La crise sociale, p. a
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achats et solder les intérêts de leurs lourds emprunts, ils devaient d'année en année verser une plus grosse somme de leur monnaie '.
C'était pour les pays or la perte certaine de plusieurs débouchés pour le commerce et l'industrie. Donnons ic quelques exemples remontant à plusieurs années. Ils ont conservé leur valeur probante, indépendamment des questions de fait qui ont modifié la situation d'où ils sont tirés. La guerre et le bouleversement des changes et la raréfaction de For dans les pays belligérants d'Europe ont évidemment transformé l'état du marché mondial.
Les dangers les plus graves étaient pour nos producteurs agricoles. Les importateurs, avec la môme quantité d'or qu'autrefois, achetaient plus de monnaie d'argent; d'autre part, l'argent, dans les pays monométallistes argent, avait en général très peu perdu de son pouvoir d'achat; donc, avec la même quantité d'or qu'autrefois, les importateurs achetaient plus de marchandises, vin en Espagne, blé dans l'Inde, soie au Japon, bétail en Amérique, etc., et ils les revendaient à un bon marché désastreux pour les productions françaises.
Un importateur de vin, par exemple, allait en Espagne, pays monométalliste argent et emportait i.ooo francs d'or français. Or i.ooo francs d'or français valaient en Espagne i.3oo francs d'argent. Gomme il n'y a que de l'argent en Espagne, quoique l'or y ait cours, les produits s'estimaient d'après leur valeur en argent. C'est donc i.3oo francs de vin que les importateurs achetaient avec leurs i.ooo francs. Le bénélice de 3oo francs qu'ils réalisaient était loin d'être absorbe par les droits et frais de transport.
Pour le blé, c'était la même chose ; des importateurs achetaient du blé à Odessa. Ils le payaient en or, mais en ce pays, où il n'y a presque que de l'argent 1 1 francs en argent valaient 6 francs en or. L'importateur recevait les 1 1 francs de blé pour 6 francs en or. Pour l'amener à Paris, il devait payer le fret ou transport et les droits de douane. Or le fret était tombé à rien, grâce à la ruine de notre marine marchande,
I. Conf. EJmond Thérry, Objections formulées contre le bimétallisme international, hcfitta'ions orésentées au nom du Conseil général de la Ligue bimetalliste.
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qui mettait toute l'importation aux mains des Anglais. Le fret valait à peine o fr. 5o. Donc 6 francs d'achat, o fr. 5o de fret, 7 francs de droit de douane, c'était du blé à i3 fr. 5o rendu à Paris, et il s'y vendait ^7 à i8 francs (au cours de i4 francs à Odessa). A ce prix, le paysan français se ruinait à produire et à vendre du blé.
Situation monétaire de la France. — La dépréciation de l'argent a eu sur la situation monétaire de la France une répercussion fatale. Le stock métallique de notre pays renfermait 3o centièmes de métal blanc*.
Le public ne conservait dans la circulation que la quantité de celte monnaie strictement nécessaire aux besoins des échanges. Le surplus était à la Banque de France. Toutes les tentatives faites pour alléger l'encaisse-argent de cet établissement et pour augmenter le nombre des écus dont le commerce et les particuliers faisaient usage ont invariablement échoué. Les pièces de 5 francs à peine sorties des caisses de la Banque y étaient bien vite refoulées. La valeur de la monnaie blanche restait intacte, à la vérité, mais elle était devenue fiduciaire. Une partie de l'encaisse or était en quelque sorte engagée et immobilisée pour la garantir, La masse d'argent qui n'est pas utilisée et qui est inutilisable dans les échanges n'est pas un élément de richesse, mais une jçène. Telle était la situation monétaire de la France avant la guerre ; elle était fâcheuse par certains côtés, mais elle n'était pas compromise. Notre stock de métal jaune, sauvegardé par la suspension de la frappe de métal blanc, suffisail à gager la valeur de tous les écus français ou latins qui se trouvaient sur notre territoire, et d'autre part, notre stock d'argent ne pouvait être augmenté par de nouvelles frappes. Pour redresser la situation monétaire, non seulement de la France, mais encore des autres pays, et faire disparaître l'inégalité monétaire, on a proposé le bimétallisme international.
Bimétallisme international. — Par bimétallisme interna-
I. En 1878, la proportion était de 26,45 p. loo d'argent et 73,55 p. loo d'or; ei i8S5, de 3R,67 p. loo d'argent et 69,33 p. 100 d'or; en 1890 de 30,90 p. loo -''ap gcnl e' 69,10 p !oo d'or.
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-^onal, il iaut entendre un accord à intervenir entre les principales nations actuellement régies par l'étalon d'or, y compris TAngleterre, et aux termes duquel accord la frappe libre et le pouvoir libératoire intégral seraient donnés à l'or et à l'argent. Le même rapport et les mêmes conditions de traitement pour l'or et pour l'argent doivent être adoptés par les puissances signataires de l'accord. Si ces principes fondamentaux du bimétallisme international sont rigoureusement observés, il n'y a pas de doute à avoir sur la possibilité de maintenir le rapport fixé admis par les Etats contractants, quelle que soit d'ailleurs la variation possible de la production respective des deux métaux monétaires. Tel est le programme du bimétallisme international ; c'est dans l'espoir de le réaliser qu'ont été réunies les conférences internationales de 1867, ^^ ^^78, 1881 à Paris, et de 1892 à Bruxelles. Ces conférences ont échoué, et il n'en pouvait être autrement. Deux des grandes puissances en elfet ne veulent pas entendre parler du bimétallisme. Si elles se sont fait représenter aux conférences, c'était uniquement pour déclarer que, tout en désirant la réhabilitation de l'argent, elles n'entendraient pas y concourir en acceptant le bimétallisme. L'Angleterre, qui était la grande créancière du monde, avait un intérêt personnel très marqué à se faire payer en or, métal dont la valeur augmente*.
En outre, comme elle possède par ses banquiers et ses capitalistes, les mines d'or du Transvaal, elle n'a aucune raison de s'opposer à V appréciation de l'or^
En présence de ces refus, le parti le plus sage pour la France est de rester dans le statu quo. La circulation moné-
1. Aa moii de marg i&çj3, M. GladiiSB»^ «'exprimait îinii k la Chambre des Communes : n II est cerluin qoe nous sommej, nous autres Anglais, les créanciers da monde entier ; il ne se pasje pas une année sans que nous ajoutions quelque chose aux placements déjà faits à l'étranger. On reste au-dessous de la vérité en les évaluant à près de i milliard de livres sterling. Dans ces conditions, il convient de bien réfléchir avant d'accomplir cet acte de véritable abnégation, qui consisterait à laisser à vos débiteurs le choix entre deux modes de libération. Ils .K-cueilIeraient certainement avec gratitude un cadeau de 5o à loo millions sterling, si nous étions disposée à le leur faire ; mais, en rendant hommage à notre générosité, ils mettraient en doute notre sagesse. »
2. Il y a cependant en Angleterre une ligue bimétallique qui compte parmi ses membres .\IM. Barbour. Chaplin Samuel. Montagu. S.Smith, sir W. Nouldsworth, Coke, Gibs. Grenfell, Hovrell, lord Carmorthen, etc.
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taire à rintérieur ne laissait, avant la guerre, rien à désirer : avec l'extérieur, les relations de change étaient normales, parce que la France disposait d'un stock d'or assez considérable pour payer en métal jaune ses dettes extérieures, lorsque les compensations en papier de commerce ou en titres n'y suffisaient pas. 11 est fâcheux sans doute qu'une partie de son capital monétaire soit déprécié par suite de la baisse de l'argent. Mais, pour restaurer la valeur de sa monnaie blanche, il ne faut pas qu'elle s'expose à perdre le ^ stock de métal jaune, dont la possession assurait naguère à son commerce le bénéfice inappréciable du change au pair.
Article 4. — Le prix.
Prix et juste prix. — Le prix est l'expression, en monnaie, de la valeur d'échange d'un objet. La monnaie estelle-même une valeur d'échange (monnaie métallique ou fiduciaire), qui, par conséquent, est sujette à des variations multiples et irrégulières. Que faut-il en conclure ? Que K valeur d'échange n'est pas susceptible d'une mesure parfaite ; une mesure parfaite, en effet, doit être invariable dans le temps et dans l'espace. Il faut donc se contenter de mesures approchées, soit de la valeur de richesses différentes à égalité de temps et de lieu, soit d'une même richesse en différents temps et lieux^
Un prix est juste lorsqu'il est égal à la valeur de l'objet qu'il représente ou contre lequel il estéchangé. Tout ce que, dans la suite, nous dirons du prix, doit s'entendre du juste prix.
Pour les économistes de l'école classique, il n'y a ni juste prix, ni juste valeur. La valeur ne résultant, suivant la plupart d'entre eux, que de l'offre et de la demande, ils ont prétendu qu'il n'existe aucun rapport de justice entre les valeurs des choses, et que vouloir déterminer le juste prix des produits avant l'échange, c'est se poser un problème insoluble^.
I. V. RoscHEE, Les Fondementt de réconomie nationale, l.v. rf, ch. il, § loo. «. "V. Maurice Bi-ook, Lei Progrès, t. II, p. laB.
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Si le prix est le résultat fatal des lois économiques, s'il est la solution nécessaire d un système dynamique, la dynamique des prix, il est impossible qu'en toutes circonstances il ne soit pas juste. Au juste prix correspond la juste valeur d'échange ; aussi, pour éviter des répétitions inutiles, nous étudierons à la fois les facteurs du prix et de la valeur.
Facteurs du prix et de la valeur d'échange. — Le prix et la valeur d'échange dépendent de la valeur en usage du côté de l'acheteur, des frais de production du côté du vendeur.
i" Frais de production. — On appelle frais de production l'ensemble des sacrifices exigés pour la production d'un bien économique échangeable. Dans tout échange, il doit y avoir égalité entre les avantages qui résultent pour chacune des parties contractantes. Or, si le producteur recevait un prix inférieur aux sacrifices qu'il s'est imposés, il n'y aurait pour lui que désavantage et perte ; ce serait la ruine à brève échéance. Aussi, pour établir le prix de vente, l'industriel calcule les frais de production, établit le prix de revient, ajoute un émolument et détermine ce qu'il est juste que l'acheteur consente à payera
2° La valeur d'usage. — Du côté de Tacheteur, l'élément dominant de la valeur d'échange, c'est la valeur d'usage individuel. Personne, sauf le cas de don purement gratuit, ne fera des sacrifices pour oh'enir une chose absolument inutile. Au contraire, plus ce bien sera nécessaire, utile ou désirable, pluscebienposséderal'estimabilité pour l'échange, plus l'acheteur sera disposé à offrir de biens économiques afin d'obtenir cet objet. C'est dire que cet objet a pour l'acheteur une plus grande valeur d'échange.
Remarquons encore que les frais de production réagis-
I. L'enseignement de la scolastique sur le j'usium pretîutn est entièrement d'ae» eord avec la théorie de la valeur de l'économie politique, telle que nous l'avonc exposée. D'après les théologiens de l'école, les facteurs du juste prix, et, par conséquenl, de la valeur d'échange, sont l'utilité, la difficulté d'acquisition, la rareté relative. Voir les nombreux documents cités par Costa-Rossetti, Grundlagen, p. 60, art. traduit par VAss. cath., juillet 189a, p. a3, seq.
sent sur la valeur d'usage concrète et deviennent, du côté de l'acheteur, les frais d'acquisition. En effet, considérée d'après les circonstances concrètes de la personne qui désire un objet, restimabilité économique de cet objet, sa valeur actuelle, dépend de la difficulté d'acquisition {difficully of attainmejit)^ de la rareté relative de cet objet, ou, ce qui revient au même, de la grandeur des sacrifices nécessaires pour l'acquérir. En résumé, le prix ou la valeur d'échange résulte de l'action conjointe de la valeur d'usage et de la difficulté d'acquisition '.
L'école classique propose nne autre formule pour la formation et la variation des prix : la loi de Voffre et de la demande. Que faut-il entendre par ces mots ?
L'offre et la demande. — Dans un sens général, il y a offre et demande aussi bien du côté de l'acheteur que du côté du vendeur. L'acheteur offre de l'argent et demande une marchandise en échange ; le vendeur offre une marchandise et demande de l'argent. Mais on est convenu de considérer, en économie politique, l'offre et la demande par rapport aux marchandises, c'est alors le vendeur qui offre, l'acheteur qui demande.
Quand la quantité de biens échangeables augmente, la valeur et, par conséquent, le prix, toutes choses égales d'ailleurs, tendent à diminuer. C'est le cas des objets manufacturés, qui actuellement sont très multipliés et à bas prix. La quantité absolue vient-elle à diminuer, la valeur d'échange se relève ; c'est ainsi que le gibier, par suite de sa disparition successive, atteint des prix de plus en plus élevés.
Si l'on considère non plus les quantités absolues de biens économiques disponibles qui existent, mais les quantités mises en vente, on exprime les variations des prix de la valeur d'échange par la loi de V offre et de la demande. Cette formule célèbre, dont certains économistes ont tant abusé, signifie que le cours de toute marchandise sur un marché dépend du rapport qui existe entre la quantité offerte par les vendeurs et la quantité demandée par les acheteurs. Si la demande est supérieure à l'offre, le prix monte ; si, au