I. Séance dn o décembre
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rite, l'autre davantage sur la justice. Aux prolétaires qui réclament la justice, la première promet la charité et l'aumône : la seconde répond par la justice sociale et une législation sociale.
4° Les disciples de Le Play sont d'accord, en un grand nombre de points, avec les économistes de l'école libérale, dont ils reçoivent éloges et encouragements. Les partisans de M. de Mun rejettent, ou mettent en doute, la plupart des aphorismes de Técole classique et se rattachent plutôt à l'école nouvelle, à l'école éclectique. « A côté de l'école orthodoxe, écrit M. Henri Saint-Marc, nous trouvons en France deux écoles chrétiennes : l'école de Le Play, celle de M. de Mun. Toutes deux sont inspirées de la morale évangélique la plus pure ; toutes deux déplorent les maux dont souffre la classe ouvrière, critiquent l'organisation actuelle, y cherchent des remèdes. Elles devraient donc, ce semble, être également antipathiques à l'école orthodoxe. Il n'en est rien, toutes les colères sont réservées pour M. de Mun. L'école de Le Play, au contraire, quoiqu'elle pratique la méthode historique, tant vantée chez les Allemands, reçoit des égards, des amabilités, presque des tendresses. D'oîi cela vient-il ? C'est que M. de Mun ne croit pas à la bienfaisance du capital. Il ne le juge pas capable de guérir de lui-même les maux de la société et veut l'y contraindre par l'intervention de l'Etat*. »
Afticlb 4> — Groupe de la démocratie chrétienne.
Origine. — Ce n'est pas en France, mais en Belgique*, que se forma d'abord, sous le nom de « démocratie chrétienne », le groupement d'une fraction notable de catholiques prenant résolument pour programme doctrinal et pratique le Credo social de l'Eglise, tel qu'il a été promulgué par l'immortelle Encyclique de Léon XI 11, Sur la condition des Ouvriers. Il est vrai de dire d'ailleurs que, en Amérique
I. Etude sur l'enseignement de V économie politique dans les UniuersUés d'Allemagne et d'Autriche, p. 12 1.
•i. L'initiative du mouvement démocratique en Belgique est due à M. Belleputte, iidé par Mgr Pottier, M. Arthur Verhaegen, Mgr de Harlez, etc.
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et en Suisse, les catholiques avaient pris, dès longtemps, le devant; mais, étant donné les conditions politiques spéciales de ces peuples, cet exemple ne pouvait pas plus entraîner que surprendre. Lors de l'assemblée générale de TŒ^uvre des Cercles en 1893, M. A. Verhaegen, l'un des fondateurs de la Ligue démocratique anti-socialiste belge, exposa nettement le programme de son puissant parti.
Cette formule, d'abord adoptée dans les régions qui avoisinent la Belgique, date à peine en France de l'année 1894. Lors du congrès ouvrier chrétien qui réunit à Paris, en juill.'t 1896, les délégués des divers Cercles chrétiens d'études sociales, ni les organisateurs, ni les principaux auteurs n'avaient eu la pensée (les programmes l'attestent) de s'appeler démocrates chrétiens. Le mot fut jeté pour la première fois dans le discours de clôture de M. l'abbé Naudet*. Depuis, ce mot est devenu un drapeau autour duquel s'est rangé un parti: ^(3; Z)emocr<2/rec/i/*e7te/2«e. Avant d'exposer le programme et les tendances de ce groupe, je crois indispensable d'analyser et de mettre en pleine lumière l'idée de la démocratie chrétienne. Qu'est-ce que la démocratie? Peut-il exister une démocratie chrétienne ? Y a-t-il des rapports nécessaires ou contingents entre l'élément social et l'élément politique de l'idée de démocratie ? Autant de questions qui demandent une réponse précise.
La démocratie dans l'ordre politique. — Etymologiquement et historiquement, le mot de démocratie a une signification exclusivement politique. Les philosophes grecs qui l'ont employé les premiers désignaient par là une forme particulière de gouvernement, celle où le peuple se gouverne lui-même immédiatement ou médiatement par des délégués. D'après saint Thomas et tous les théologiens de l'école scolastique, la démocratie c'est le pouvoir populaire : Democratia^ ici est potestas populi *.
Les auteurs modernes expriment la même idée lorsqu'ils définissent la démocratie, le gouvernement pour le peuple et par le peuple organisé. Gouvernement qui revêt néces-
I. M. Paul Renaudin a raconté dans la Quinzaine (i" et i5 juin 1896), l'oiigine -de l'organisation démocratique chrétienne. a. S.Thomas, u aae, q. io5, a. i.
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sairement la forme républicaine. Dans un sens plus large, qui de fait se réalise aujourd'hui, la démocratie au sens politique peut désigner deux autres formes de gouvernement :
1° Une forme dans laquelle le peuple, c'est-à-dire la classe inférieure, a sa place dans la représentation publique à côté des autres classes sociales constituées à part ;
2° Une forme dans laquelle la représentation politique est prise dans la masse de la population, sans distinction de classes, sur la base du suffrage universel. Dans cette forme le peuple ne compte que comme une partie de la masse des individus appelés à l'exercice des droits politiques. Ainsi dans la mesure où le peuple, par son suffrage, par son contrôle, par son initiative prendra part à la gestion des affaires publiques, le gouvernement sera démocratique. Les institutions de la monarchie anglaise sont à coup sûr plus démocratiques que le gouvernement de la République française.
J'ai dit que la démocratie était le gouvernement pour le peuple par le peuple organisé. C'est pourquoi on appelle démocratique toute mesure, tout acte de gouvernement ou même tout gouvernement qui a pour objet immédiat le bien du peuple : démocratique, c'est-à-dire populaire. Les lois sur les habitations ouvrières, la réparation des accidents de travail, l'hygiène des fabriques et usines, la protection des femmes et des enfants, etc., sont des lois démocratiques; démocratique un gou^'ernement qui s'occupe' avec un soin particulier des petits, des humbles, des faibles, des prolétaires.
Qu'on y prenne garde, la démocratie, suivant cette considération appartient moins à l'ordre politique qu'à l'ordre social ; il ne s'agit plus du gouvernement de la société civile, mais il est question du bien général d'une partie, la plus importante sans doute, du corps social. Etudions de plus près cette notion en prenant pour guide un très remarquable travail du professeur Toniolo ^
La démocratie au point de vue social. — Dans son concept essentiel, la démocratie peut être définie : une organi-
I. La Notion chrétienne de la démocratie . Paris, Maison de la Bonne-Presse.
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satîon de la société dans laquelle toutes les forces sociales, juridiques et économiques, en possession de leur plein développement hiérarchique et dans la proportion propre à chacune d'elles coopèrent de telle sorte au bien commun que le dernier résultat de leur action tourne à l'avantage plus particulier des classes inférieures ^ Cette définition indique l'essence de la démocratie, et ce caractère essentiel est tiré de la fin vers laquelle converge l'ensemble des rapports civils désignés sous le nom de démocratie. Quant à la fin de la démocratie, elle reste toujours celle qui est -. l'unique raison d'être de la société humaine, à savoir le bien i commun; mais de telle sorte que ce bien commun, eu égard ; aux membres de la société qui y participent, conduise par la ■ force des choses au bien plus particulier des classes inférieures.
Ce bien commun est une fin générique qui renferme logiquement comme fin spécifique le bien plus particulier des classes inférieures. i
Les deux fins qui déterminent le concept essentiel de la démocratie : la fin générique, qui est la fin principale, et la spécifique, qui est la fin dérivée, tirent leur justification des principes fondamentaux de l'ordre social. Ainsi définie, la démocratie est Tordre social lui-même, qui, par sa nature et par ses fins, aboutit en définitive à la protection particulière et au soulagement de la classe des faibles et des humbles ; en d'autres termes, le bien commun, qui est l'unique raison justificative des liens sociaux, entraîne logiquement et réellement avec lui un avantage spécial en faveur des groupes les plus nombreux. En fait, comme le démontre fort bien M. Toniolo, cette notion philosophique de démo- <îratie n'a été enseignée que par le christianisme ; les Saintes Ecritures en renferment tous les éléments; le rôle confié par Jésus-Christ aux classes supérieures en est un témoignage éclatant ; enfin elle s'affirme dans l'Eglise comme un fait historique.
I. Cette définition est conforme à ceîle qni a été donnée par Mgr Pottier : « La •démocratie chrétienne importe essentiellement une telle organisation de la société que tontes les forces sociales fonctionnent harmoniquement dans leur ordre hiérar- •chique, de manière à assurer à chacun sa pleine expansion et à produire comme résultat final le bien commun au plus grand profit des classes inférieures. »
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Ainsi Ton peut dire, sans crainte de se tromper, que les sociétés chrétiennes furent des sociétés virtuellement démocratiques au point de vue social*^. Voilà la démocratie chré" tienne ^
Caractères essentiels et caractères accidentels de la
démocratie chrétienne. — L'essence de la démocratie, comme je viens de le montrer, est déterminée par sa fin et consiste dans la conspiration des pensées et des actes de tous les éléments sociaux au bien commun, et proportionnellement au bien plus particulier des multitudes, qui ont plus que d'autres besoin de protection et du secours de la société. Dès lors l'ordre social ne va-t-il pas se plier et s'adapter à ce but spécial et grandiose afin de mieux l'atteindre? A une démocratie virtuelle entièrement préoccupée de la fin à atteindre s'ajoute une démocratie concrète, préoccupée du moyen à employer, c'est-à-dire de l'organisation des forces sociales convergeant à cette fin. Et c'est dans ce second sens d'une organisation spéciale de la société et de ses forces, plutôt que dans le sens de finalité que l'on fait plus communément consister toute la démocratie ou, du moins, sa partie principale. En réalité, cependant, cette organisation n'est que l'accessoire.
Par caractères accidentels de la démocratie chrétienne, il faut entendre la forme du pouvoir, les relations juridiques entre les classes, la répartition des richesses, enfin et surtout la participation de tous les éléments sociaux au gouvernement. Ce sont là des modalités de l'être qui n'ont rien de permanent et d'absolu et qui varient selon les circonstances.
Remarquez avec soin, — car ceci est de la plus haute importance, — qu'on ne peut, sans grave dommage, intervertir l'ordre de dépendance logique des deux aspects de la démocratie. Le concept essentiel qui est le plus vaste, c'est toujours de faire conspirer les forces sociales et juridiques à la protection, au respect, à l'élévation du peuple.
Les autres concepts accidentels, qui sont plus restreints,