V. ViCENT- s. J., Soeialismo y Anarquitmo, p. lo et ii
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jourd'hui les bases de l'ordre social sont battues en brèche. Voilà ce qui donne à la question sociale une acuité qu'elle n'avait pas connue jusqu'ici et ce qui en fait, hélas ! une question nouvelle.
Terminons ces considérations par une remarque importante.
Théorie et pratique. — La question sociale peut être envisagée en droit ou en fait, en théorie ou en pratique.
Dans le premier cas, elle étudie les principes suivant lesquels doit être constituée la société, et en particulier le monde du travail, pour arrêter et adoucir les maux précédemment indiqués^. Cette étude est du ressort de la science sociale proprement dite, la seule dont nous nous occuperons. La question sociale appliquée consiste à rechercher, dans un ordre politique et social déterminé, dans des conditions Darticulières, les moyens qu'il convient d'employer pour rétablir l'ordre social. Cette recherche appartient à la prudence sociale ou à l'art de la politique, elle n'est que Vapplication de la science sociale. C'est ainsi que le médecin applique les principes et les règles de la science ou de l'art médical, d'après les conditions particulières du malade.
Ces deux ordres de recherches, — l'observation est importante, — ne doivent pas se séparer l'un de l'autre ; l'application suppose la théorie qui la rectifie au besoin ; la théorie, dans une science pratique telle que la science morale, est faite tout entière pour l'application, où elle trouve à la fois un fondement et un contrôle.
Remarquez la différence profonde qui existe entre les conclusions de principes abstraits et les applications de règles pratiques de conduite. Toutes les conclusions d'un principe vrai sont certaines, toutes les applications d'une règle de morale ou de gouvernement ne sont pas nécessairement bonnes. L'homme est doué d'intelligence : voilà un principe spéculatif vrai ; par conséquent il est impossible de trouver un homme privé de cette lacune. ij'Etat doit protéger la
I. V. Théry, Revue cath. des Tnitit., 1890, II, p. 34o; — Ch. Périm, FEconomi» politique d'après l'Encyclique, p. 6.
morale publique : voilà une règle pratique ; et cependant il faut, dans certains cas, tolérer le mal. D'où vient cette dif-« férence? C'est que le principe universel abstrait s'applique également à tous les individus auxquels il se rapporte ; tandis que l'application d'une règle morale pratique à un cas particulier dépend de mille circonstances, variables à rinlîni. Ce serait donc un sophisme de raisonner ainsi : « Vous admettez que l'Etat a le droit d'aider à la prospérité temporelle des citoyens, donc vous tenez pour l'assurance obligatoire des ouvriers, la limitation légale des heures de travail, l'assistance publique, etc. » Il faudrait d'abord démontrer que ces institutions font partie des fonctions nécessaires et essentielles du pouvoir suprême. Mais, pour le moment, je laisse ce point de côté pour considérer le raisonnement lui-même. L'Etat a-t-il donc le devoir d'exercer tous ses droits ? Est-il dispensé des règles de la prudence ? Pourquoi l'Etat devrait-il instituer, par exemple, l'assistance publique, si celle-ci est inutile ou nuisible à^la société? Mais ne voyons-nous pas, suivant la remarque de Léon XIII, que l'Eglise elle-même, société pourtant supérieure à l'Etat,
renonce à l'exercice de certains droits par amour de la paix, et pour éviter de plus grands maux ?
Aussi bien, l'unité dans les principes généraux qui régissent l'ordre social ne doit point exclure la divergence sur certaines applications pratiques, ni blesser la charité : in necessariis unitas, in dubiis libertas, in omnibus car lias.