I. ToNiOLO, op. cit„ §§ III et IV
a. Conf. G. GoYAU, Autour du CathoUcitme social ; — G. Fonsegrive, Catholi- <itme et Démocratie ; — de Mun, la Conquête du Peuple. Paris, Lethielleux {1908)
par exemple le concept politique, n'en sont qu'une conséquence rationnelle et historique. Affranchi, honoré, instruit, le peuple doit naturellement, et selon toute probabilité, acquérir tôt ou tard une importance plus grande et trouver sa place dans le gouvernement. Mais, dans ce cas, cette démocratie politique est une conséquence de la démocratie sociale juridique et religieuse et non pas réciproquement.
Ceci posé, il s'ensuit que la démocratie, dans son sens principal et essentiel, doit être acceptée nécessairement par tous les catholiques, parce qu'elle provient de l'essence de l'Evangile et qu'elle reste un motif de concorde, tandis que la démocratie, dans son sens secondaire et accidentel, c'està-dire politique, peut être licitement soutenue ou rejetée, sans toutefois devenir entre les catholiques un motif sérieux de discorde.
Qu'on essaye de renverser l'ordre de ces deux éléments, l'un principal et l'autre subordonné, et l'on verra ce qui en résultera pratiquement dans la pensée et dans la manière d'agir des catholiques.
Enumération des caractères de la démocratie chrétienne. — Il est opportun maintenant de préciser les caractères de la démocratie chrétienne en fixant d'abord ce] qu'elle est substantiellement par opposition à ce quelle n^esti pas, puis ce qu'elle peut être et devenir au point de vue accidentel et historique sans porter atteinte au principe générateur d'oii elle dérive.
Afin d'éviter les expressions vagues et indéterminées qutj nuisent à la rigueur scientifique et à la sûreté des conclusions, qu'il nous soit permis d'exposer ces caractères sous forme de propositions, telles qu'elles ont été formulées par l'éminent professeur de Pise.
Première proposition. — Il y a une démocratie chrétienne qui, dans son concept essentiel, s'identifie avec la notion même de V ordre social fondé sur le devoir.
Cette démocratie est caractérisée par la double fin à laquelle elle tend.
x" Le bien proportionnel de toutes les classes sans exception ;
l'école catholtqub a85
2* Et, par là même, un soin spécial du bien des mullitudes qui ont plus besoin de tutelle et de secours de la part de la société.
Le moyen normal d* atteindre ce second but est l'organisa' lion hiérarchique de la société :
Deuxième proposition. — En ce qu'elle contient d'esseniielf la démocratie ne se confond avec aucune forme de gouvernement ou de régime politique.
Quelle que soit sa forme, l'État le plus démocratique est <3elui qui protège et favorise le mieux les intérêts de tous, et, proportion gardée, ceux du plus grand [nombre. La monarchie de saint Louis en France fut incontestablement plus démocratique que la république de Gromwell en Angleterre. La participation du peuple au pouvoir est accidentelle à la démocratie et peut revêtir les formes les plus diverses, et, en tout cas, il n'est pas nécessaire que tout le peuple participe au pouvoir.
Du reste, ce n'est pas seulement dans les parlements que s'est manifestée à toutes les époques la participation du peuple aux affaires publiques ; mais plutôt dans les organismes autonomes des communes, des corporations investies de fonctions civiles, des associations de campagnards, des vieillies ou unions paroissiales et dans l'autorité féconde des coutumes juridiques locales. La meilleure participation du peuple au pouvoir paraît résider dans les administrations autonomes, soit locales, soit régionales. En tout cas, qu'on le remarque bien, le régime démocratique, la démocratie chrétienne, n'est pas nécessairement la république, car l'Eglise, gardienne des traditions utiles au peuple, n'a jamais dit et affirme aujourd'hui moins que jamais que l'on doit attendre le salut de la société et du peuple lui-même d'une forme concrète de gouvernement à l'exclusion de toute autre '.
Troisième proposition. — Au point de vue strictement
t. Si l'on entend par démocratie, écrit le R. P. Dehon, une société où les fonctions sont électives, oii les citoyens ont toute facilité pour l'accroissement de leur b on-être, où les communes vivent selon leurs propres lois, l'Eglise n'y est pas opposée » {Catéchisme social, p. 28).
»86 l'ordre social
social, la démocratie chrétienne n exclut, ni ne diminue, ni ne bouleverse en aucune façon la hiérarchie naturelle et historique des classes : elle n'engendre entre celles-ci ni scission ni opposition.
Précisément parce qu'elle exige essentiellement le concours actif de tous au bien commun, proportionnellement aux aptitudes et aux capacités de chacun, la démocratie chrétienne suppose la hiérarchie des classes ; bien plus, elle l'entretient et la fortifie. A cause de la liberté qui doit, plus que partout ailleurs, être reconnue et protégée par tous dans la démocratie chrétienne, et à cause des secours donnés de préférence aux petits pour les élever et les grandir dans leur état, il arrivera infailliblement qu'une partie plus choisie des classes inférieures passera dans les classes supérieures, grâce aux mérites personnels de talent, de vertu, de richesses acquises et d'influence sociale.
Voilà comment la démocratie chrétienne cimente l'union des classes et accroît la dignité des classes supérieures.
Pie X redisait ces principes en les rattachant aussi à l'enseignement de Léon XIII. « Notre prédécesseur, d'heureuse mémoire, les a rappelés dans des pages magistrales, que les catholiques occupés de questions sociales doivent étudier et toujours garder sous les yeux. Il a enseigné notamment que la démocratie chrétienne doit a maintenir la diversité des classes qui est assurément le propre de la cité bien constituée et vouloir, pour la société humaine, la forme et le caractère que Dieu, son auteur, lui a imprimés. [Enc, Graves de Communi). » ^
La démocratie chrétienne en fait. — En France, et parmi les catholiques, l'ancien parti « démocratique chrétien » n'existe plus comme tel, si bon nombre de catholiques sociaux continuent à s'inspirer plus ou moins de sa doctrine.
Jadis, M. Harmel, le propriétaire du Val-des-Bois, fondait dans ses usines et dans toute la région de Reims, des cercles chrétiens d'études sociales. Là, sous le contrôle des aumôniers, sous l'œil bienveillant du patron ramené, de son plein gré, au rôle de consulteur, les ouvriers