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VEvolution économique au xix* siècle, p. lOl

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question sociale, c'est dit-il, de laisser le champ libre à la liberté, à la responsabilité, qui est, je le répète en terminant avec Bastiat, notre moteur, notre propulseur, notre rémunérateur, notre vengeur ^ » Léon Say, Maurice Block, Yves Giiyot, Coarcelle-Seneuil ont compté parmi les libéraux intransigeants.

Libéralisme modéré. — Un certain nombre d'économistes, tout en gardant les dogmes fondamentaux de la doctrine classique, ont néanmoins rompu avec l'aphorisme exagéré de Smith et J.-B. Say ; ils donnaient dans leur enseignement et leurs recherches une plus large place à l'observation des faits et aux données de l'histoire, rejetant quelques-unes les théories les plus compromettantes de leurs devanciers, ouvrant enfin la porte, très discrètement sans doute, à l'intervention de l'Etat et corrigeant par une légère dose de protection les maux les plus aigus du libre échange. A ces traits vous reconnaissez la modération et l'opportunisme en économie politique.

M. Cairnes ne dénonce-t-il pas comme un sophisme />retentieux, privé de toute autorité scientifique, cette proposition qu'abandonnés à eux-mêmes les phénomènes économiques s'arrangent spontanément de la façon la plus favorable au bien commun ? M. Thorold Rogers n'a-t-il pas déclaré Taffranchissement complet du travail en général, une véritable utopie*? M.. Leroy-Beaulieu ne s'est-il pas rallié pleinement aux mesures établies en Angleterre pour la protection du travail des femmes et des enfants'? En thèse, en droit, en principe, ces économistes admettaient une certaine restriction à la liberté du travail, dans les cas où l'hygiène et la morale publique se trouvent gravement compromises. En fait et dans l'hypothèse, ils rejetaient dans bien des cas cette intervention de l'Etat (par exemple, travail des adultes, travail de nuit, etc.).

Pendant longtemps, l'économie classique domina sans

I. Quatre Ecoles d'économie politique, p. iZi; — conf. Vérités et Paradoxe*. 3. Cité par le D' Ixckam, Discours de V Association britannique pour Tavanceent des sciences, 1878 ; — Discourt de F Association britannique, i883. 3. Essai sur la Répartition des richesses, p. 4681 47 1-

conteste à l'Institut, au Collège de France, à TEcole de droit, dans l'enseignement et dans la littérature. Artuellement, cette domination est sérieusement compromise.

Ecole nouvelle». — Une nouvelle école d'économie politique s'est formée, qui rejette les plans de rénovation des socialistes, mais se tient aussi à distance des économistes enrôlés sous la bannière du laissez faire, laissez passer, école sagement éclectique, qui se prononce pour une action plus étendue de l'Etat dans Tordre économique ". Cette école a pour chefs deux économistes de haute valeur, Cauwès et Gide; elle a pour organe la Revue d'économie politique, qui a compté parmi ses collaborateurs Villey, Saint-Marc, Duguet, Fournier de Flaix, François, du Maroussem, Jules Simon, Jay, etc. L'économie politique orthodoxe a fait mauvais accueil à la nouvelle venue; comme le constate M. Cauwès, « la coalition du silence a succédé à la violente explosion de la première heure' ». Au reste, ce n'est pas le premier exemple d'intolérance que donne la science officielle.

Avons-nous épuisé toutes les formes et décrit toutes les variétés du libéralisme économique ? Non, car il manque à notre collection une espèce, assez commune du reste, hybride de philosophie et de politique, le libéralisme bourgeois.

Libéralisme bourgeois*. — Le libéralisme bourgeois, c'est le libéralisme des fils de la Révolution et des petits-fils de la restauration voltairienne du xviii® siècle. Les héritiers du tiers état, après avoir détruit et spolié la noblesse et le clergé au nom de la liberté politique, après s'être enrichis aux dépens du peuple, grâce à la liberté économique, essaient encore d'apaiser les réclamations et de calmer les convoitises des masses par des promesses de liberté toujours renouvelées et jamais accomplies. « Le libéralisme bourgeois, écrit Jules Lemaître, est ce qu'on nomme aujourd'hui

I. V. Cavwès, Précis, t. I, p. 3o, et t. II, p. 632; Devas, Groundworks o, économies, p. 40, 46 ; — Ingram, Uistory of polilical Economy, ch. vi.

a. Quatre écoles d' économie sociale. Discours de M. Gide.

3 . Introduction du Précis et du Co'trs d'économie politique.

4 . V. Staatslexikon, art. « Liberaîismns » ; — H. Pesch, S. J., Liieralismiu. Socialiimut und christliche Geselltchaftsordnung, p. 12 seq.

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le radicalisme (et aussi l'opportunisme). Au fond, c'est à une conception toute matérialiste de la société que tend le bourgeoisisme incrédule. Or cette conception est grave de conséquences. Pour servir ses ambitions, la bourgeoisie a ôté Dieu du cœur des souffrants, puis elle s'étonne qu'un jour les souffrants se révoltent contre elle. Et pourtant les révolutionnaires furieux sont bien les fils des révolutionnaires repus, devenus conservateurs de leur situation acquise et défenseurs de l'ordre en tout ce qu'ils en bénéficient. Le dernier mot de la politique sans Dieu, c'est le déchaînement de la brute qui a faim, qui veut jouir et qui ne veut pas autre chose. En vain le bourgeois opposera o les lois universelles « imposées à l'humanité, la morale que la nature vous a mise « dans le cœur, le bon sens, la nécessité de la résignation « provisoire, la patrie, etc. » Que pèsent ces mois pour qui ne croit plus qu'aux besoins de son ventre et aux joies de sa haine ^ ? »

Telles sont les principales écoles partielles de l'orthodoxie libérale. Le moule classique dans lequel est coulée leur doctrine est bien décrit par Senior : « L'économie politique, dit-il, repose sur un petit nombre de propositions générales dont le fondement est cet axiome que tout homme désire augmenter sa richesse avec le moins de sacrifices possible. — Ce désir, ajoute M. de Laveleye, là où il y a sécurité et liberté, conduit au travail, à la création et à l'accumulation du capital, à la division du travail, à l'usage de la monnaie, à l'appropriation du sol : d'où résulte un accroissement constant des produits qui se partagent en salaires, profits, intérêts et rentes, en proportion du travail, du capital et de la terre fournis par chacun à l'œuvre de la production, le tout réglé par la loi suprême de l'offre et de la demande -. » Dans ce résumé fidèle de la thèse libérale, vous retrouverez sans peine les trois articles fondamentaux de l'école classique : le principe économique, le principe de la liberté, le principe des lois naturelles, articles que nous allons examiner successivement.

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