lui, ne distribuant à d’autres •lue ce qu 11 ne peut pas faire; il peut prendre avec lui un ou iilusieurs auxiliaires, les faire travailler sous sa direction, organiser ainsi un petit atelier; si cel atelier grandit et arrive à grouper une dizaine d ouvriers, parfois davantage, on sort évidemment fout à ta II du cadre de l’industrie à domicile.
r.c rùle (le I -entrepreneur dnns l-in.luslrie à domicile est plutôt ommerciol que proprement industriel^ la Iranstormalion indus- M elle ne s accomplit pas sous sa direction et sa surveillance- il
luoduil (al, ruine. Cependant il est assez fréquent que certaines operations iiidiistrielles s'accomplissent dons les locaux de l’en- Irepreiiciir; dans la confection des vêlemenis, la coupe des vêtemenis II heu a.l atelier patronal et les diverses pièces sont ensuite lepartms entre les ouvriers, ri'oiilres fois, ce sont les opérations de niiissage el d assemhlage qui sont faites dans les locaux de I en repreneur. I. -ouvrier est le plus souvent propriétaire de son oulil iige; cependant, quand cet outillage est coûteux, il se peut que I entrepreneur le lui loue ou le lui vende à crédit contre paieiiient à leriues espacés, et les relations économiques ’du Iratailleiir a domicile avec l'employeur se rapprochent encore un pDïï plus de celles de Toiivrier d'usine.
Hans beaucoup de ras, il y a possibilité d'organiser le travail ou selon le mode centralisé, en usine ou atelier, ou selon le mode disperse du travail à domicile. Quelles sont les raisons qui peiivem décider du choix entre ces deux modes d'organisation.»
Hans le liavail a domicile, l'entrepreneur trouve les avantaces
a) tviter les frais fl’installation et (l’ex))loitatioii de la fabrique : •atinients et outillage à acquérir, amortir, renouveler; éclairage chauftage assurances, etc... Il n’y a besoin que de bureaux pour leceAoir les matières premières ou les marchandises fabriquées, et
LES TYPES D ORG.4MSATIOX DE L.A PRODUCTION
de quelques ateliers dans le cas où cerlaiiies opérations préparatoires ou de finissage sont faites par l’entrepreneur. 11 n’y a pas à rémunérer un personnel plus ou moins nombreux de directeurs, ingénieurs, chefs d’ateliers, etc.
6) riiliser des forces île travail qui, sauf quelques catégori;*s d’ouvriers qualifiés faisant l’article de luxe, se contentent de salaires plus bas qu’à l’usine. Les travailleurs à domicile sont en majorité des femmes qui, pour des raisons diverses, ne peuvent pas ou ne veulent jias aller à l’usine, et pour qui souvent le salaire est une ressource d’appoint.
c) Kchajiper, soit en droit, soit au moins en fait, à cause de la difficulté des contrôles, à la iilupart des jirescriptions de la législation ouvrière. L’est ainsi qu’en France, après la loi du 110 mars 1900, réglementant le travail des femmes el des enfants, il y a eu pendant quelques années un mouvement d’extension de l’industrie à domicile aux dépens de la fabrique.
d) Rejeter sur les ouvriers les conséquences des fluctuations qui surviennent dans la production; l’entrepreneur qui emploie le travail à domicile, en emploie plus ou moins, ralentit, accélère, ou supend la distribution de l’ouvrage selon les circonstances, et l’ouvrier jiasse ainsi par des alternatives de surmenage et de <'hôma,i;e. Dans la falirique, les capitaux immobilisés contraignent à ])lus de régularité dans la production; plutôt que de laisser l’outillage inactif, l’entrejireneur fera du stock, et d’autre part, dans les moments de presse, la journée de l’ouvrier ne peut pas être allongée aussi librement que celle de l’ouvrier à domicile.
Voici, par contre, les éléments de supériorité de l’usine sui le travail à domicile.
(i) 11 y a d’abord le machinisme; l’avantage à ce point de vue est tel que, dès que la technique atteint un certain degré de com jilication, la question ne se pose même plus entre le travail en fabrique et le travail à domicile. 11 est vrai que l’emploi des machines n’est pas impossible dans le travail à domicile; par exemple, la machine à coudre, les diverses machines employées dans la bonneterie et le tissage. Lors de l’apparition des jietits moteurs el des procédés de transmission de l’énergie à grande distance, certains auteurs se sont imaginé que, sur le terrain de la technique, le travail à domicile serait désormais l’égal de l’usine, el l’on cT fait le rêve de ce que l’on a nommé l’usine au logis. Mais cela n’était pas souhaitable et en fait ne s’est pas réalisé. Le moteur central commandant à l’usine de nombreuses machines est sensiblement moins coûteux qu’une série de petits
L ORGANISATION DE LA DRODCCTION
moteurs, et dans le cas où oeux-ei présenteraient quelques avantages, il est toujours loisible à l’usine de les employer, tandis que le travail à domicile ne peut pas employer le grand moteur. . leme dans les industries où le travail à domicile se sert de machines qui ne sont pas sensiblement différentes de celles qu’emploie 1 usine, les machines à l’usine ont été jmussées à un point de spécialisation et de perfection technique <iue la machine du travailleur à domicile ne peut pas atteindre,
b) A l’usine, la division du travail peut aussi être poussée plus loin que dans le travail à domicile, surtout quand elle consiste à taire subir à une même matière première une multiplicité d’opérations successives; l’objet ne peut pas être promené de logis en logis. Grâce à la division du travail, l’usine tire d’une maind’œuvre peu qualiflée un rendement satisfaisant, et il y a en outre dévelo[)penient parallèle de la spécialisation ouvrière et de la sné-
cialisation des machines.
c) L ouvrier à l’usine est encadré, soutenu par une organisation, soumis à une discipline. Le milieu du travail est plus salubre; des jirescriptions légales rigoureuses y imposent des conditions déterminées de sécurité et d’hygiène. La journée de travail est souvent moins longue et le développement plus grand du machinisme atténue la fatigue corporelle. Il en résulte plus de régularité dans le travail, et souvent une qualité de travail meilleure.
En résumé, l’usine représente un degré supérieur de technique et d’organisation; dans la plupart des cas, l’industrie à domicile ne se défend que par les conditions moins bonnes de travail et de salaire qu’elle fait à l’ouvrier. Au point de vue de l’économie nationale, 1 industrie à domicile est un organisme économique inférieur à l’usine; elle gaspille les forces humaines et en obtient un médiocre rendement; elle permet cependant d’utiliser du travail cpii n’irait pas à l’usine et serait sans emploi, main-d’œuvre féminine dispersée dans la campagne, main-d’œuvre urbaine occupée aux soins du ménage ou que d’autres considérations éloignent de l’usine (1).
(1) Les statistiques relatives à l'indusirie à domicile sont assez incertaines; il en ressort cependant que ce mode d’organisation se rencontre partout et que les travailleurs à domicile sont une fraction notable de la population ouvrière. On trouvera un ensemble de données statistiques relatives au travail à domicile dans le Hattdwôrtcrbuch der Slaatswissenscha/ten, loc. cit.; pour la France, .se reporter aux Résultats staUsliqws du recensement général de la population effectué le 4 mars 1000, t. I, 2® part.
En France, il y aurait, d’après le recensement de 1900, jias tout à fait 800.000 ouvriers à façon travaillant à domicile sur un total d’environ
LES TYPES d’oRG.YXIS.YTIOX DE L.Y PRODUCTIOX 109“
11 y a dans le vaste domaine de l’industrie à domicile une zone inférieure où salaires et conditions du travail sont tels que la condition du travailleur s’abaisse jusqu’au dénuement : c’est la zone du sweating System. Le sweating system n’est pas un « système », un mode parliculier d’organisation du travail, comme tendrait à le faire croire une traduction littérale et inexacte de l’expression anglaise; c’est un état de fait, non point l’état de fait de tons les travailleurs à domicile, mais celui des travailleui’s à domicile placés dans les conditions les moins favorables. Des enquêtes faites en divers pays, car le fait du sweating system est très commun, ont mis en lumière la misère lamentable de l’ouvrier sweated, de l’ouvrière surtout, car c’est principalement la population ouvrière féminine qui y est exposée. Des salaires trop bas pour être autre chose qu’une ressource d’appoint et qui, s’ils sont la seule ressource, empêchent de mourir plutôt qu’ils ne font vivre; une durée de travail ipii excède les forces humaines et les épuise et à laquelle il faut pourtant que l’ouvrière s’astreigne pour tâcher de compenser l’insuffisance du salaire horaire; des conditions de logement affreuses, tant par l’exiguïté du loca^ que souvent par son insalubrité et la confusion la plus complète du lieu de travail et de l’habitation ; tels sont les trois caractères essentiels du siceating System (1).
Considérée dans sa structure, l’industrie à domicile salariée est un type d’organisation intermédiaire entre l’exploit.ation du travailleur autonome et l’entreprise : l’ouvrier travaille chez lui, il n’est pas soumis à la discipline de l’atelier et garde les apparences du travailleur autonome; la coordination et la centralisation, qui sont le propre de l’entreprise, ne s’appliquent ici qn’à la partie commerciale des opérations, laissant de côté la partie industrielle. Considérée dans son développement historique, l’industrie à domi-
10.200.000 salariés; dans ces travailleurs ii domicile, les femmes représcut«nt plus des deux tiers; mais ces données sont en partie conjecturales. D’après les statistiques allemandes, qui sont les plus précises sur ce point, il y aurait, en .Mlemagne, une tendance à la diminution du travail à domicile, entre 1882 et 1007; cette diminution est le résultat de mouvements en sens divers, riiidustrie, à domicile ayant gagné du terrain dans certaines catégories de production et en ayant perdu dans d’autres, de sorte i;u';l est impossible de parler d’un mouvement général de diminution et de iroijc (]ue c’est une forme économique en voie dé disparition.
(1) Sur le salaire dans l’industrie à domicile en général, et en particulier dans les industries siceated, on se reportera au t. 11 de cet ouvrage, liv. V, chap. II. On trouvera une étude très oomplète du sweating sgstem, avec une bibliographie, étendue, dans l’ouvrage de Boyaval, La lutte contre le « sweating sgstem », thèse Nancy, 1011.
L ORGAMSATIOX DK LA ^■RODUCTIO^
f l’exploitation artisane à la
nque centralisée. Lorsque le marché s’est .élargi, l’artisan
peidant e contact avec la clientèle est devenu un ouvrier travaildnt a domicile iiour le compte d’un marchand; puis les progies de la technique, donnant la i.répondérance au machinisme, it lait de 1 entrepreneur marchand un industriel qui rassemble les oinners dans un atelier organisé et dirigé par lui. Telle a été dans certains cas, la marche des choses. Mais c’est une vue troii ttioite que de considérer l’industrie à domicile salariée comme n étant qu une lorme de transition entre l’exploitation artisane et la fabrique. Dans d’autres cas, elle dérive de l’industrie paysanne <lomest, que; parfois, c’est la fabrique elle-même qui, pour échapper aux sujétions imposées par les lois ouvrières, se décentralise et devient industrie a domicile. D’autre part, l’industrie à domicile peut etre instituée comme telle dès l’origine, sans dériver d un mode anterieur d’organisation de la production. L’entrepreneur. a la recherche d’une main-d’œuvre peu exigeante sur le >Maire et qui pour diverses raisons ne peut pas se plier au travail leguher de 1 usine, distribue du travail à la population féminine des campagnes et des grandes villes. Il n’y a pas actuellement de raisons de croire que l’industrie à domicile soit en voie de disparaître : en recul sur certains points, elle se maintient ou même progresse sur d’autres, et elle a encore de solides racines dans les conditions économiques du temps présent.
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