‹ Cours d'économie socialeChapitre 166 sur 310 · I. Slimmen, 1892. t. XLIII, p. I ig, seQ · texte numérisé non relu

I. Slimmen, 1892. t. XLIII, p. I ig, seQ

coniraire, l'offre est supérieure à la demande, le prix baisse.

La loi de l'offre et de la demande, ainsi conçue, est fondée sur la nature humaine : elle exprime le fait de la concurrence. Lorsque plusieurs vendeurs sont en présence, chacun d'eux, pour solliciter l'acheteur, baissera ses exigences aussi près que possible de la limite des frais de production. Les quantités offertes étant plus grandes que la demande, il est clair que la facilité d'acquisition augmente ducôté del'acheteur et fait baisser la valeur. Si la demande est en excès, d'acquisition devient plus difficile pour l'acheteur, la valeur monte.

On le voit, le mécanisme de l'offre et de la demande a pour base, en dernière analyse, les deux éléments de la valeur d'échange : l'utilité et la difficulté d'acquisition (la rareté).

Mais la loi de l'offre et de la demande n'est pas une loi fatale et nécessaire, elle n'est pas le régulateur unique de la valeur et du prix, comme le remarque fort justement le P. Pesch. Cette vérité que les choses rares, c'est-à-dire difficiles à acquérir, sont chères, n'impose aucune nécessité à la volonté. Nons pouvons considérer par rapport à l'acheteur trois moments : a) la rareté de l'objet ; b) l'influence de cette rareté sur le jugement de la valeur ; c) l'influence de ce jugement sur la volonté et la conduite de l'acheteur. La rareté est une propriété de l'objet qui, le plus souvent, ne dépend point de nous. Que Ton estime davantage un objet utile dont l'acquisition est difficile, c'est unenécessité de notre connaissance et de notre jugement, et non, comme le disent Marshall et Menger, le résultat d'une pression économique ; que i'homme paie plus cher une chose rare et utile, rien de plus conforme à la raison.

D'autre part, soutenir que la valeur et le prix sont déterminés uniquement par l'offre et la demande, c'est se payer de mots, car il n'y a pas de rapports connus, pas de lois déterminées entre les variations de l'offre et de la demande, d'une part, etcelle de la valeur, d'autre part, ce qui constitue une première impossibilité. Et, d'un autre côté, on ne peut pas connaître exactement quelle est, d'une part, la quantité des demandes, e-t, d'autre part, la quantité des offres. Or,

pour arriver à une loi, à un rapport nécessaire, il faudrait la réunion de ces deux éléments : connaître exactement la quantité des offres et celle des demandes, et, de plus, connaître le « barème » des oscillations de la valeur, selon les oscillations des offres et des demandes ; et ces deux connaissances nous manquent'.

Par exemple : la récolte du blé augmente-t-elle d'un cinquième, le prix du blé diminue d'une manière insensible ; diminue-t-elle d'un cinquième, aussitôt ce prix, au contraire, double. Dans la récolte des vins, la proportion se modifie d'une tout autre manière, par la seule raison qu'on se prive plus facilement de vin que de pain. Un objet devient de mode, son prix ne cesse d'augmenter malgré l'accroissement des offres ; la mode cesse, le prix tombe à rien, malgré la diminution des offres.

Parmi les causes qui influent sur la variation des prix, il en est une que nous ne pouvons passer sous silence : c'est le changement dans la valeur de la monnaie.

Hausse ou baisse de l'unité monétaire. — La valeur de la monnaie, c'est le pouvoir acquisitif. Ce pouvoir augmente lorsqu'une même somme de monnaie l'unité monélaire. par exemple, peut acquérir une plus grande quantité d'objets utiles ; il diminue dans le cas contraire.

Les prix des objets varient en sens inverse du pouvoir acquisitif de la monnaie.

La monnaie a plus de valeur à Bruxelles qu'à New-York, parce que, dans la première ville on achète plus d'objets pour 1 franc que dans la seconde, et aussi parce que, à poids égal, les denrées alimentaires y sont d'un prix moins élevé.

Que la valeur propre de la monnaie adoptée baisse de lo, de 20, de 3o p. loo, et les prix des marchandises, toutes choses égales, devront, pour rétablir l'équilibre, monter de 1/9, de -2/8, de 3/7. Les prix seront doublés si la monnaie baisse de moitié.

Division des prix. — On distingue : i" les prix de concurrence ; 2" les prix de monopole ; 3* les prix fixés par l'autorité.

I. Y. Ajinault, Résumé d'un Cour* d'économie politique, p. 66.

33o l'ordre économique

1° Prix de concurrence. — On nomme ainsi les prix qui se forment sous l'influence de la concurrence, soumise, comme de raison, aux prescriptions delajustice. \tQ prix mai chand, ou prix du marché, est celui auquel se vend une certaine classe d'objets sur un marché.

Le marché est un endroit où se réunissent les acheteurs et les vendeurs ; c'est encore le centre des transactions commerciales pour une marchandise déterminée. On appelle marchés régulateurs les grands centres de distribution ; c'est là que les prix se nivellent et que la distribution s'opère par des ordres envoyés des marchés secondaires. Le marché des cotons se fixe à Liverpool, à Brème et au Havre ; celui des sucres et des métaux précieux, à Londres ; celui des fontes, à Glasgow et à Middlesborough ; celui des soies à Lyon, Milan et Londres ; celui des laines, à Londres et Anvers.

On désigne aussi, sous le nom de marché, l'ensemble des acheteurs ou des vendeurs, ou, mieux encore, le mouvement des transactions commerciales. C'est ainsi que l'on dira : un marché lourd, animé, inquiet, etc.

Le prix courant ne se dit ordinairement que pour une partie des produits de la concurrence, savoir les denrées.

lue prix normal est celui autour duquel oscille le prix du marché ; dans des conditions régulières, il tend à se confondre avec le prix naturel : les frais de production accrus d'un juste émolument.

2* Prix de monopole. — Le monopole peut être privé ou public, selon qu'il se rapporte à une personne ou une société particulière, ou bien qu'il constitue un privilège de l'Etat.

Le monopole privé est naturel lorsque, par le cours naturel des choses, la production de l'objet échangeable appartient exclusivement au vendeur ; c'est le cas des inventions brevetées. Le monopole est artificiel lorsque la spéculation individuelle ou collective se rend maîtresse de toute une marchandise disponible d'une espèce donnée.

Ce n'est pas ici le lieu d'exposer l'organisation de ces syndicats, de ces trusts, de ces rings, de ces corners et autres ligues du même genre, dont l'Amérique n'a pas gardé la spécialité (ci-dessous, ch. XIV art. 4)-

Le monopole public est celui qui est établi par l'Etat dans un but fiscal ou par mesure de police. Comme exemple de prix légaux, citons le prix du tabac, de la poudre, des allumettes, les tarifs des chemins de fer.

3" Prix fixés par l'autorité. — Que l'Etat n'ait pas le droit, en vertu de son pouvoir direct, de fixer le prix des denrées c'est une vérité incontestable, puisque l'achat et la vente sont des faits économiques d'ordre individuel et privé. L'Etat a-t-il le droit, comme gardien de la justice et par nécessité sociale, de porter des lois de maximun déterminant la limite supérieure du prix des denrées de première nécessité, principalement du pain et de la viande ? D'après les principes que nous défendons, la réponse ne saurait être douteuse : l'Etat a le droit et, dans certains cas, le devoir d'imposer un frein légal aux prétentions des marchands, lorsqu'il s'agit de choses de première nécessité. Le prix de la viande sur pied et du blé a été en baisse continue depuis plusieurs années, la concurrence des pays d'outre-mer en était la cause, et les lamentations des propriétaires en donnaient la preuve. Cependant le prix du pain et de la viande dans les boulangeries et les boucheries ne s'est abaissé que dans des proportions infimes ; on vendait à Paris o fr. 4o i kilogramme de pain qui ne valait guère que o fr. 20, Proportion gardée, les logements d'ouvriers se louaient dix fois au-dessus de leur valeur normale. Dans ces cas et d'autres du même genre, le pouvoir ne doit-il pas user de son droit de protecteurs des faibles.'*

La tradition théologique est unanime pour admettre dans ces circonstances la légitimité du prelium légale^.

Telle n'est pas l'opinion de l'école classique*.

« La protection du consommateur dans la discussion ou la fixation du prix, écrit M, Jules Rambaud, est contraire au principe du laisser- faire, en fait inutile et maladroite, et peut devenir désastreuse : inutile, parce que la protection du consommateur gît dans Vorganisme de la concurrence ; maladroite, parce que l'ingérence la brise en décourageant la

I. Conf. LuGO, De Juitit., disp. XXVI. s, V, n* 56; — Molina, De Contraet.t Iracl. Il, disp. 364, n« i ; — Lessius, De Just., sect. III, cap. xxi, dub. a, n» 7. a. V. Devas, Poliiical Economy , p. aai, 224.

33a l'ordre économique

spéculation ; désastreuse, si cette ingérence se prolonge ; alors elle énerve non seulement le commerce, mais l'industriel »

M. Alfred Jourdan '^ craint que l'établissement des lois de maximum pour le pain et la viande ne fasse croire à bien des gens « que le Gouvernement est maître de régler à son gré le prix des choses ». Au reste, « mieux les lois économiques seront connues, plus les prix seront constants au milieu de leurs inévitables variations. Plus on cherchera à faire violence à ces lois, sous prétexte de justice, d'équité, plus ces prix oscilleront par secousses ». Ces craintes sont chimériques. Encore une fois, il ne s'agit pas de réclamer pour l'Etat un pouvoir discrétionnaire sur le cours de toutes les marchandises, mais de lui demander d'exercer son rôle de custos justi en imposant une limite à la rapacité de ceux qui vendent les subsistances de première nécessité.

Les explications que nous avons données dans les articles précédents sur les biens économiques, la richesse, la valeur et les prix, nous ont écarté de l'objet propre de cette leçon. Ces longs préliminaires étaient nécessaires cependant ; car, si nous n'avions pas exposé les notions les plus usuelles de l'économie politique, nous n'aurions pas pu comprendre le mécanisme et les lois de la production.

Article 5. — Agents et facteurs de la production.

Définition de la production, — En général, produire c'est donner l'existence à une chose ; la production est l'acte par lequel une chose reçoit l'existence. Du terme produit la production tire sa détermination et son appellation particulière. C'est ainsi qu'il existe des productions littéraires, artistiques, mécaniques, économiques.

Lorsque l'homme, appliquant son travail à la matière, lui donne de l'utilité, ou augmente celle qu'elle a, il produit des biens économiques, et son acte s'appelle production.

Dès lors nous pouvons définir la production économique :

1. Traité élémentaire, p. i83. — Gonf. de Metz-Noblat, Les Loi* économique!, p. 43, 44.

Page 1