Cour» analytique tCécon. polit., p
ropération de l'homme créant ou augmentant dans les biens matériels l'utilité économique.
Producteurs de la richesse. — VdiV producteurs de la richesse ou agents de la production, nous entendons les causes immédiates de l'utilité nouvelle, qui est le fondement de la valeur économique créée.
Les facteurs de la production ont un sens plus large, car ils expriment toutce qui concourt à la production, non seulement comme cause, mais encore comme condition, comme élément auxiliaire, etc.
L'homme ne crée pas ; son activité dans le monde matériel se borne à transformer, à altérer, à disposer une matière préexistante; c'est-à-dire que la richesse résulte del'union, de la coopération du travail et de la nature. La nature ici représente tous les biens matériels extérieurs qui influent activement ou passivement, comme cause instrumentale ou principale, dans la production des biens économiques. Le travail n'est autre chose que l'effort de l'activité humaine appliquée à un objet ; efl'ort musculaire,, cause physique immédiate de la production ; efl'ort intellectuel ou moral, qui dirige et ordonne l'industrie. Le travail de production est donc un effort suivi dirigé par l'intelligence en vue d'obtenir un résultat économique. Souvent la direction est séparée du travail, l'entrepreneur du travailleur.
Ainsi les producteurs de la richesse, les agents de la production, sont au nombre de deux : le travail et la nature. Un grand nombre d'économistes ajoutent un troisième agent de la production : le capital. Mais, comme le remarquent très justement Liberatore^ et Gosta-Rossetti% cette division tripartite manque d'exactitude. Pourquoi cela ? Parce que la logique exige que les termes d'une division soient irréductibles. Or le capital peut être ramené soit au travail dont il est l'instrument, soit à la nature à cause des forces matérielles qu'il possède ou représente. Au reste, comment les économistes, qui définissent le capital « le produit épargné du travail », peuvent-ils logiquement considérer le capital.
I. Principii, impartie, chap. il, art. 6. a, AUgemeine Grundla^en^ i8* Hauptstttck.
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comme un agent de production distinct du travail? Toutefois, si l'on veut désigner non pas seulement les agents, mais les facteurs de la production, on peut, en toute rigueur, les ramener à trois : le travail, la nature et le capital.
Quelques économistes ajoutent aux producteurs de la richesse de la terre, c'est-à-dire le sol, les biens-fonds. Cette addition est superflue, la terre étant comprise dans le terme « nature ». En outre, la terre pouvant être comptée parmi les capitaux, ne saurait constituer un facteur de la production distinct du capital.
Le capital. — Devant établir, dans un des chapitres sui vants (chap. viii), la définition exacte, la nature et le rôle du capital, il nous suffit d'en donner ici une description sommaire et d'indiquer, en général, la fonction de cet auxiliaire de la production. Prenons un exemple : voici un homme qui retire de sa terre 5oo francs par mois. Il peut, ou bien dépenser cette somme pour les besoins ou les agréments de son existence, ou bien ne dépenser que 400 francs. Les 100 francs épargnés forment un capital dans un sens très large. La richesse épargnée peut servir seulement à l'usage du propriétaire et devient alors ce qu'on appelle le capital improductif, capital de jouissance ; ou bien cette richesse peut être employée à la production d'autres richesses, c'est une richesse productive. Pour éviter des équivoques, on a coutume de réserver, à cette épargne productive, le nom de capital. Ainsi le capital nous apparaît comme Vépargne destinée à la production^ ou encore comme une certaine quantité de richesse soustraite à la consommation pour servir à la production.
Remarquez que le capital, au sens de ce mot dans l'économie politique, ne désigne pas seulement la monnaie, l'argent, mais tout bien économique productif. En réalité, l'or et l'argent monnayés ne sont un capital que parce qu'ils sont échangeables contre d'autres objets qui peuvent servir à la production.
Le capital a un double rôle dans la production : i* comme toute production demande un certain temps, il faut que, pendant ce temps, le travailleur vive de ses avances, c'està-dire par le capital : 2° le travail exige le concours des
forcfis de la nature dont l'homme fait, par son activité, des instruments dociles et féconds ; ces instruments sont un capital.
Que le capital ainsi entendu soit un moyen indispensable à la production et à l'augmentation de la richesse économique, c'est là une vérité incontestable. Supprimez les approvisionnements et les outils, et l'homme sera réduit à chercher sa subsistance journalière dans les fruits spontanés de ^a terre. L'homme de la préhistoire se servait déjà du capital, c'étaient les pierres polies, les arcs et les flèches, les hameçons et les provisions qu'il emportait en allant à la chasse ou à la pêche.
Terme immédiat de la production. — Les agents ou facteurs de la production mise en œuvre donnent naissance au terme immédiat de la production, je veux dire au produit, produit brut ou produit net. — he produit brut représente la valeur des objets produits sans tenir compte des frais de productix)n ; le produit net est égal au produit brut diminué des frais de production. La différence entre ces frais et le prix de vente est ce qui constitue le bénéfice de l'entrepreneur.
Remarquez que le travail, le capital et la terre, étant le plus souvent payés avant la vente, l'entrepreneur n'est payé qu'après la vente et s'il y a bénéfice ; sa rémunération est donc aléatoire et variable. De plus, elle dépend, en grande partie du moins, des frais de production.
Frais de production. — Les dépenses, les sacrifices, la consommation de biens économiques nécessaires à la production économique, tout cela constitue les frais de production, qui se répartissent suivant les facteurs de la production : i' au travail se rapportent les salaires, appointements, honoraires ; 2" au capital, l'intérêt du capital mobile, le loyer du capital fixe ; 3° à la nature, la rente ou le fermage. Ces rémunérations sont payées par l'entrepreneur, — employeur ou patron, — aux ouvriers, aux capitalistes et aux propriétaires.
D'une manière plus détaillée, dans les frais de production il faut comprendre : 1° les gages, honoraires, salaires pour toutes personnes employées ; 2" les rentes et intérêts
3i6 l'ordre économique
de toute propriété foncière ou immobilière servant à la fabrication ; 3" les impôts ; 4° les frais de remplacement et de réparation de routillage ; 5° les achats de marchandises ou de matières premières ; 6" les frais de transports, de magasinage, de réclame ; 7° les assurances multiples, le fonds de réserve pour les risques et les mauvaises créances ; 8° l'amortissement des dépenses faites pour l'éducation technique du propriétaire entrepreneur et pour la formation d'un successeur : 9° la compensation pour la fatigue et le travail de l'entrepreneur propriétaire.
Production industrielle. — La production des biens économiques peut être simple ou complexe : dans ce second cas, elle devient la production industrielle.
En effet, les industries sont multiples et très diverses, mais on peut les ramener à un petit nombre de classes de la manière suivante :
Les utilités économiques étant naturelles ou artificielles, la production économique consiste à extraire de la terre les produits naturels ou à les transformer par le travail. Dans le premier cas, on a les industries extractives ; dans le second, les industries manufacturières . Si à ces deux membres on ajoute l'industrie commerciale, on obtient l'ancienne division des formes de la production en agriculture^ industrie, commerce. Pour plus de clarté, on admet communément la division suivante : i" les industries extractives ; 2° les industries flo^ricoZe^; 3°les inànstries manufacturières ; 4* les industries commerciales ; 5° les industries de transport.
Statistique des professions. — Voici, d'après les dernières statistiques, comment se répartissent, en France, lesprincipales professions :lamoitié environ de la population française vit de l'agriculture ; un dixième, du commerce ; quatre centièmes de professions libérales ; enfin six centièmes de rentes ou de revenus. Parmi les agriculteurs, il y a 9. 176.000 propriétaires cultivant eux-mêmes leurs terres et les faisant valoir (familles comprises). La grande industrie, c'est-à-dire les mines, carrières, manufactures et usines, occupe i.3oo. 000 individus. La petite industrie en occupe 6.093.000. Le commerce comprend 700.000 banquiers, commission-
ANALYSE DE LA PRODUCTION SSy
naires et marchands en gros ; i .895.000 marchands ou boutiquiers ; 1. 164.000 hôteliers, cafetiers et cabaretiers. Les chemins de fer, les entreprises de transports (par terre et par eau), la marine marchande, occupent 800.000 personnes. Les fonctionnaires, agents et employés de l'Etat, des départements ou des communes, sont au nombre de 8o5.ooo. Enfin, le chiffre des propriétaires et rentiers vivant exclusivement de leur revenu, s'élève à 1.849.000, et celui des pensionnaires et retraités à 272,000.
Dans ce dénombrement, deux chiffres méritent notre attention, celui de l'agriculture et celui de la petite industrie. Le premier met en évidence la place importante occupée par la classe agricole dans le monde du travail ; le second montre que la population industrielle se compose en très grande partie de patrons et d'ouvriers de la petite industrie.
On connaît la théorie de K. Marx : dans le régime caî)iîaliste de la société moderne, les classes moyennes sont vouées à une destruction certaine ; l'évolution sociale mettra en présence un petit nombre de capitalistes ayant concentré entre leurs mains toute la ricliesse nationale, et l'armée immense des prolétaires; de la lutte des classes, sortira la catastrophe finale, et, sur les ruines delà société capitaliste, s'élèvera la société collectiviste.
Sans admettre les oracles révolutionnaires* des docteurs du socialisme, l'économie libérale prédit volontiers la disparition du petit commerçant : « L'abaissement des prix, écrit M. Claudio Jannet, laissant de moins en moins de profit pour le marchand intermédiaire, il faut qu'un marchand opère sur de grandes quantités pour réaliser des bénéfices. Les petits commerçants disparaissent : quelques-uns seuls survivent et deviennent très importants". »
Eh bien ! interrogeons les statistiques, elles répondront à ces prophètes de malheur que la petite industrie n'est pas morte et qu'elle garde ses positions sur le champ de bataille de la concurrence.
Voici, d'après le recensement de 1906, le classement des