Traité d'économie pol., p
3. V. P. Félix, rEconomie sociale devant le Christianisme, «i" conférence; — PÉKIN, la Richesse dans les Sociétés chrétiennes, chap. I ; — Kolb, Conferenzen àber die sociale Frage, 3« Vortrag, § 'io
ai2 L ORDRE SOCIAL
l'humanité prise en masse est capable d'une jouissance indéfinie de consommation, c'est se mettre en contradiction flagrante avec la philosophie, l'expérience et le bon sens.
Objections. — A cela, que répondent les économistes de
l'école ?
Loin de nous, disent-ils, la pensée d'exclure les nobles sentiments de générosité, de gratitude, de dévouement. Nous nous contentons d'en faire abstraction pour considérer le mobile le plus général ^l le plus puissant de tous, l'intérêt personnel.
Mais l'abstraction n'est pas soumise au caprice du-savant; elle est limitée par la nature même de l'objet que l'on étudie. Que dire d'un philosophe qui composerait un traité sur la nature de l'homme en faisant abstraction de l'âme ? L'économiste doit considérer l'homme tel qu'il est, ou du moins les éléments essentiels de l'activité humaine dans la sphère des intérêts matériels ; il peut et doit faire abstraction des éléments accidentels et variables ; mais la justice, la morale, le droit, l'intérêt social, etc., ne sont pas, dans l'activité économique de l'homme, des facteurs accidentels, accessoires ou arbitraires, qu'on puisse négliger à son gré. En réalité, l'abstraction telle que l'entend l'école libérale, n'est qu'une fiction anliscientifique.
L'économie classique exalte les bienfaits de l'intérêt personnel; c'est, dit-elle, le plus puissant levier delà civilisation.
Que le self-help, le self-interest soient un mobile de l'actitivité humaine, toujours utile, parfois nécessaire, je n'y contredis en aucune façon; mais il reste à démontrer que l'ordre économique n'obéit à d'autre loi fondamentale que celle de l'intérêt personnel. Tant que cette preuve ne sera pas fournie en bonne et due forme, les dithyrambes des économistes libéraux se borneront à répéter un truism. Comme le remarque très justement Mgr de Kelteler', le self-help n'est au fond que la grande loi du travail, édictée par Dieu lui-même et proclamée par la raison. « Aide-toi et le ciel t'aidera », disaient nos pères, et ils exprimaient, sans appareil scientifique, le vrai sens du seLfhelp.