La Cifiltà, i8yi
personnel et Tabsence de biens professionnels, ils estiment, dis-je, que cet ordre est foncièrement vicieux. Qu'on ne crie pas à la théorie du bloc, à l'ancien régime, à la réaction... que sais-je ! Les grands mots ne sont que des épouvantails. S'ils réussissent dans une proclamation électorale et soulèvent les applaudissements d'un club, ils n'ont rien de commun avec la science sociale.
Le catholicisme social veut une réforme qui ramène la société à son état naturel, je veux dire à sa constitution organique, telle que nous l'avons décrite dans le chapitre iv. Il insiste sur l'importance des cadres sociaux pour former et maintenir les individus*.
Aux deux maux dont est atteint l'ordre économique et social, la liberté exagérée et l'individualisme, ils veulent appliquer les deux remèdes vraiment efficaces : une législation protectrice, l'association professionnelle. Ainsi la restauration sociale chrétienne, que proposent les réformateurs catholiques, comprend trois facteurs absolument nécessaires : l'action et l'influence de l'Eglise et de la charité chrétienne ; une législation de l'État, sage, modérée, progressive ; l'initiative des individus et des corporations autonomes. M^ Fischer disait au Congrès de Liège :
« Le problème social consiste à régler les rapports entre le patron et l'ouvrier selon la morale chrétienne, selon les préceptes de justice et de charité... C'est de ce problème et de sa solution que dépendra l'avenir de la société et de la religion. Pour résoudre le problème social, il faut l'accord entre le patron et les ouvriers ; mais, outre cette bonne intelligence, il faut une Législation sociale qui règle d'une manière juste et équitable les rapports entre les patrons et les ouvriers ^. »
Le P. Liberatore, dans la conclusion de son Traité d'économie politique^ n'est pas moins explicite. Voici en quels termes il s'exprime : a Une certaine intervention de lÉtal dans la vie économique de la société est indispensable. L'abandonner au conflit des forces égoïstes, c'est transporter dans l'industrie l'idée darwinienne de la lutte pour l'exis-
I. On peut signaler sur ce point la brochure, suggestive parfois jusqu'aux appli» calions d'allure paradoxale, A reculons. Librairie Giard, Lille. a. Congrès de Lièse. i" sect.. p. 81.
aja l'ordre social
tence, luUe où le triomphe est assuré aux plus forts. Ea celte matière la tâche de l'Etat se réduit donc à ces deux fonctions : protéger les faibles, diriger les forts *. »
En d'autres termes, la simple protection ne suffit pas, mais elle doit être complétée par la direction.
III. Conclusions pratiques. — Nous n'avons pas le dessein d'exposer et de discuter les plans de réforme et les programmes particuliers proposés par les différents groupes des réformateurs catholiques. Ce serait entrer dans une polémique étrangère à notre sujet. Nous nous bornerons donc à indiquer les principales mesures qui ont obtenu l'assentiment des réformateurs sociaux en général.
1° Un des meilleurs moyens de ramener la paix entre ouvriers et patrons, de les rapprocher, d'unir les ouvriers entre eux et de les relever de leurs misères, est le rétablissement des corporations, mais des corporations débarrassées des abus d'autrefois, et accommodées aux nouvelles conditions économiques de notre siècle ^ Ces associations seraient libres, autonomes, reconnues et protégées par l'Etat, professionnelles et animées par l'esprit chrétien ^ ;
2* L'Etat doit entreprendre une réglementation des sociétés anonymes, « entourer d'un réseau de précautions restrictives la faculté, aujourd'hui privilégiée, de créer des sociétés anonymes, industrielles et commerciales, qui sèment autour d'elles la ruine des métiers et du petit commerce, sauf à s'écrouler elles-mêmes, ou à se transporter ailleurs, lorsque l'intérêt du capital engagé le demande, sans avoir égard aux travailleurs » ;
3° La loi favorisera les associations professionnelles, les syndicats de patrons, d'employés, d'ouvriers, établira des conseils d'arbitrage permanents, des Chambres de travail ;
4° Un minimum de salaire correspondant à la subsistance d'un ouvrier sobre et honnête doit être déterminé par une convention publique. Il en va de même du salaire normal