I. Le Capital, ch. xxxii
a. Le Capital, la spéculation et la finance au XIX* siècle, p. aia.
Antoine. *»
338 l'ordre économique
établissements industriels, suivant le nombre des ouvriers qui y sont employés'. Je laisse de côté l'agriculture :
PoURCZMTAfiS 9.9
Nombre
Nombre
DBS OUVRIERS
DES éTl.BLISSEHEinS
II à 20
ai à 5o
5i à loo
100 et au-dessus
Total. . . 707.097
Un travail officiel fait à l'occasion de l'Exposition universelle de 1900 fournit sur la répartition des entreprises commerciales des renseignements intéressants^. On remarque, non sans surprise, que les neuf dixièmes des établissements commerciaux français n'occupent pas cinq employés. Dans le pays tout entier, il n'y a pas plus de i43 maisons de commerce comptant au delà de 200 employés ou ouvriers, et les commerçants n'en occupant qu'an seul sont au nombre de 127.000 environ ; ils forment à eux seuls 54 p. 100 du total. D'autre part, les maisons de commerce qui occupent de 10 à 100 ouvriers ou employés ne forment que 3 p. 100 de l'ensemble. Il parait infiniment probable que la concentration des grands magasins s'est effectuée principalement au détriment de ce moyen commerce.
Nous avons analysé dans cet articLe le mécanisme de la production. Passant de la statique à la dynamique de la production, nous avons à rechercher si le mouvement de la production est automatique ou s'il a besoin d'être réglé. Quelles sont., en d'autres termes, les lois de la produc» tioû ?
I , D'après les RésuUaU statistiques du recensement général de la population effec thé le 'mars 1906, t. Ij 3» partie (appendice).
i. La Distribution des entreprises d'après leur importunée, par L. SfAJ&CH. Société >ie Statistique de Paris. Séance du i5 mai igoS.
ANALYSE DE LA PRODUCTION SSg
Abticle 6. — Les lois de la production.
R61e de la production. — Pour déterminer les lois de la production, il est indispensable d'avoir une idée juste du rôle de la production des richesses dans la société.
Interrogeons d'abord l'école classique. D'après les principes du libéralisme économique, il n'y a pas à rechercher ce que doit être la production, mais à constater^ décrire ce qu^elle est. La société n'a pas à se demander ce qu'elle doit produire, ni comment elle doit produire, mais ce qu'elle produit. Le besoin individuel suffit pour constater ce qui est utile à la demande, pour déterminer la production de cette utilité. La société produit d'elle-même ce qu'elle doit produire ; la science n'a pour mission que de reconnaître ce fait, et le seul conseil pratique qu'elle ait à donner, c'est de produire beaucoup et à bon marché, afin de stimuler les besoins par les facilités qui leur seront offertes, et de provoquer, par suite, une demande de plus en plus considérable.
Cette conception nous paraît inexacte, parce que la production n'est pas le but unique et principal de récononiie nationale. Ce qui importe à la prospérité vraie d'une nation, ce n'est pas tant la quantité de richesse produite que larépar»tition de ces produits dans les différentes classes de la société. C'est ce que remarque excellemment Léon XIII,. lorsqu'il dit dans l'Encyclique Rerum novarum : « Mais, dans une société bien constituée, il doit se trouver encore une certaine abondance de biens extérieurs, dont U usage est requis à l'exercice de la vertu. Or, tous ces biens, c'est le travail de l'ouvrier, travail des champs ou de l'usine, qui en est surtout la source féconde et nécessaire. Bien plus, dans cet ordre de choses, le travail a une telle fécondité et une telle efficacité que l'on peut affirmer, sans crainte de se tromper, qu'il est la source unique d'où procède la richesse des nations. L'équité demande donc que l'Etat se préoccupe des travailleurs et fasse en sorte que, de tous les biens qu'ils procurent à la société, il leur en revienne une part convenable, comme l'habitation et le vêtement, et qu'ils puissent vivre au prix de moins de privations. » Qu'est-ce à dire, sinon que la production des richesses
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doit, sans aucun doute, contribuer directement à l'intérêt personnel du producteur, mais en même temps concourir à l'intérêt général ? Tel est le principe fondamental des lois économiques de la production.
Lois de la production. — Les lois de la production indiquent les règles auxquelles doit obéir la production pour obtenir sa double fin, d'abord sa fin immédiate et directe^ qui est le bien-être temporel du producteur ; ensuite sa fin médiate et indirecte^ qui est le bien commun de la société.
Première loi. — La production doit suivre la consommation et ne point la dépasser d'une manière excessive. Ce qui importe avant tout à Fensemble des pères de famille, à la société, c'est qu'on assure la production nécessaire pour que la société soit conservée, pour que son œuvre soit accomplie, pour que la subsistance matérielle de tous soit garantie.
Pour atteindre ce but, les économistes libéraux soutiennent que la production se réglera d'elle-même par la demande individuelle. Comme l'a très bien prouvé M. Clément Juglar, le résultat fatal de ce mécanisme delà production, ce sont les crises commerciales amenant la ruine d'un grand nombre*. S'il ne s'agissait que d'oscillations légères, de variations insignifiantes dans la quantité des produits, le mal serait supportable ; mais, dans le système de la production autonome tel qu'il existe, l'encombrement peut seul arrêter l'essor de la production, et l'encombrement, c'est la ruine inévitable d'un certain nombre de producteurs ; l'insuffisance seule des produits est un signe manifeste de la demande, etl'insuffisance des produits, c'est le rançonnement des consommateurs.
Quant aux travailleurs qui n'ont pas d'avance, la crise est pour eux le chômage et la misère.
Enfin la fièvre de production abaisse le niveau moral, surexcite d'une manière exagérée les efforts, et la cupidité fait de l'homme une machine de production. Ceci soit dit d'une façon générale. Il est bien entendu que les immenses
i. Des Crises commerciales.
ANALYSE DE LA PRODUCTION 34l
déficits causés par la guerre ne pourront être comblés que par une production intense et que l'époque actuelle se présente avec des circonstances très anormales. Mais nous raisonnons ici sur la thèse elle-même et non sur les conditions variables qui peuvent modifier son application.
La réglementation cfe la production est-elle impossible? Assurément non, car elle se réalise en fait dans plusieurs branches de l'industrie. Il s'est formé depuis quelque temps des syndicats ou Kartelle de producteurs. Citons les syndicats des houillères de Westphalie, des métallurgistes de l'Est de la France pour la fabrication des rails et des fers à planchers, etc.. Le même résultat serait obtenu par les corporations. Nous reviendrons avec plus de détail sttf Ce sujet lorsque nous parlerons de la liberté économique.
Deuxième loi. — Si l'on considère la qualité des objets produits, il est évident :
i" Que l'on ne doit pas produire des choses mauvaises, nuisibles à la santé ou contraires à la morale ; par conséquent, la production des livres et journaux irréligieux, des gravures et pièces de théâtre contraires à la morale ou à la religion, doit être interdite. C'est à ce titre qu'il faut condamner la production de l'alcool de mauvaise qualité, de l'absinthe et, en général, des produits falsifiés, dangereux pour la santé publique ;
2° Que la production, étant destinée à satisfaire les besoins de l'homme, doit suivre l'ordre d'importance de ces besoins. Les besoins se rapportent à la nécessité ou au simple plaisir ; il y a des chosesnécessaires. utiles ou agréables. L'industrie nationale doit donc produire d'abord V indispensa b le, c'està-dire les moyens d'existence nécessaires à la société ; ensuite l'utile, c'est-à-dire l'amélioration et le progrès de la société ; enfin l'agrément et le luxe. Malheureusement, dans beaucoup de pays, cet ordre est renversé.
Troisième loi. — La production doit sauvegarder les intérêts moraux de la société. Elle doit donc laisser possible la vie de famille, permettre le repos et la sanctification du dimanche, ne pas s'opposer à l'instruction élémentaire de l'enfant.
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Telles sont les lois générales auxquelles doit satisfaire la production pour remplir le rôle qui lui appartient dans la société. Il y a encore d'autres lois propres au travail, agent f>rincipal de la production des richesses. Elles feront l'obiet du chapitre suivant.
L'homme exerçant son activité sur un objet extérieur produit un bien économique. Les agents de cette production sont donc le travail et la nature. Dans cette leçon nous étudierons le principal agent de la production économique, 1 travail, A cet effet, après avoir posé quelques notions générales, nous établirons la. fin du travail, fin pour l'individu et pour la société. Le travail met les hommes en contact, les associe dans un but commun, provoque les échanges de services. De là naissent des liens moraux et juridiques, ayant leur expression dans le contrat du travail : de la résultent des rapports de droit naturel entre le patron et les ouvriers. Ces rapports nous les considérerons àajisXdi société patronale. Passant de Tordre moral et juridique à l'ordre économique proprement dit, nous exposerons les aides du travail : i" la division du travail ; 2° l'emploi des machines •, 3° l'organisation du travail en grande et petite industrie. Nous terminerons en montrant le rôle de la petite industrie dans la conservation et le relèvement des classes moyennes de la société.
A.HT1CLE I. — Généralités.
Notion du travail. — Travailler, c'est appliquer son activité à un objet donné pour un but déterminé. Ainsi considéré dans cette acception très large, le travail est un fait universel dans la société. Depuis le cultivateur qui trace péniblement son sillon, jusqu'au savant qui applique son intelligence à découvrir les secrets de la science ; depuis le
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forgeron qui, à la sueur de son front, assouplit le fer aux usages de l'homme, jusqu'au magistrat qui veille à la sécurité publique et administre la justice ? tous ici-bas travaillent, tous mettent enjeu leur activité musculaire, intellectuelle ou morale.
Travail économique*. — La science économique^ ayant pour objet les intérêts matériels de la société, ne considère point le travail sous toutes les formes dont il est capable, mais elle l'étudié au point de vue de la production de la richesse. Par conséquent le travail envisagé par Téconomie politique est l'effort de l'homme appliqué à la production ; c'est encore l'acte humain productif de l'utilité économique 3t de la valeur.
Le travail parce qu'il est un acte humain, exige toujours le concours simultané delà force musculaire, de l'intelligence et de la volonté. Ces deux éléments, l'intelligence et la force nusculaire, ont, dans les différents travaux, une importance variable.
On distingue le travail simple [ordinary labour^ unskilled labou?-) elle travail qualifié [skilled labour). Le travail simple, non qualifié, est celui qui exige peu d'efforts intellectuels et consiste presque exclusivement dans l'application de la force musculaire. Le manœuvre, l'homme de peine, le portefaix exercent un travail non qualifié. Les arts et métiers demandent un certain degré d'habileté ou de savoir, des aptitudes spéciales naturelles ou acquises par un apprentissage, et produisent un travail qualifié^.
Travail et intelligence. — Le travail musculaire a, dans la production des biens économiques, un rôle indispensable ; toutefois la force intellectuelle est un élément de supériorité plus puissant. Elle consiste à la fois dans cette ouver-