‹ Cours d'économie socialeChapitre 149 sur 310 · Àsioc. cath., 1S91, t. I. p. I, scq · texte numérisé non relu

Àsioc. cath., 1S91, t. I. p. I, scq

Antoine. I^

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vail, avec une garantie contre l'insécurité résultant des accidents, de la maladie, du chômage et de la vieillesse , l'assurance contre la misère inévitable ; la faculté pour l'ouvrier de participer aux bénéfices, et même, par la coopération, à la propriété des entreprises auxquelles il concourt par son travail ; enfin la protection contre les agiotages et les spéculations qui épuisent les épargnes du peuple et le condamnent à l'indigence, pendant que, suivant les paroles de l'Encyclique, a une fraction, maîtresse absolue de l'in- « dustrie et du commerce, détourne le cours des richesses « et en fait affluer vers elle toutes les sources ». Deuxforces doivent concourir à la réalisation de ce programme : l'organisation professionnelle et la législation.

« L'organisation professionnelle, pour laquelle nous demandons la liberté la plus large, donnera le moyen d'assurer la représentation publique du travail dans les corps élus de la nation, de déterminer dans chaque profession industrielle ou agricole le taux du juste salaire, de garantir des indemnités aux victimes d'accidents, de maladies ou de chômages, de créer une caisse de retraite pour la vieillesse, de prévenir les conflits par l'établissement de Conseils permanents d'arbitrage, d'organiser corporativement l'assistance contre la misère ; enfin, de constituer entre les mains des travailleurs une certaine propriété collective à côté de la propriété individuelle et sans lui porter atteinte.

« La législation protégera le foyer et la vie de famille par }a restriction du travail des enfants et des femmes, l'interdiction du travail de nuit, la limitation de la journée de travail, l'obligation du repos dominical ; dans les campagnes, en rendant insaisissables la maison et le champ du cultivateur, les instruments et le bétail de première nécessité.

« Elle facilitera la vie de l'ouvrier et du paysan par la diminution et la réforme des charges fiscales, particulièrement des impôts qui frappent la subsistance ;

a Elle favorisera la participation aux bénéfices, la constitution des sociétés coopératives de production ; dans les campagnes, l'association du métayage ;

« Enfin elle protégera la fortune nationale, l'épargne populaire et la morale publique par des lois sur l'agiotage, sur le jeu et les opérations de bourse, sur le fonciionne-

l'école catholique a^S

ment des sociétés, sur l'exclusion des étrangers de l'ex ploitation et de la direction des grands services publics, sur l'interdiction pour les fonctionnaires, les représentants de la nation et agents du pouvoir de participer aux spéculations financières.

« Tels sont les principaux articles du programme social que je conseille aux catholiques d'adopter. Ils ne sont autre chose que l'application des principes posés dans l'Encyclique sur la condition des ouvriers ^ »

Ce discours a reçu une approbation particulière de Léon XIII, qui écrivit au grand orateur catholique : « Et maintenant, cher fils, vous comprendrez sans peine que^ connaissant votre piété filiale et le zèle intelligent av«c lequel vous vous employez à seconder nos desseins, à rendre nos enseignements populaires et à les faire pénétrer dans la pratique de la vie social, la lecture de vos discours nous ait été souverainement agréable. Tandis que nous nous plaisons à vous donner des éloges justement mérités, noue vous exhortons à poursuivre votre généreuse entreprisç% #•

Groupe autrichien. — Les principaux représentants de cette école, qui s'appellent chrétiens unis, ou conservateurs féodaux, furent les barons de Vogelsang, Depauli, Zalinger, les comtes Belcredi, Falkenstein, Blome, de Thun, le prince Aloïs de Liechtenstein, le démocrate Lueger.

L'inspirateur des doctrines de l'école autrichienne a été le baron G. de Vogelsang. La réforme sociale de ce grand et intrépide défenseur des intérêts catholiques en Autriche, comprend les points suivants :

i*> La détermination par voie législative du salaire minimum el la limitation de la journée de travail pour les adultes ;

2" La réglementation par l'État de la production industrielle dans l'intérêt de la collectivité ;

3" L'État doit non seulement régler directement la production, mais encore la répartition de la richesse, de manière à diminuer les inégalités sociales ;

4" Le salariat conduit aux mêmes résultats que l'esclavage

I. Discours à la réunion des Ligueurs de SaiutElienne, le i8 décembre iS^a. «. Bref du 7 janvier i8ç3.

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antique ; l'État doit donc le remplacer progressivement par la coopération ;

5" L'État doit réprimer l'usure, et, de plus, réduire l'intérêt des capitaux que les capitalistes n'appliquent pas directement et par eux-mêmes au travail;

6° L'État doit élargir la sphère de ses attributions, obliger les patrons à construire des habitations pour leurs ouvriers, instituer des caisses de retraite ou de secours alimentées par les contributions égales des patrons et des ouvriers réunis.

Au Congrès des catholiques autrichiens, en 1889, le prince Aloïs de Liechtenstein déclarait que le principe sur lequel se base la réforme sociale réclamée par les catholiques autrichiens est que le législateur a le droit de régler les conditions du travail pour les coordonner au bien social.

La forte saveur étatiste des mesures réclamées naguère par le groupe autrichien s'expliquait peut-être par une situation de fait. Pressurés par le sémitisme, les catholiques d'Autriche-Hongrie ont cru que leur moyen de salut était de confier tout l'ordre économique social aux mains de la dynastie catholique des Habsbourg. Mais quoi qu'il en soit de cette raison historique, le programme jadis formulé par les catholiques d'Autriche, s'il devait avoir la portée d'une thèse générale, contiendrait des exagérations manifestes.

Les principales mesures demandées à l'Etat sont les suivantes :

1° Etablissement d'un juste rapport entre la production et la consommation ;

2° Garantie d'un emploi stable pour les travailleurs, avec la possibilité d'un salaire progressif et d'une ascension professionnelle ;

y Garantie d'un traitement convenable pour les travailleurs âgés ou invalides, pour les veuves et les orphelins ;

4" L'Etat n'a pas le devoir direct de procurer le logement aux classes ouvrières, mais les circonstances actuelles lui font une obligation de prendre cette question en sérieuse considération et de recourir, dans l'intérêt public, aux •mesures légales nécessaires ;

5** Corporations créditées par l'Etat ou les grands établissements financiers, afin que les ouvriers puissent pro-

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filer de la fabrication mécanique et de la production en grande

Il faut remarquer que ceux qui réclamaient ces réformes jouissaient déjà d'une législation ouvrière assez complète,, contenant, entre autres articles, la corporation obligatoire pour la petite industrie et la limitation de la journée de travail.

De 1907 à 1910, date de la mort de Lueger, ce fut l'époque de la principale influence du parti chrétien-social en Autriche. Surtout, à la municipalité de Vienne, dont Lueger était le maire, l'action fut étendue et profonde. Dans ces réalisations immédiates et restreintes le bénéfice de l'ardeur rénovatrice était plus sûr qu'il ne l'aurait été peut-être dans l'application de tel ou tel point du programme général, établi par les catholiques autrichiens.

Ensuite vint le déclin. Par leurs divisions intestines, les chrétiens sociaux perdirent beaucoup de leur situation politique : les élections de 191 1 au Reichsrat leur valurent une défaite.

Pourtant ils restaient en force à la municipalité viennoise. La guerre et la révolution qui suivit les mirent à l'écart au moins dans la capitale. Aujourd'hui ils restent en majorité dans les diètes provinciales de l'Autriche allemande, et les dernières élections générales (octobre 1920) leur ont valu un succès. Le parti, privé encore récemment, par la mort, d'un de ses anciens chefs, le prince de Liechstentein, reste plutôt favorable à une Autriche indépendante, tandis que les socialistes, qui sont au pouvoir, préconisent le rapprochement avec l'Allemagne. Il compte toujours des hommes de valeur tels que M. G. Seipel, le D' Mataja... et participe au gouvernement, bien que dans des proportions plus réduites, Nombreux sont encore ceux qui, là-bas, s'inspirent de la tradition des Vogelsang, des Lueger et des Liechstentein".

Divergences secondaires entre les deux écoles catholiques. — Après avoir établi, dans ce qui précède, les dilférences

!. Séance du g décembre 1891.

1. Y. R. PiNON, Grandeur et décadence des chrétiens sociaux d'Autriche. Bei'ue des Jeunes, 10 juillet 1920. — J. Boubée. Le mouvement religieux hors de France. Autriche. Les catholiques à la ceille des élections. Etudes, 20 oct. 1920.

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qui, dans les doctrines et dans l'application séparent les deux grandes écoles de science sociale catholique, il nous reste à signaler en quelques mots les divergences secondaires qui se manifestent dans ces deux groupes.

i" Les réformateurs catholiques font du régime économique actuel, fondé sur l'individualisme et sur la liberté absolue, une critique vive et pénétrante. Aux maux innombrables dont souffre la société, ils assignent une cause foncière, un vice d'organisation sociale. En cela ils sont d'accord avec les socialistes et ne le cachent pas. « Je n'ai à apprendre à personne, disait M. de Mun à la Chambre des députés, que je suis d'accord avec les socialistes, avec celui qui tout à l'heure était à la tribune (M. Lafargue), sur la critique de l'ordre économique, autant que sur un très grand nombre de réformes sociales qui sont journellement réclamées par les travailleurs*. » Mais, alors que les collectivistes veulent la révolution contre l'Eglise, la morale et l'ordre social, les réformateurs catholiques demandent une évolution dans Tordre social et moral avec l'Eglise.

Les disciples de Le Play, tout en reconnaissant sincèrement la misère de la classe ouvrière, voient sous un jour favorable l'ordre économique présent. Ils attribuent l'état de souffrance du monde du travail à des causes morales. Le mal, disent-ils, provient non de la liberté économique, mais des conditions dans lesquelles elle s'exerce de fait ; aussi plusieurs membres de ce groupe ont-ils reproché à leurs adversaires cette position vis-à-vis des socialistes : « Il faut avoir bien des illusions, disent-ils, pour poursuivre une campagne avec ceux qui sont les maîtres de l'État-Dieu de notre temps. »

2° Les remèdes proposés par l'école d'Angers sont des remèdes particuliers à longue échéance. Ceux que propose l'école de Liège sont d'une efficacité générale et à brève échéance. Les premiers doivent réformer les patrons et les ouvriers pris individuellement par petits groupes, ou tout au plus par usines ; les secondes agissent directement sur le monde du travail.

3° L'école de la liberté s'appuie davantage sur la cha-

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