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CHAPITRE Y

LA FORMATION DES PRIX

A'oiis avons souvent, au cours des piéeédeiits déveIo])peineiits, reneoidré la notion de prix. Le prix e>t la forme usuelle de la valeur d’échange : celle-ci étant le rapport de quantité selon lc(piel s’éeliaugent deux ou jtlusieurs Liens, le prix est le rapport selon lequel s’échangent des Liens quelconques et la monnaie. Dans la vie moderne, presque Ions les rapports d’échange s’exjiriment mi unités monétaires, en francs, en livres, en marks, en tlorins, eu dollars. Nous étudierons dans ce chajiitre la formation des prix en supposant la valeur de la monnaie constante. Lieu qu’en fait cette valeur puisse varier; nous éliminerons ainsi tout ce qui, dans les mouvmnenis des piix, provient de la monnaie et nous ne retituidrons que ce qui provient des biens contre ([iioi la monnaie est échangée.

La théorie des prix est fondamentale pour l’intelligence de loutes les parties de l’économie polilicpie. Les prix gouvernent la production, car les hommes et les capilaux se portent vers les divers(‘s catégories d’entreprises ou s’en détournent selon que le protit à recueillir apparaît plus ou moins certain et grand, et le [irofit, c’est l’écart entre le prix de revient que [)aie rentrej)rise et le firix de veide qu’elle reçoit. Los prix gouvernent aussi la réparlition, car ce sont des prix, prix des biens ou prix des services, <pii déterminent la grandeur des diverses espèces de revenus, revenus du travail, revenus du capital, profits d’entreprise; les théories de la réparlilion sont des théories de la formation des jirix. Enfin, la façon dont chaque coTi.^ommateur distribue ses ressources en acquisitions dépend, en même temps que de l’intensité de ses besoins, du prix qu’il faut payer jiour acquérir les divers biens; la nature et le volume des consommations val ient donc en fonction des prix.

LA FORMATION DES PRIX

Dans coUe section, nous étudiei’ons le prix tel (jiril se forme 'i un moment quelcomiue sur le mairlié. Lit prix est l'exjiression d’un accord conclu entre les éclianj:istes; ceux-ci s<‘ présenlenL run à l’autre avec le désir, Tun d’aclieier, l’autn* de vendre à leih's ou lellt^s (‘onditions. l.e vendeur offie la marchandise et demande la monnai(‘; rachetiMir offre la monnait* et (Kuiiande la marchandis(‘. Duiscpie, dans <*e ehapilre, c’(‘sl en nous attachant h la maridiandise ([ue nous étudions la formation des prix, le vendimr pour nous rejirésente l’offre et racheteur la demande.

§ I. — Les relations nécessaires entre l’ofire, la demande et le prix.

Sur le marclié se iléroule la lutte pour la détermination du ju*ix. (.elle lutte révélait des formes aisément visililes avec les anciennes pratiques du commerce de détail, (juand le vendeur demandait quaranii^ sous pour en avoir dix et que raclndeur oflVail cinq sous de ce (|ui en valait vin^d : pi’océdés un jieu grossi(*rs (pie terni à éliminer, dans les transactions de détail, la lé^de du prix lixt‘, mais (|ui n’oiil pas comjilelenierd disparu. Sous des foi‘mes ^u'ossieres ou subtiles, la lutte 'Miirt' v<*ndeurs et acheleurs n’a pas cessé, (*l elle lU' peut j>as cf‘sseî* parce (|u\dle est d<‘ l’essence du marché. Entre jU’ofessionnels, dans les hourses de marchandises ou de valeur.*^, h's haussim's et les haissim's se livrmd d incessants comhals. Dans ta-ile inélé(‘ des intérêts, il stmihh' d ahord (jue la foi'ct^ et la iust‘ soient srmvei'aines, qm* h* j)iix se fixe a 1 avanlaire du plus habile ou du [dus l(mace. En réalité, les j)i*ix sont ^nnivernés jiar une nécessité économi(|ue inhérenti^ ;ui s\ sterne des relations eidîM^ l’offre, la demande et le ])rix. Soit que nous jirenions comme point de déjHirt le jirix, soit que nous prenions 1’offî‘e ou la demande, c(‘s i*t*laiions sont certaines et nécessaires.

Le prix a^it sur 1 ofli’e de la marcliandise, ct'lte offre di'venant })lus Jurande a mesure que le prix s'élève. Sur le marché du ])lé, il y a d<‘s gens qui ne soîd j)as vendeurs au prix de GO francs le quintal, qui h‘ devimuient au ]u‘ix d(‘ G2 fram^s: d’autres ne se déidderont a vendre (|ue si le jirix alliMul G5 francs. Tout mouvement du prix en hausse ou fUi baisse, ou liien ajipelle sur le marché de nouvelles catégoiies de vendeurs, ou liien en écarte qui

Î32 L.\ MONNAIE, I.E CREDIT ET LA FORMATION DES PRIX

V ü^oiniieiit. ciiiparavant. L’oflre varie dans ie même sens que !e prix. La demande varie en sens inverse; si, an ])i'ix de 2 francs le kilo, il y a sur le marché jireneiir j)onr 450 kilos de fraises, au prix de 1 fr. 5o il y aurail primeiii , disons pour (520 kilos, et au jirix de 2 fr. 50, pour 380 kilos senlemen! . A un prix donné queleoiiqm*, au-dt‘Ssous du consommateur elfeclif, il y a le candidat eunsommaleur qui a liimi le désir d’aeh 'ler, mais qui n’en a pas l(‘s moyens; si le j)rix s’abaisse an point de n èti'c plus pour lui prohibitif, ce candidat consommateur devient consommateur effectif; à l’inverse, lorsipie le prix vient à s’élever, des gens qui (daieid jusque-là consommateurs cessent de l’ètre et ne sont plus qu’en posture de candidats.

Donc à chaque position du prix eorrespondent des positions <lét(‘rminées de l’offre et de la demande; à chaque degré de hausse des prix, le volume des offres augmente et celui des demandes diininne; c’est le contraire a chaqiu' degré de baisse des pri.x.

La réciproque ('st vraie. Si nous {irenons comme point de départ h‘s mouvement'^, soit de l’offre, soit de la demande, a chacun de (M‘s mouvemenis il faut que le ])iix change, l ne (jnantité a <le drap trouvait preneur à un prix x; si elle augmente et devient n + b, elle ne i)ourra plus trouver [ireneur qu’à un jirix j»lus bfis, disons x — 1. l’oimpioi ? Parc»' (pie le supplément de l’offre iu‘ ]»ent être absorbé que par un supplément égal de la demande, (>1 que ce supidément de diunande ne peut être déterminé (jue par une baisse (h* ju'ix, baisse qui ajifielh' sur le marché des acheteurs qui jusque-là demeuraient à la |)orte. Kn consiilérant les mouvemenis di‘ la demande, on trouverait de mênn> (ju’un accroissement de la demande tend à déterminer la hausse lie ]irix nécessaire pour attirer au man hé le surplus d’offre qu’il faut, qu’une diminution de ta demande tend à déteiTniner la baisse ilu prix, parce que les vendeurs en surnombre sous-enchérissenl entre <‘ux jusqu’à ce que les moins exigeants demeurent seuls.

11 V a donc entre l’offre, la demande et le prix un système de relations nécessaires, qui ne dépendent pas du caprice, de la force éi'onomique ou de la ruse des vendeurs et des acheteurs. Un d(* ces trois éléments du système ne peut changer sans que les autres changent aussi. Le prix n’est pas arbitraire, il se fixe au point qu’il faut pour assurer l’équilibre des offres et des demandes.

LA FORMATION DES PRIX

§ 2. La représentation graphique des relations entre Toffre, la demande et le prix. Les courbes d’offre et de demande.

Les lelations entre 1 offre, la demande et le prix sont exjiriiiiées de la façon la plus simple par des rejirésentations graphiipies. en prenant comme poslidal que sur un marché (luelcompie l’offre varie dans le même sens que le prix de vente, et que la demande vario en sens inverse (1).

8nr un axi' horizontal 0 P itorlons les jirix auxquels peut être xendiie niu' marchandise quelconque, du blé jtar (“xemple. Soit

t) A, 0 15, (t C les longueurs exj.riniant ces prix, Llevi ns ;i

I extrémité de cbacnne de ces longneuis une verticale et iM)rloi|.v sur celle verticale des hauteurs projiorlionnelles à la quantité-

offerte à chaque prix, soit A a, 15 b, C c ; en joignant par un

Irait continu les extrémités de ces hauteurs, nous obtiendrons la courbe di- l'offre (fig. 1).

Si nous portons de même sur l’a-xe (( P des haulenrs proportionnelles aux quantités qui sont demandées sur le marché à cliaque prix et si nous joignons les extrémités de ces hauteurs, nous obtiendrons la courbe de la demande ifii:. 2).

Les courbes de l’offre et de la demande se coupeni (2) en un

point ([iii (>sl déterminé par leur forme respective, c’est-à-dire par

les quantités demandées et offertes à chaque prix. Soit / le jioini

d’intersection des deux courbes; a ce point, les ipianlilés offertes

et les quantités demandées coïncident, elles sont l’une et l’autre

egales a F /’; le point d’intersection des conciles détermine le iirix soit O F rfig. 3).

Aucun autre jirix ne peut s’établir. Supjio.sons, en effet, que le prix- proposé à un moment quelconque soif O G pins grand ipie O F; au iirix 0 G la quantité offerte sera G </ plus grande (pie

(1) :.I, Vinléjoux. proiVssnir nu Lycée Carnot, n bien voulu lire ce nn.s-

snge en innnu.scrit et niniUer lic .«c.s conseils. Qu’il trouve ici rexpression i\e mon niniralo gratilmlo.

(2) Il est imssible .,ue, ,lnns certains cas, les courbes , l’offre et .le .b>nian.le ne se rencontrent en aucun point. Cela signifie ,,ue le prix consenti par les acheteurs qui paieraient le plus cher est encore inf.bicur au jirix minimuni (lu moins exigeant parmi les vendeurs. Par exemple, il n’v a pas (1 acheteur .[ui consente à jiayer le quintal de blé plus de (iO francs ni de vendeur qui consente à le c.-der à moins .le C,2 francs : r.'-cbanKc est impos.sible. .\tais il .se fait chaque jour une grande quantité d’échanges des

diverses marchamlis.-s, et dans tous ces cas-là les deux courbes se ren- 'Contnmt.

T. — Écon. pol. — I.

LA MONNAIE, LF CRÉDIT ET I.A FORMATION DES PRIX

I' f ei la ({nanlito ilpiiuuidpe sera (1 ij pluï pclite que F /; il y aurail doue une partie d'*s offres (pii lu» Irouveraituil jias preneur, .liais, par li\potl;èse, ions lt‘s V(*ndtnirs doiil l’offrt^ est e(nupris(* t*u a I rons(‘iil(‘u( à veudrt' au pilx ff 1’', d(‘ sorti' ipie leurs souscneliei'es rainèiu'raienl h' prix de (î en F, point auipn*! les (pianiilés ofieilns (‘I li's (}nanlil«'‘s dciimndées roïneidi'Ul . Par nn raison nenn'iit analo^un'. on dénionir<‘raii ipu' le [uax ne pi'u! [las ètic U F pins pelil (pit' O F (li^. d).

La ipianlilé érlian,uet‘. déierininée par !’iid(*rse('l ion des l'ourljt's d'offre et d(* dt*inand(‘, est le maxinmm éetian^M'aldi' dans h's eondÜions doninn's d’offri' (‘I de (hunandie Imi elle!, r*n nn jioint (pu'leoinpn* d(* l’axi' liori/onlal H P. on jhmiI élevei* uni' vt'rlieali' sur hupit'lh' les iK)inls de raneonîri' ave(‘ l»‘s eonrhes d’oflri' el de d(‘inande délerniineî‘onl li's (pianlil‘*s olltnii's el i(‘S (pianliles dt'inandées. Mais ce n'esi (pi'iui F / ipn' ees deux (pianliles sont égales. Si on élève nue verlieab' *'u loni anlri' point (jiPen F. Fune de ees dt'ux (pianlUés (‘sl pins grandi' que I' / el 1 autre est néeessaireinenl ]dns pelile. Si la vei*lirale es! élevée en un jioinl d'i Iraeé O P eoinpris entre O el F, la qnantilé demandée st'ra plus grande ipie F /, puisipp'. par liypidhèse, la demande s'aeiT’oil (piand le jirix Laisse, mais la ipianlilé offerte sera plus petite que F /, pnisrpn', par hypothèse, l'offre déeroîl avec le |H‘ix. (]e sera Finversi' si la verticale est élevée en nn pi'ini de 1 axe () P siliii' au delà de I". Pomme la qnantilé échangée ne ]>enl en aucun cas élre supérieure a la plus pelih' des di'ux ipianlilés, I une (d'ferli' el Pautre demandée, toute quantité échangée anire que F / est nécessairement {ilns [letile que F / ffig. 3),

g 3. — La formule de l’unité de prix.

Le prix déterminé par Pinlei-sec! ion des l'ourhes iroffi‘e et de demande est nécessairement unique. ]\>nr une même mandiandise, à nn même momeni, sur W même marché, il n’v a qu un seul prix. L'ette formule ne fait ipie conslaler Paccord réalisé a la fois sur la ipianlilé el sur le pi*ix par h's vendeurs et les acheleiirs; elle esl loul ensemble pi'ouvét.' par le raisonnement el constatée par l’expérience. Mais il faut bien entendre dans ipjelles eonditions elle esl vraie.

1” La condition essentielle de Puniié de prix, c’esl 1 unité de marché, et iM'tte expression doit être prise dans h' sens le plus strict. 11 n'y a nnilé de marché qiPanlanI que les offres el les demandes sont mises avec la publicité la plus complète en face

LA FORMATION DES DRIX idi

les unes des auli'cs, de telle sorte (pPaucune offre ne soit ignorée des acheteui's ni aucune demande des vendeurs et tju 'ainsi les surenchères des uns el les sous-enciières des autres puissent être faites de la façon lu jtlus conqdèle el la jilus libre. P’esl à (}U(ti tend PinsI il ut ion des bourses de mai'cham lises el de valeurs mobilières; les offres et les demandes s’y IrouvenI, de |»ar la loi ou Pusage,^ conceiilrées entri les mains d'un j»elit nombrt' do IK'rsonni's, (*l le jeu libn' d<*s siu'cnrhèrc< ou dt's sous-t'iichèiM's délerndne h's piâx successiviuncnl ('otés. Pm' bourse bien oj'ganisée ('sl vraiment un marché. Au conlrai!*(', Paris ou même simj»h'im'nt un ((uarlier d(' Paris ne l'onslitiu' j»as un marché unique I)our la v(*nl(' au détail du bt'urre, ou ilu lait, ou du pain, en supposîuit même (pPil s'aizi^se de fjualilés rigourt'usemeni idenli- (|ues de c('s dt'm'é(‘s. L’éloignenu'iil , les halïiludes piases, les relalions p('rsonm*lh's ('iilre h' bouli<}uiei* ('I S('s cli(Mils, Pignoi’ance ou la roulim' d(' (*('ux-ci, mo!‘('t'lh'nl loul nmndié dt' vente au détail (*n une foule de ])elils marchés dont chacun jh'uI aviur ses prix.

2” 1/unilé d(‘ prix sur h' marché uniqm' n't'xisie (pu' s’il s’agit dt' la mênu' marchandise, el c('la encore doil s'entendre dans le sens h* ])lus rigoui*eu\. 11 y a des l)lés de qualités très diverses; d(' mêim' h's colons, h's laines, les cuirs, (‘Pc, piuivtmt être formés en catégoj‘i(‘s de ]>rov(*nam‘es el d(‘ {(ualilés différentes, dont les ))rix ne sont ]>as idimliques. C’est pour cela (|m' dans les bourst's d(‘ commerc*' on déleianine j»our climpie marchandise certains lyjïes auxqm'ls les oi)éralions se réfèrent, <'1 il ne peut être (jueslion d'unité de prix que pour des marchamlis('s du même tyi)e.

3" Enfin, sur h' même marché ('t pour la même marchandise, le prix ('sl U ni(| Ut' à un momeni donné (juclcompu', mais il p(*ut varii'r dans le lemj>s, et les momeni s successifs qui marquent autant de jKisilions disi inctes des jn*ix ne sont jtaid'ois séparés (]ue par h' ]»Ius bref inb'rvalle. Dans les l)ourses de valeurs mobilières, par exemple, une valeur activement traitée, disons la rente française 3 p. 100, est })endanl la durée de la même séance cotée plusieurs fois, à d('s cours difféi'ents, et dans les périodes de spéculation ard(Uî1e il y a jiarfois entre les cours successifs d’une même séance des écarts très grands.

Ce n’est qu 'ainsi limitée et resserrée dans sa signification que la formule de Punité de prix est exacte. Elle a des conséquences importantes, (jui apjiaraissent si on rapproche de Punité du prix de vente réalisé la diversité des prétentioPs, soit d<>s vendeurs, soit des acheteurs. Ni les uns ni les autres ne forment une masse

LA MONNAIE, LE CRÉDIT ET LA FORMATION DES PRIX

homogène. Panni les vendeurs, sur le marché du blé, lorsque cette maichandise se vend an [)rix de hU francs le quintal, il y en a sans doide qui ne consentaient à être vendeurs qu’à ce prix, et c’est jiarce que le marché avait besoin de It ur blé que le j)rix est monté jusqu’à ce niveau de 00 francs, mais d’autres auraient été vendeurs, les uns au couis de 59 francs, d’autres au cours de 58 ou même de 57 francs. De même, parmi les acheteurs, il y en a jiour qui le [)rix de 00 francs est le prix maximum, (pu auraient i'('tiré leur demande si le cours de 00 francs avait été dépassé. D'autres aui aient consenti à jiayer plus cher, à payer h‘s uns 01 francs, les autres 02 francs, d’autres jieut-être un juix supérieur encore. Do toutes les offres qui trouvent preneur, c’est la plus chère, et de toutes les demandes qui re(,'oivent satisfactum, c’est la moins chère, qui se trouvent au ])oint d’intersection des courbes d’otfre et de demande; cette offre la plus chère de toutes celles qui trouvent preneur, et cette demande la moins chère de toutes celles qui rc(;oivent satisfaction, constituent ce que l’école autrichienne appelle le couple-limite. Cela est aisément saisissable si l’on se rejiorte au grajihique de la figure 5.

Il résulte de là que l’avantage tiré de l’échange n’est pas le même pour tous les vendeurs ni le même ])our tous les acheteurs. Parmi les vendeurs, ceux qui, s’il avait fallu, auraient traité à un prix moindre que le jirix du marché tirent de l’opération un avantage suiiidémentaire d’autant plus grand que leur prix minimum est plus éloigné du prix du marché; cela est la source de ce ([u’oii appelle les rentes différentielles; l’agriculteur qui se serait considéré comme rémunéré de ses déhours et de sa peine en vendant le blé 57 francs le (piintal encaisse un bénéfice sujiplémentaire de 3 francs par quintal si le prix du in.trché est de 60 francs. De même, parmi les acheteurs, ceux qui aiii aient, au besoin, payé plus (|ue le prix du marebé réalisent une sorte de bénéfice consistant à vrai dire non pas à encaisser, mais à décaisser moins; on appelle cela quelquefois la rente du consommateur. Cette rente du consommateur se manifeste surtout dans l’achat des choses les j)lus nécessaires à l’existence; pour l'indispensable en fait d’abri, de nourriture, de vêtement, les hommes aimeraient mieux le pa>ur beaucoup plus cher que de s’en passer, (bi’ils n’en soient pas réduits à cela, que dans leurs dépenses le relativement superflu prenne une jdace de plus en plus grande à côté du strict inVessaire, c’est là le plus clair résultat du progrès (Vonomiqiie.

LA FORMATION DES PRIX

I 4. — La dive’’sité des relations entre l’ofire, la demande et le prix.

Il V a des relalions nécessaires entre l’offre, la iltmiande et le jirix, mais ces relalions sont extrêmement variables; il n’y en a l)as un type unique qui s’apjiliquerait aux diverses cal(‘gories de biens; cluupie sorte de marchandise a son ju'ojire système de relidions entre l'offre, la demande et le ]»rix, et ces relidions dépendent encoi'i' de l’état d('S Ix'soins, des conditions de la j>roduclion, de la richesse et de sa répartition. Qm'fipu's brèves observations vont faire apparaître celle diversité des relations entre les trois termes, offi-e, demande' et prix.

Pn'iions d’abord, ])our point de déjiart, les variîdions de l’offre. 11 y a des cas où la demande et le prix sont extrêmenu'id sensibb's aux variations de* l’offre, d’autres cas où ils le sont peu. l.orsqiK' la demande .se conforme aisément aux variations de l’offre, le prix varie peu; l'amplitude de ses variations est très gi'ande dans le cas contraire. Un auteur anglais du XVIU siî'cle. Davenant, avait remarqué (ju’une insuffisance dans la nVolte du blé élevait le prix bien plus que jn’oportioinu'llemeTd au déficit (1); les chiffres qu’il donne .sont certainement inexacts pour l’époqiu' actuelle, mais l’ohserv.difni reste vraie dans son jirincipi'. Toutes les fois qu’il s’agit d'un objet de première nécessité, un déficit de la production se traduit par une forte bausse des prix, parce cpie les acheteurs sont pr-'ts à faire de grands sacrifices pour satisfaire Tin besoin essentiel et ne lâchent pied que si la bans.se est considérable. Il n’en est pas de même pour un article de luxe; la bausse de prix nécessaire pour ramener la demande au niveau de l’offre déficitaire est moindre, et le prix est par conséffuent moins sensible à une diminution de l’offre. Ce qui est vrai de l’influence d’une offre diminuée l’esr, aussi de celle d’une offre accrue. Il v a des biens dont la demande est aisément extensible

(I) Davonant nvfiit ilivssé lo tableau suivant:

Insuffisance de récolte

de i 'IO de 2/10 de 3 '10 de 4/10 de 5 10

Hausse des prix

do 3/10 de 8/10 de 10/10 de 28/10 de 45 /10

8iir rattribulion de ce tableau à Davenant, voir Stanley devons, La théorie ■de réconomie politique, traduction française, Paris 1009.

la .monnaie, EE crédit F.r LA FOR.AIATION DES PRIX

<■1 [>îr(f à RhsorlHT le siir[iltis d’offro qui vicnl à se produiiv, et d'aulivs pour lesquels uii sur{>lus d’olïiv tombe, junir uiiisi dire, dans 1»‘ vide, eniraîiiaiit le ]irix dans sa eliiiie.

tin lait des consfatations du inèine fienie en ])renanl eoinnic point ne (bqtai't les elianfn'iuents d(“s ])i’ix. Lorsrpie les ]»ri.\ vieiinen! a (dianpnu', la demande peut réagir de façons très diverses. Il va des biens pour lesquels, sous la deniainJe visible aux prix jusipi abu's pi'idiqués, il y a une énornu' deinainh' latente j)i'è*te a se nianilester si le juix vi(*nl à bîdssei. (p.

1 offre ne dt'leiTiiine alors en général (pi’uiie baisse de j)rix ino- (iere(‘, paire (pie eell(*-ei ('si enrayée jiar réiuerg('ne(' de demandes nouxi'lles. Il (ai (‘st ainsi, jiar e.xemple, ib' e(‘rlains ai'ti(des demeu- ! es loiiL'b'iiqis arlieb's de ln.x(‘ au moins r('laiif, trop eln'rs jiour èli’e aec('ssibles à la niasse des eonsommal'‘nrs, ]ias assez rhers poil!' (pi’elle les eonsidèrt' comme inaccessibles à jamais; le jour oii !(' ju'i.x vient a baiss('r, d('s désirs (iès longtemps éveillés se iraduiseni en demandi's el une offre même beaucoup accrue trouve pr(‘ii('ur. .\u contraire, pour une denré(' dbisage courant el ('iitrée dans la consomma lion d('s acln'teurs même b's jilus modestes,

comme par e.xenqile le jiain ('il l'raiice, iiiu' baisse même considérabl(' (In jirix ik' pourrait pas faire surgir beauconji de demandes nouv('lles.

t.('ll(' seiisiliilite très iiK'uale, s('lon h's cas, d(' lu demainb', on p(‘ut la conslat('r non s('ul('inenl si l’on considèri' d('s inarcbandis('s dilferenb'S, mais si l'on considèix' b's efb'ts, sur la deinamb' d une HD'iiK' marc[iandis(', d(‘s jiosilions successivi's du jirix. Pour

une niêiiK' marebandise, si on suit le jirix dans ses

Ibiclualions on voit (jiie lanb'il il faudra nm' baisse de jirix assi'z protomb' jiour atb'indri' niK' nouvi'lb' coucIk' di' consoinmaleurs '■I jirovoqiK'r jiar conséqin'iil uik' rpiantilé ajijiréciable de demandes sujq)lem('iitair('s, lanlol une baissi' légère découvrira iim' imuD'iisi' éb'iidne de demandes jusque-là sulimcrgées. Les variations de la (b'inande ('ii fonclion du jirix sont comme un si'iitier au jirofil accidi'iilé, qui ici coiirl ('n jilaine et là gravit des jientes raides et [iresque à ju'e.

Ibirnii b's faits ijui donm'iit au marclié le caractère d’une chose si mouvante et complexe, il y a la faculté de substituer un produit a un autre jiour la satisfaction d’un même bi'soin. ou même de subslifiK'r la satisfaction (l’un besoin à celle d’un autre. Nos iK'soiiis et notre conduile (Vonomiqm' s’adaptent av('c bi'aucoup d(' sonjilesse à la diversité des circonstances. La farine de froment jK'iit eti'(' remjilacee jiar la larme de seigb', le jiain par les jiomines

LA FORMATION DES PRIX

(le terre, le vin j)ar la lu eharj)»Mil(‘ vu 1er remplacer

la (‘harj)enle eu bois, ou le einumi armé remj»laeer la pii'rre: une fauiilb» à vvwun iuodf*ste p(Uil liésibu’ entre nu tojj:ement i>Ins spacieux ou une nourriture j>liis reefierebée; un éeolic!* ({ui a bien travaillé S(‘ veri’a offi’ir, à son eboi\, un vova^e on une bievcb^tle. L**s jtrodnils sont vu eonnirf<‘ir‘e enn>lante dans r(‘s]nit de racheteur, et h‘s écai’ls de prix jouent, dans relte lntt(‘, un rùle souvent décisif.

Enfin, il faut bmir compte t\v ce (pi’un marebé n’esl pas isolé dans \v t<mij)s vl dans r(*spa(*e. I.a même marchandise' v>\ m^ociée sur divers marchés, v\ sur un mm*ché (pielconqne b‘s dis]K)silions d('s v(Mul(Mii’s (‘I des acht'hmrs sont inllueiiciM*> pai* la situation des marchés similaires sur lesquels, au besoin, b‘s offrt's el les (hmiandes pourraient se ])orler. Panulhmienl , à coté de Télal présent des (litres vl des demamh's, leur étal |)r(K*liain, prévu ou pressenti, conlribut' fiussi à déteianinec les jnix actuels, l.v vendeur est aujourd'hui j»lus accommodant si pour demain il jtrévoit la baisse; il tiendra Jiiienx ses prix s’il j>révoil la hauss(‘. Il y a une solidarité d(‘s marchés dans le lemj)s **1 dans r(‘s[>a(‘e; c’est une des fondions de la sjuM*ulation que de relier cluniue marché aux marchés similaires, qm* de l’eliei entre eux les momenis successils du même marché, au moyen des arbilrafies et des opérations a terme.

La diversité des ndalions vulvv l’offre, ia ihmiande et le jnâx ('rapêche de formuler une loi des prix qui serait vrai(‘ ])our tous les cas. Il n’y a plac(* que pour une collection de lois (un])iriques des ]>rix, lois (jui ne |)oniTaienl être déterminées, j)our cha<iue sorte de marcliandist^ vl dans cluu(ue milieu économique, que j>ar des observations j)atiemment conduites. Dv telles observations, si elles étaient conduites selon un ])lan défini, donneraient à la théorie des ]U'ix une base solidt' qui fait aclmdlement défaut.

§ 5. — La formation des prix dans le cas de monopole.

Nous avons jusqu’ici étudié la formation des ])rix sur le marché dans rhy])othése de la concurrence; nous avons sujqtosé h*s offres se produisant en concmrence les unes avec les autres, vl I»areillenient les demandes. Or, ia concurrence n’est qu’un aspect de la vie économique moderne; il y en a un autre qui est le monopole. Le monopole est parfois absolu; i>Ius souvent il est tempéré par une certaine dose de concurrence; les ententes entre producteurs lui font une grande place sur le marché. Il est néces-

4i2 LA MONNAIE, LE CREDIT ET LA FORM VTION DES PRIX

suire, apres avoir étudié la formation des prix dans riiypoüiese de la roneurrema', rie rétiidir'i* dans 1 liNpotlie^ie du monopole, et il ne faut pas oublim* qm\ ilans la vie pratique, souvent la formation rir^s prix partieij>e de l’un et dr* raulr’e ras. Il peut y avoir monopole de l’offrr', ou monopole dr‘ la rlrmandr^; nous ne considéi'erons qu<‘ le monopole de Toffre (fui est It^ j>Ius fréquent.

Ouand roffn^ (»sl déir nue j»ar un smd vmïdeur, en droit ou en fait, ou, ee rpii l’evimil au mènnç par un ^u*oupe de vendeurs liés par une milenlî* et ayissud dr e;.m*ert, r*n quoi la formation des j)rix ditlèn‘-t-<‘lle rie ce rpLelle est eu ré^zimr* ilr* concuiTence.^

Le princi]M‘ rie ndal irais délerminér's enlrt^ l'offre, la demande et le pi'ix suhsistr^ à ries variations su<‘cessivr»s rlans l’offrr' et le j)i*ix corrr'spondent ries variations rie la rlcmandr', et si le monopoleur veut ra-oulrn* une rpmniité donnée dr* marehanrlises, il ne lïeut le faire qu'au j)rix qui attirera une r^pianlilé égale rie demandr's. Kn r^e sens, il est vrai de dirt» rpie le monopolrmr n’a pas le jiouvoir rie fixer le ]nix arbili’airemenl , que le prix est déterminé comme il l’est dans b* cas de la concurrence. Mais A’oici Tavantage (fue le monopole conltM‘e. I.e vendeur en concurrence avrr rl’autrr'S ne régie pas l’offre totab' portée sur le marché; cr'tir* i)ffn' est un fait r'xiérieur à lui; dans la mesure où les conrlilions de la jiroduction le penmdlenl, elle est ]>oussé(‘ par la niasse rlr's vf'urleurs justju’au point où il v a encore avantage a vr'inlre, c’t'sl-a-dire jusqu’à la limite où le prix de vente esi égal au coût rie prorluclion (infra, ménu' cliap. sr'ct. II). Lr» monopobuir, au contraire, régie l’offre au mieux rb* ses intérêts; il la rr'sireint dans la mesure où cela lui est avantageux; cherchant à réaliser le profit maximum, il offre sur b* marché une quantité telle que le prorhiit du nombre d’unités \enilues par le prix de 1 unité soit aussi grand que jiossible : calcul ([ue le vendeur en concurrence avec d’autres ne jieut pas faire, puisqu’il ne régie ]ias l’offre totale h son gré.

Sujiposons un trust qui a accaparé la pi'oduclion fin diamant; a un certain jirix x, il vt'ud une quantité a de diamant, et réalise un bénéfice annmd de lOfi millions de francs: a un prix plus i'Ievé, X + 1, il ne vendrait jilus qu’um* quantité moindre, soit a — ù, mais le bénéfice annuel serait de 11(1 millions de francs. Le trust a intérêt a réduire la prodmûion ù la quantité a — ù et a fixer le prix a .r + 1. Mais, m:s en goût jiar le succès, il éléve encore le prix et le fixe a x 4- 2; à ce prix, il ne vend plus qu’une quantité a — (b 4- cl telle que le bénéfice annuel ne sera plus tiue de 90 millions; il faudra revenir au pi-ix de ar 4- 1. C’est

LA FORMATIO>' DES PRIX

par tâtonnements que le monoj)oleiir trouvera son prix de vente optifituin.

U se peut d’ailleurs que le prix optimum du monopoleur soit te même que celui qui serait déterminé i)ar la concurrence des vendeurs. Cela arrivera si la demande est ti'lleineni sensible aux variations de prix qu’une hausse même léjîère de celui-ci entraîne une diminution considérable de edle-là. Mais, en piatique. le monopoleur a fiénéralement la possibilité de faire payer plus cher ((lie les veudeui's en concurrenee. C’i'st la raison d’être des ententes entre (iroduclt'urs; les études faiti's sur les trusts aux Etats-Unis montrent ((ue la marjri* tudre le coût de (irodiudion et le prix de vente s’élargit lors de la foi'niation d’un trust et se rétrécit quand unt' concurrence nouvelle menace le tiust (1).

S 6. — Les limites de l’automatisme dans la formation

des prix.

(Considérée sous l’asiiect de.s relations nécessaires »*nlre l’offre, la demande (d le (U'ix, la formation des (uix sur le marché suj;gère l’idéi' d’un mticanisnu' automatique où toute variation di* l’offre ou de la demande déclanche iiiu' variation du (ii'ix td inversement; ce serait un mécanisme analogue à ces appareils ingénieux où l’introduction d’une jiièce de monnaie de 0 fr. 2o dtVlanclie une tablette de chocolat. L’inqiression d’automatisnu' est (dus vive encore si l’on fait usage, (lour exiioser la théorie des judx. de figurations gra|ibiques ou de notations algébriques.

La théorie ainsi présentée exprime (larfaitement la jiart de la nécessité économique dans la formation des prix; mais dans cette formation, tout n’est pas nécessité économique. Sur le marché où vendeurs et acheteurs luttent pour obtenir le jirix le plus avantageux, ce n’est pas des marchandises qui sont en présence, mais des hommes, et les quantités que chacun désire acheter ou vendre, les conditions au.xquelles chacun achètm'a ou vendra, cela dépend de dispositions psychologiques sur quoi l'adversaire a prise. Ainsi le conltit s’engage entre deux volontés ojqiost'i's. Le volume des offres et îles demandes est pour l’un ou l’autre des groupes en jirésence un élément de puissance ou de faiblesse; il y a aussi l’urgence de traiter ou la possibilité d’attendre, la connaissance des disjiositions de l’adversaire, l’art de cacher les siennes; il y a le sang-froid et la sûreté du coup d’œil, l’appré-

(I) Jenks, The trust jtrobïein, New-York. 1903: notamment le chap. viu.

LA MON.NAIK, LE CRÉDIT ET LA î’OR.MATlON DES PRIX

ciotioa (lu iiioiiUMil OÙ la (“haiicp qm* l’on a do trailor avec avaiilauo 0!^l au maxiinuiii. Dans les bourses de marcluuidises ou de valeurs niobiliores; les luttes entre les haussiers l't les baissiers ineltent en luiuièr»' (‘et asfieci de la formation des prix; une nouv(dl(‘ vraii' ou fauss(\ à jiroj)os {»arv('nue, une niancciivre habile, décident de la victoin’ ou de la (télaite coiunie dans d’autres luttes, il y a d«‘s panirpies et des (‘ul iioiisiasiues; des moments où toutes les valeurs sont emportées dans la déroutf' de la baisse, d autres où la liauss** les soulève toules. Ces éléments ([ui prenmud tant d(* relief dans les marchés de sjiéculalion existent, à un degi'é moindre, dans tous les autres.

Dans eelt(‘ lulle pour le prix, b' monopole, soit absolu, soit sous la loniu* d’ent(‘ntes plus <)u moins étroites, confère de grands ;;vantag('s. 1) aboi’d, il a a un avantage évideid, comme vendmir ou comme acheteur, a débattre les conditions de l’échange sans avoii' a redoider les surc'nchèrt's ou h's sous-emdièr(*s; les con- (■(‘ssions (pi(‘ l’on fait par crainlt» de la concurrence, le monopoleur ne les fait pas. Puis le monopoleur vendeur peut échapper dans cei'lains (Uis a la loi de runilé d(* prix; s’il j)eul arriver à discerner poui' chaque groupe d’acheteurs le prix maximum, c’esl-à-dire le prix que chaque groupe consentirait à payer plutôt (pie de renoncer à traiter, il leur enlèvera plus ou moins complètement à tous la l't'ute du consommateui'. C’i'sf ce (pie fait, par à peu près, le médecin ou l’avocat célèbre, (]ui a des jirix différents selon la silualion sociale des clienls.

hes relalions déterminées el nécessaires qui existeni entre l'offre, la demande el le pilx forment l’essentiel de la tln^orie du prix; mais le jt'u varié des focci's (*conorniques y introduit de I accidmdel et d(“ l’imprévisibbL Ainsi, dans une chaîne de montagnes, la structure et la diivction du sysième sont déterminées par (pielques données géologiques, mais sur ce fonds la foule immense et anonyme des circonstances a lentement modelé le détail de la configuration. Pour le géogra]ihe, les grandes lignes du système sont tout ce (pi’il y a d’intéressant; elles sont pour lui un ensemble ordonné, déterminé jiar des conditions jihysiqiies ipi’il est possible de discerner, et cet ensemble, les conditions étant données, ne pouvait pas l'tre autre cpi’il n’est. Mais l’alpiniste qui escalade la montagne, s’il est sensible à la beauté des lignes générales, est contraint aussi de porter son attention sur l’infini détail du terrain, parce que c’est de ce détail que dépend le succès de son entreprise. Telle ligne d’ascension, qui dans son ensemhle paraissait praticable, doit (''•Ire abandonnée parce

LA FORMATIOX DES PRIX

qu’il s’y trouve en un certain point une rimaye qu’on ne peut franchir ou bien une plaque lisse de rochers sur la([uelle les prises manquent, (l’est un détail insignifiant {Hiur le géograjihe, capitid junir l’alpiniste. 11 en t'St de même mi malière de piix. A l'économiste il suffit de considérer le système de débu minai ion d(‘s pi'ix formé par les ndalions m'*c(‘ssaires enire l’offir, la demande el le prix; h> délail des lluctuations (piolidiennes ne l'intéresse jias; ]iar habitude [irofessionnelle, il ne voit dans les juix des marchandises (pie la part d(' la ms-essilé économiipie et de l’aulomalisme. Une vue aussi générale des chosi's m* contente jias rbomiut} d’affaires; il lU' pi'ul pas manjiier un tel détachenumi philosophique à l’égard des lluctuations (piolidiennes du marché, parce que c’est de ces Ilucl ual ions (pie déj.'eiidenl pour lui le profit et la p('it(‘. Comme tout à riieiii'i* l’aljiiiiiste, c’('sl l'accidentel ipii l’intéresse. A l'envisager ainsi, la foiTiialiou d(‘s ]irix au jour b' jour est le jii'oduit de Irop de foi’ci's variik's et discordanli s pour (pie la m'ci'ssité économiipie y soit aisément jierceplible. mais elb' cesse en même t(‘m{is d’('‘tre objet de science.

SKCTION 11

§ 1. — La notion d’un prix de vente normal déterminé par le coût de production.

Le marché d’une marchandise qiK'lcompie n'est jias (piebpic chose d’instantané; il dure el se prolongi' dans le temps. On vend aujourd’hui du blé, du fer, du (otoii; (>n en vendait hier; on en vendra demain. .\ considérer ainsi le marché dans la durée, on voit apjiaraîtri' un nouvel aspi'ct de la théorie des juix.

Si le marché continue, c’est (pie la produclian continue, el la production ne continue que si, à la longue et dans rensemble. (pielles que soimit d’ailbuirs les nuctualions (piolidiennes des cours, le prix de vmile est estimé suffisant {lar les producteurs. Les producteurs d(‘ blé, de b'r. de colon.... lU' porteraient plus les marebandises sur le marché si, à la longue el dans rensemble. bmrs entreprises n’étaimil pas rémunéralrici's. Ainsi se di'gage la notion d’un jirix normal, avec lequel le jirix du marché tend à co’incider si l’on considère uiu' période de tenqis suffisamment

longue.

Ce prix normal, quels en sont les éléments.'' Un premier élément ■est constitué par le prix (les biens el des services que l’mitreprise

-iiO

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