‹ Cours d'économie socialeChapitre 104 sur 310 · CHAPITRE VÎII LÊCOLE LIBÉRALE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VÎII LÊCOLE LIBÉRALE

Pour résoudre la question sociale, apaiser le conflit toujours aigu entre le capital et le travail, trois écoles sont en présence, très opposées assurément par leurs principes, leurs solutions, leurs conceptions de la société. Ce sont : l'école libérale^ l'école socialiste^ l'école catholique^ qui se divisent elles-mêmes en un nombre indéfini de branches et de rameaux au feuillage bigarré.

L'école libérale a pour enseigne : liberté individuelle absolue dans l'ordre économique, abstention de lEtat.

L'école socialiste inscrit en tète de son programme : propriété collective et nationale des instruments de travail, administration des forces économiques exercée directement par r£tat représentant la démocratie.

L'école catholique met la solution de la question sociale dans la liberté individuelle et corporative aidée par l'Etat, vivifiée par l'Eglise et par la charité chrétienne.

Quelle est Tidée fondamentale de la thèse libérale en économie politique ? La voici en quelques mots :

Le libéralisme économique applique dans l'ordre des intérêts matériels le grand postulatum de la liberté, si cher au cœur des libéraux de toutes nuances. Tous les maux proviennent des restrictions imposées à la liberté, cette faculté maîtresse du monde. La liberté dégagée de ses entraves est le grand, le seul élément de progrès, d'harmonie et de paix sociale. Aussi les partisans de cette école répètent-ils à l'envi que le self-interest amènera infailliblement l'individu libre à agir pour le plus grand bien du corps social, et que la libre concurrence est une loi providentielle d'harmonie entre les diverses classes sociales.

« L'économie politique, écrit M. Ghailley, telle que l'avaient conçue Turgot, Adam Smith, J.-B. Say, tenait tout

entière dans un mot, liberté : liberté de l'individu, échange libre, et libre initiative D'Argenson avait déjà dit : Pas trop gouverner. Après lui, élargissant sa pensée, les économistes avaient répété : Laissez faire, laissez passer. Ils estimaient que tout va à souhait quand rien n'est réglementé ^. « Ainsi l'intérêt personnel, mobile unique de l'activité économique; la libre concurrence, principe fécond de prospérité et de civilisation ; des lois naturelles produisant nécessairement l'harmonie sociale, voilà les trois arlicles fondamentaux de la doctrine libérale.

Après avoir décrit les principales phases de l'évolution de l'économie libérale depuis les physiocrates jusqu'à nos jours, nous ferons l'examen des trois principes du libéralisme économique.

Article i. — Exposé des doctrines.

On divise l'école classique en trois périodes : la période des physiocrates, celle de l'école anglo-française de Smith et J.-B. Say, et celle de l'école libérale contemporaine.

Les physiocrates 3. — Les physiocrates sont les économistes du xviii' siècle, disciples de Quesnay, médecin de ^me jg Pompadour. Le mot phy s iocratie se trouve pour la première fois en tête d'un recueil d'oeuvres de Quesnay, publié par Dupont de Nemours en 176$. Cette expression était expliquée ainsi : « Physiocratie ou Constitution naturelle du gouvernement le plus avantageux au genre humain. »

L'école des physiocrates est la fille légitime de la philosophie de son siècle : la pensée philosophique rejette toute influence dogmatique ; on applique à toutes les sciences la méthode cartésienne ; chacun, sur des observations inconi-

Page 1