‹ Cours d'économie politique [microform]Chapitre 67 sur 209 · L .\SS0CIATI0X COOPER.iTIVE · texte numérisé non relu

L .\SS0CIATI0X COOPER.iTIVE

§ 1. — Sociétés coopératives de consommation ou distributives (i).

Pratiquement, les sociétés distributives se sont formées comme une réaclioK coiilre la mauvaise organisation et les alius du commerce de détail; c’est parce que celui-ci est une organisation compliquée, coûteuse, à rendement médiocre, où la loyauté dos qualités et des livraisons n’est lias toujours respectée, que les consommateurs ont eu l’idée de se grouper pour supprimer le détaillant. Mais il y a eu dans le mouvement coopératif, dès le début, autre chose ; un idéal loinlain, l’ambition généreuse d’élever les travailleurs manuels, de faire leur éducation économique, de les émanciper, comme on dira plus tard. Le manifeste écrit en 1844 par les vingt -huit tisserands de la ville anglaise de Rochdale, qui fondèrent la Société des Equitables Pionniers, est à cet égard tout il fait caractéristique; il vaut pour cela d’être cité.

« La Société a pour but de réaliser un avantage pécuniaire et « d’améliorer la condition individuelle et sociale de ses mem- « lires en réunissant ]iar l’épargne un capital divisé en actions « de 1 liv. st. et avec l’intention de mettre en pratique le plan « suivant :

« Ouvrir un magasin pour la vente des denrées alimentaires, « vêtements, etc.;

« Acheter ou construire des maisons pour ceux de ses meni- « lires qui désireront s’aider mutuellement pour améliorer les « conditions de leur vie domestique et sociale;

« Entrepreiulre la fabrication des articles que la société jugera « convenable de jiroduire pour fournir du travail à ceux de ses (( membres qui seraient en état de chômage ou qui souffriraient « d’une réduction continue de salaire;

« Acheter ou affermer des terres qui seraient cultivées par les

membres sans travail ou dont le salaire serait insuffisant;

« Sitôt qu’il sera possible, la Société procédera à l’organisation

(l) Gide, Les 'sociétés coopératives de consommation, Paris, .“te édit., HM7, et La coopération, conférences de propagande, Paris, 3« édit.. 1910; Annuaire de la coopération (liernier volume paru 1920). Un périodit[ue récemment fondé, la Ueetw des Etudes coopératives (octobre 1921), paraît devoir être une source intéressante de renseignements sur le mouvement coopératif. On trouvera dans le livre de J. Gaumont, Histoire abrégée de la coopération en France et à l’étranger, Paris, 1921, un lion résumé du mouvement coopératif.

l'organisation de la production

« de la prodiicüon, de la dislril)UÜon et de l'éducation, dans son « sein et par ses propres moyens, ou, en d’autres termes, elle se « constituera en colonie autonome et indigène où tous les intérêts « seront mis en commun. La Société viendra en aide aux autres <c sociétés coopératives (pii voudi'ont fonder de semblables colo- (( nies;

« Alin de [iropager la tempérance, la Société ouvrira dans une <( de ses salles de réunion un café de tempérance. »

La Société des Lipiitaldes Pionniers est vénérée par les coopérateurs comme l'ancèlre. Fdle n’a pas cependant été la première en date; dès la fin du xvnP siècle, il y a eu en Angleterre un mouvement coojiéi’atif, et de 1820 a 1840 une propagande intense; mais toutes tes sociétés fomtées alors étaient des œuvres de patronage ou d assistance, l^es tisserands de Itochdale ont fondé une société (pii ne devait rien à p('rsoime ipi’à ses membres; elle est sortie de leur initiai iv<‘.

En .Vngleteri'e et en Ecosse, le mouvement cooiiératif n’a pas cessé de giaiidir. 11 y a actuellement dans ces deux pays près de (piatre millions de coopéraleurs ; si l’on comidère (pie la jilupart des coopérateurs sont des chefs de famille et re[)résentent plusieurs pi'rsoiuies, il apjiaraît ipi’une partie notable de la population est rattacluM' aux sociétés coopératives; on peut l’évaluer a environ un (piarl pour l’Angleterre et un tiers pour 1 Ecosse. Les ventes totales des sociétés coopératives alteigmmt pour ces deux pays plus d»' 3 milliards (*t demi de fraïu's, en ne comptant

la livre sterling (pi'au pair, soit fr.

Av(‘c la (Irande-Ifretagne, b‘s pays oti le mouvement coopératif a pris le plus d’ampleur sont le Danemark, la Suède et l’Allemagne. .\u Danemark surtout, la fraction de la population rattachée au.x sociétés coopératives est 1res forte et déliasse 30 ji. 100. En France, il y a (1!)19) plus de 4.000 sociétés, avec un effectif d’environ l million et demi de membres. La coopération française a smisiblement grandi pendant la guerre, car au début de 1914 il n’y avait guère plus d(‘ 3.000 sociétés avec un effectif un peu supérieur à 800.000 membres. Dans la plupart des yiays, la coojiération est en progrès depuis 1914; la guerre a été l’occasion de beaucouj) de jietits monopoles de fait, (pii ont donné au commerce de détail la faculté, dont il a usé, de rançonner le public, et cela a amené l’eau au moulin coojiératif. En outre, notamment en Fù'ance, les sociétés coopératives ont été, au point de vue des facilités de ravitaillement, traitées avec faveur par les jiouvoirs publics, et la clientèle a pu trouver chez elles ce (lu’elle

l’.associ.\tiox coopér.\tive

ne trouvait pas ailbuirs. 11 n’est pas sûr encore (pie l'aciToissement réalisé par la coojiération française pendant la giierri' soit •entièrement maintenu. La coopération française a souffert jusipi’ici d’une trop gi'ande dispersion des efforts; trop d'“ .sociétés pour trop jieu de sociétaires. Fui (irande-Hri'tagiie, où il y a ('iitie d(“ux et trois fois plus de coopérateui's, il n y a jias moitii' autant de sociétés, et cela vaut beaucoup mieux. La dissémination extrême des coopérateurs en de nombreuses et petites sociétés est un des caractères et une des faiblesses d(* la coopi'ration française. Ceiiendaut, au cours de la guerre et depuis, il y a eu un t'ffort visible pour réaliser un degré supérieur de concentration (E.

Au total, en Europe, il y a plus de 10 millions de coopérateurs directs, non compris les personnes de la famille, et les vendes globales des sociiHés coopératives atleigmmt plusieurs milliards

(le francs.

Le raison d’être originaire des sociétés coopératives, si 1 on s en tient au lerre-à-terre de l’avantage immédiat, a été de cirer un organisme de distribution moins dispendieux (pie le commerce de détail. Si la coopérative de distribution peut effectivement vendre moins cher (pie le détaillant, elle doit choisir entre deux méthodes

de vente.

a) ViMidre au prix de revient; le sociétaire réalise aloi's immediabniieid son gain sur cluupie achat ipi’il fait à la société, puisopi'il achète moins cher (pie chez le détaillant.

ù) Vendre au même jirix courant ipie le commerce de détail de la localité, ou du moins très peu au-dessous, ce (Uii pmanet à la société de réaliser des bénéfices, comnu' le ferait h' commerçant, béirnhces ipi'elle distribue en lin «l’aniur à ses immibres, en totalité ou en jiartii'. Sous ipielle forme a lieu cette répartition des liénéfices? Sous la forme de ristournes payiVs aux membr(‘s de la société au prorata de leurs achats, et non de dividendes distrihués aux actions; le capital actions ne touche, comme il a été dit, qu’un intérêt fixe (pii entre dans les frais giméraux. Cette seconde méthode de vente est celle que pn'conisent les promoteurs de la coopération. Outre l’avantage de ne pas provoquer, autant que la vente au prix de revient, l’exaspération du comiu(‘rce de détail, elle a celui de constituer aux cooiuu-aleurs une épargne aulomati(|ue (pie forme la masse de hoirs achats au cours

(1) Voir dans V Annuaire de la eoopération (1920) les étmles de E. Poisson et de ,t. Gaumont sur ce sujet; Adde, Bernard Lavergne, L’essor des coopCratices de consommateurs en France, in Revue d économie politique, 1922.

L ORGANISATION DE LA PRODUCTION

(Iç l’annéo cl qui aura sans doute {ilus d’eftet utile que l’écono' mie éparpillée des achats au prix de revient. D’ailleurs, dans la saine doctrine coopérative, il est recommandé aux sociétés de ne jias disiriluier en ristournes tout leur bénéfice, et d’eii affecter une pai't à des teuvres sociales, œuvres de propagande, d’éducation, de ]U'évoyance; c’est la fidélité à l’idéalisme des Equitables Pionniers.

Une autre règle de vente pour tes coopératives, c’est la vente au comptant; pas de crédit à la consommation, avec son cortège d’abus et son incitation à rimprévovauce. Mais sur ce point comme sur le précédent, il s’en faut ((ue toutes les sociétés se conformeid strictement à la doctrine.

11 s’est jiroduit dans les coopératives un mouvement fédératif ((ui en est actuellement un des aspects les plus intéressants. 11 y a divers organes fédéi'atifs dont les plus importants sont les fédérations d’achat, sociétés coopératives du second degré, dont le capital est formé j)ar les sociétés du premier degré. Leur fonction est d’aboi'd de faire les achats en gros pour le compte des sociétés adhérentes, qui y trouvent les avantages de la concentration commerciale; de là, le nom donné à ces sociétés du second degré : u'holesale, magasin île gros. Les magasins de gros ont, en outre, entrepris la production.

La rirande-llretagiie, ici encore, est au premier rang : elle possède deux magasins de gros qui sont les ])lus anciens du genre, la irholcsale de ^Manchester qui date de 1804, et celle de Glascow qui date de 1808; il y a un troisième magasin de gros pour l’Irlande. Les deux u'holesales, anglaise et écossaise, sont très puissante.'i, surtout celle de Manchester, qui groupe 1.200 sociétés, (pu possède un capital actions de 80 millions de francs, qui occupe plus de 20.000 ouvriers ou employés et dont les ventes dépassent 1 milliard et demi de francs. Produisant elle-même une partie des deni'ées qu’elle vend aux sociétés affiliées, elle possède une vingtaine d’établissements industriels : des moulins, des.fabriipies de biscuits et de confitures, de chaussures, de vêtements, de savon, de bougies; elle exploite aussi quelques domaines agricoles. Sur le continent européen, la coopération s’est engagée de même ilans la voie de la fédération, mais elle est encore, malgré tes jirogrès récents, assez loin derrière la Grande-Bretagne, surtout en ce qui concerne la production (1).

(n hGnmrd Lavorgne, Les fédt'vations d'achat ci de production des sociétés voopératircs distributives, thèse Paris, 1008; 1-evetus, Les coopératives de (jros d'Anyletcrre et d'Ecosse, in Revue d'éconowie politique, 1011. Il y a:

L ASSOCIATION COOPERATIVE

La coopérative distributive s’est étendue surtout dans le domaine des articles d’alimentation, d’iiabillemeut et de ménage, mais elle n’y est pas siriclemeiit limitée; il y a des jiharmacies coopératives, des journaux coo])ératifs, des librairies cooj)éi'alives. Une application importante de la coopération est faite à la maison d’habitation, dans certains pays. Il y a en Angleterre des sociétés coojiératives qui ont employé une partie, de leurs capitaux à construire des maisons. Il y eu a d’autres qui se sont constituées tout exju-ès pour tenir l’article logiuneut; c’est notamment en Angleterre et aux Etats-Unis le cas des lonn and buildiinj societies qui, ou construisent elles-mêmes, ou prêtent à leurs membres les sommes néc«‘ssaires ])our contruire. En France, il y a un assez grand nombre de sociétés coopératives de ce genre, environ 25U; eltes bénéficient d’avantages importants conféi'és par la législation sjiéciale des habitations à bon marebé; mais leurs ressources sont modiijues.

§ 2. — Le programme coopératif.

Appliquée au mécanisme de la distribution îles biens, l’idée coopérative a jirouvé sa fécondité; les sociétés cAopératives ont partiellement supjilanté le commerçant eu détail dans une fonction qu’il rem])lissait souvent assez mal, et leur action a de ce côté un vaste domaine encore où s’étendre, peut-être aussi du coté de la production. Mais les coopérateurs ont d’autres ambitions; ils voient dans la coopération le juincipe d’une organisation économique nouvelle. Ajirès la conquête du commerce, commerce de ilétail jiar les sociétés du prendre degré, commerce de gros ])ar les wholesules, viendra la conquête tie la production. Ainsi s’étendra ])rogressivement ce que M. Gide a appelé le règne du consommateur; taudis que dans l’économie moderne le personnage principal est l’entrepreneur qui, eu vue du profit à réaliser, organise et régit les opérations de production, de circulation et d’échange, dans le monde coopératif ce sera le consommateur luimême. qui prendra la direction de ses affaires; puisque la production n’existe que pour la consommation, les consommateurs associés, au moyen d’agents nommés par eux et dépendant d’eux, adaj)teront la production à leurs besoins. La pyramide sera replacée sur la base. L’idéalisme des Equitables Pionniers de Rochdale revit

une Alliance coopérative créée h Londres en 189o, qui n’esi pas, comme les fédérations, un organisme commercial et industriel; elle ne poursuit que des fins morales et éducatives.

l’organisation de la prodlction

l'hez (‘(*rl clins coopérateurs; il inspire d’éloquents appels et de beaux dévouenienls.

Vasie et séihiisanl pro^irainine, mais (pii n’est {las près d’èlre réalisé. Sur la l•onle de la eoopéraüon (jue de difficultés surfissent !

Quand la coopération m* si' remile encore que dans un petit froupe d’hommes zélés, l'ardeur, la foi, la discipline y sont des vertus conranli's. A mesure qu’elle prandil et (pi’elle remplit s!'s cadi’es d’iiumanilé moytmne, ces vinins se font })lus rares, la vie coopéralivi' perd en intensité ce (ju’elle fagne mi étendue. Fidélité à la sociélé dont il est actionnain', assiduité et sérieux au.x assemblées fénéi'ales, cela est malaisé’ à obtenir du coopéraleur moyen, et cela ]ionrtant est la condilion du succès.

Le poiid faillie surlout, c'est la pestion di’s affaires sociales. Les sociétaires nomment parmi l’iix di’s admiidstrateurs, presque toujours coinnu' eux des travailleurs manuels, qui n’ont ni le temps de s’occiqier des affaiies sociales, ni la compétence qu’il faudrait, et i^iii prenneni un pérant salarié. La difticnlté est de ti'onver de bons pérants. Pour avoir de bons- pérants, il faut les payer (’onvenablement, car c’est se leurrer que de compter comme monnaie courante le dévouement désintéressé; il faut les contrôler, mais avi’c larpeur d'esprit et sans leur marchander l’autorité et la lilM’i'té d’action dont tout chef a besoin, même un petit chef. Les administrateurs des coopératives savmit mal observer l’attitude qu’il faudrait, et le résultat est la inédioi rité habituelle des gél'ants. Outre cela, les petites républiques coopératives souffrent des cabales, de l’esprit d’intrigue; on s’y jalouse; il s’y forme des partis qui s’entre-décbirent.

Pour durer et pour jirospérer, les sociétés coopératives sont amenées à suivre quelques-uns des princqies des sociétés capitalistes. Elles font aux gérants de leurs inapasins de vente, par exmnple, une situation analogue à celle des pérants de succursales dans les établissements à succursales multiples; elles ont, dans leurs établissements industriels, des directeurs semblables, pour l’aulorilé et la rémunération, au directeur d’une grande usine caiiitalisle. La conduite ih's coopérai ives à l’i’pard du personnel sidiallerm', employés et ouviL'rs, est iiarliculièrenient ins- Irnctive. Il y a eu de vives discussions sur ce point dans les milieux coopératifs: certains coopérateurs auraient voulu que les employés d'une société coopérative fussent en im'nie temps membres de la société. Il est remarquable que la jilupart des sociétés anglaises ri’poussent cette pratique, qu’elles tiennent pour incompatible

l’association coopérative

avec la hiérarchie et la discipline. La participation du personnel aux bénélices de la société, bien que ce soit une ]irati(iue assez anodine, n’a pas eu non plus beaucoup de succès. La coopération, parvenue à l’àge adulte, maintient donc le régime de salariat (jui caractérise l’entreprise.

La partie chimérique de la docti'ine coopérative, c est de considérer le producteur agissant en vue du profit comme une sorte d’usuriiateur que le consommateur doit déln'iner. L’organisation de la jiroduclion en vue du profit à réaliser n’est pas, évidemment, un nu’canisme qui fonctionne parfaitement; elle introduit dans h’s relations économiques beaucoup d’àpreté et de brutalité; mais elle met au service du consoinmati'ur le mobile économiijue le jilus fort, le plus continu dans son action, le meilleur dans son l’endmm'iit. Les difficultés que la coopération renconlre ne sonl jias le fait de circonslances passagères ou de la mauvaise volonté (Je ({uehiiK'S hommes; elles sont inher('ntes a la nature (h’S hommes et des choses. La cooiiération manque d’un système philosophiipie solidement assis.

ASSOCIATIONS OUVRIÈRES DE PROIU CTION

Les associations ouvrières iieuvent èlri’ considérées comme un effort iiour éliminer l’entn’preneur; elles ont p(Uir base l’idi'e que l’enlreiireneur ne remplit aucune fond ion utile, qu’il est un organisme jiarasitaire. L’entrepreneur étant éliminé, h*s ti'availleurs constituent par leur épargne ou bien ils empruntent le capital nécessaire à l’exploitation, et ils vont se gouverner eux-imunes

et gérer l’atelier pour leur propre compte.

C’est en France que cette forme de coopération a suscité le jilus d’espérances. Il y a eu quelques associations ouvrières avant 1848, dont la plus connue est l’association des bijoutiers en doré fondée par Bûchez en 1832, mais le premier grand effort tenté dans cette voie l’a été lors de la révolution de 1848; l’Etat encouragea moralenuuit le mouvement et le soutint matériellement par une subvention de 2 millions: environ 200 sociétés furent îomh'es, dont 3 ou 4 seulement subsistaient quehiues années après. Dans les années 1800-1800, l’idée fermenta de nouveau, et on s’orienta vers la conception de sociétés coopérativ(>s de production; mais, c(‘tte fois imcore, le mouvmmmt échoua (L. Depuis

(1) Morille, Le mouvement des coopératives de crédit vers 18G3, in Revue d'économie poUtique, 1910.

l’oRGAMSATION de la I’RODUCTION

It“s vingt (lernièros nniiées du xix® siècle, quelques hommes de hoime volonté, «mconragés par les pouvoirs publics, oui essayé il iusuHIer aux associations ouvidères la force qu’elles ne trouvent i*as en elles-mêmes. Les encouragements de l’Etat ne leur manquent jias; dans les marchés de travaux publics, elles ont des conditions plus favorables que les autres entreprenetirs; des avances et des subventions leur sont accordées, dont le régime a été réglé en dernier lieu par la loi du 18 décembre 1915 (loi sur les sociétés cooperatives ouvrières de jiroduction et le crédit au travail). Le résultat de tous ces efforts est bien modeste. Les derniers chiffres publiés sont, il est vrai, d’avant la guerre ; 450 associations au L"' janvier 1914, avec 18.0<K) sociétaires et un chiffre d’affaires de 75 millions (1).

Lomiue impoitance économique, cela est insignifiant. Ces associations ouvrièi'es ne soid que de ti'ès petites exploitations, incapables d’aborder le domaine de la grande industrie (2), par cou'^éqiumt de s adapter aux besoins de la société moderne jiour ipii la pi’oiluctifui }tar niasse est une nécessité; fondées sur la discijdine volontaire et le bon vouloir des associés, elles ne peuvent pi'ospérer que si elles demeurent enfermées dans un cercle étroit de gens qui se connaissent et ont confiance les uns dans les autres. Instituer chez elles la disci{)line a été pour beaucouj» de sociétés ouvrières l’obstacle qu’elles n’ont pas im franchir; elles ont péri dans les discordes intestines. Lue autre difficulté a été de trouver le caiûtal nécessaire; une autre encore, et peut-être la i>lus grande, a été de trouver de bons gérants, et, les ayant trouvés, de leur confier une autorité stable et de les réimmérer assez pour les retenir.

La seule utilité sociale des associations ouvrières, c’est de donner à quelques individualités énergiques de la classe ouvrière le moyen d’accéder au patronal. Les sociétés qui réussissent lendent à se fermer, n’accej»lent plus de nouveaux associés, emploient

(1) 1.0 Bunctin du ministùre du Travail publiait, chaque année, avant la pnerre^ la stati-stiipie des sociétés envriéres de production, mais elle n’a pas été continuée depuis 191-}. On trouvera dans le Bulletin de 1921 (p. 129) l'cxjiosé des encouragements accordés à ces sociélés de 1893 il 1920

(2) Il n’y a que de rares exemples d’associations ouvrières dans la grandeindustrie; le plus connu est celui de la verrerie ouvrière d’Albi, qui. d’ailleurs. offre des caractères particuliers; il est peu encourageant, et, après avoir failli sombrer dans l’anarchie, la verrerie ouvrière n’a été .sauvée que par l'intervention d’une sorte de dictature. Cf. IL Lavergne, La verrerie ouvrière d’Alhi, in Revue d’économie poUliijue, 1913.

l’association coopérative

des ouvriers salariés et deviennent des sociétés cajiitalistes dirigées par le grouite des fondateurs ou quelques-uns d’entre eux. Un des cas les plus curieux est celui de la Société des lunetiers de Paris. Mais alors rajqiellation de société coopérative n’est plus (pi’iine éli([uette qui n’exprime pas la réalité. D’une façon generale d’ailleurs, les associations ouvrières françaises ne rejiroduisent que bien inqtitrfiiitement le type coopératif vrai. Lu effet, on constate, ]iour 392 sociétés (sur 450) ayant donné des renseignemeids sur ce iioiut, qu’il n’y a (pt’un ]teu plus de la moitié des sociétaires tpii travaillent dans l’entreprise (57 i». lOO); les 43 p. 100 restants ne sont pour l'entreiirise que des actionnaires. D’aulre part, sur ces 392 sociétés, il y en a 294 ipd emploient des ouvriers salariés, et le nombre de ceux-ci y est supérieur à celui des sociétaires occujiés dans l'entreprise : 45 p. 100 de sociétaires contre 55 ic 100 de salariés. 11 y a donc pour l’enseudde des associations ouvrières une évolution très maïquée vers le ]ial ronal .

La doctrine coopérative, depuis a>-;sez longlenqis déjà, ne conqite plus sui‘ les associations ouvrières de production jtour la complète d(‘ l’usine; elle a bien conquis que c’était un instrument troji faible el mal en main. Tous les progrès que la coojieration jieut faire dans la ])roduclion, c’est jiar les cooi»ératives distributives qu elle les fera. Mais nous avons fait observer que les organrsations de ju'oductiou créées par les l'oopératives isolées ou par des udio/csalcs ne soid t»as, dans leur structure interne, différentes des sociélés capitalistes : les fabriipies de la ivholesaJe enqiloient le travail salarié et les relations économiipies entre la direction di* la fabriipie el les salariés sont les mêmes que dans l'enlrejirise ordinaire; il v faut une autorité et une discipline. Lela ne resseiuhlo lion a oos polilos sociétés (Téfiaux: que sont tliéorit|uoluonl h‘s associations ouvrières de prodiu'lion el que guette toujours l'anandiie.

Pour rex{)loitalion agricole, il y a dans (juelques l»ays des sortes d’ateliers eoopératils, assez semblables aux associations ouvrières indusli'ielles : ce sont des associations d’ouvriers agricoles formées pour l’affermage de la terre. Il y, en a îles exemples curieux, notamment en Italie el eu Roumanie (1).

(I) Eu Ttalio coiimic eu Roumanie, ce monvciiiont est ué de la situation agraire créée par la prédoininance de la grande propriété et rexistencc d’un nombreux prolétariat rural : llitier, l ne nouvelle application de la coopération de production en afjvicuUure {afiitanze roUetive), in /îcruc tréconoîioe politique, 1907. Cf. dans le Bulletin mensuel des Institutioiis économiques et

2SG l’ougamsation de la froduction

SOCIÉTÉS COOPÉRATIVES DACHAT, DE VENTE, d’aSSCRANCE

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