‹ Cours d'économie socialeChapitre 123 sur 310 · Précis du Socialisme, p · texte numérisé non relu

Précis du Socialisme, p

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Le socialisme et la liberté. — S'il faut en croire les docteurs du nouvel ordre social, le collectivisme sera le règne de la lil>erté pure; toute oppression en sera bannie; plus de patrons, plus de maîtres, l'auto^l'é sera remplacée par la liberté contractuelle. Voilà des promesses qui ne coûtent rien à leurs auteurs. La réalité, c'est qie, dans la société collectiviste, l'individu ne possède d'autrss droits que ceux que la collectivité veut bien lui reconnaître ou lui accorder; la vérité, c'est que la société est ornée d'un pouvoir discrétionnaire sur l'individu, dont elle réclame avant tout les services pour Fœuvre de la production. Au fond l'idéal social des réformateurs diffère peu du régime des travaux forcés.

D'ailleurs, à la porte de ce bagne, il faut laisser toute espérance, car il faut abandonner la religion.

Le socialisme et la religion ". — Pour le socialiste démocrate, la vie humaine est renfermée tout entière dans les limites du monde terrestre. Pour lui, l'au-delà n'existe pas. Cette affirmation, souvent explicite et formelle dans la bouche des chefs du socialisme, est cachée dans le programme collectiviste officiel. Dépouillée des phrases creuses et des affirmations sonores, la religion du social-démocrate se réduit à ces éléments : Dieu, c'est l'Etat populaire démocratique; la fin dernière. les jouissances terrestres; le décalogue, les droits de 1 homme; le culte social, la production.

L'ancien leader du collectivisme français, Jaurès, n'a-t-il pas déclaré, à la Chambre des députés, la religion « une vieille chanson, une habitude et non pbis une croyance^ »? Un autre député socialiste, Jules Guesde, a l'ait à plusieurs reprises une profession publique d'athéisme.

De l'autre côté du Rhin, le chef autorisé du socialisme démocratique, Bebol, n'a-t-il pas dit froidement à la tribune du Parlement allemand : « En fait de religion, nous sommes athées »? N'abandonne-t-il pas, avec Heine, « le ciel aux anges et aux moineaux »? i\"affirme-t-iJ pas que, convaincu que le ciel est sur la terre et que mourir est synon3'me de

I. V. WiNTERER, le Socialisme contempoiuin, p. 29, aeo. *. Dis'tours du ai novembre iSgS.

l'école socialiste aa7

finir, chacun sera conduit à vivre conformément aux exigences de la nature ' ? Schâffle n'a-t-il pas ramené à ces trois dogmes la doctrine socialiste : athéisme en religion, républicanisme démocratique dans l'Etat, collectivisme en économie politique*? a Comme socialistes, disait à Gand M. Fontaine, nous voulons Tanéantissement de toute religion et de toute Eglise. » — «t II faut, clamait à Bâle le socialiste Cholein, renverser définitivement Dieu, si nous voulons relever l'humanité. » Et le Travailleur belge : « L'idée de Dieu est immorale, absolument contraire à tout progrès; il faut que le catholicisme tombe! Il faut étouffer le papisme dans la boue. Si vous ne décatholicisez pas la France, vous n'arriverez à rien. Guerre à Dieu! Le progrès est là. »

Quelle est la source de ces erreurs monstrueuses? Comme le remarque justement Claudio Jannet, « un des traits saillants du mouvement scientifique contemporain, c'est la pénétration dans l'économie sociale de la théorie de l'évolution' ». En France, le collectivisme s'inspire de l'évolution matérialiste. En Allemagne, les fondateurs du socialisme scientifique avaient été initiés dans les Universités à l'évolution idéaliste. La philosophie de Hegel, en transformant les notions juridiques morales et économiques en simples catégories historiques ou eu produits de l'idée, avait préparé les esprits à transporter dans le domaine de l'économie sociale les dogmes de l'évolutionisme*.

Nous venons d'exposer les doctrines collectivistes ; pas n'est besoin d'un long examen pour acquérir la certitude qu'elles sont aux antipodes de la thèse libérale, et cependant, en les considérant plus attentivement, on aperçoit entre le libéralisme économique et le socialisme plus d'un point de contact.

I. Conf. Untere Ziele, p. 38; — Die Frau, p. i83. a. Auttichtsloiigkeit der Socialdemokralie , p. 3.

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