I. V. Braa'TS, 7a Lutte pour le pain quotidien, p. ii
a. L'Européen a moins de puissance musculaire que l'Indien ; mais il e.it plu» capable d'ellbrts soutenus et sait mieux régler ses forces : aussi la pi-oduclivité du travail de l'Indien est-elle à peine la moitié de celle de l'Anglais. — La femme n'a que S/g de la force musculaire de l'homme. — V. Bhentano, Revue d' économie politique, 1890, p. 120; — ScHONBEBG, Handbuch, t. I, p. i85.
ture générale d'esprit quieptle privilège de certaines races, dans le génie national, et aussi dans les connaissances professionnelles et techniques. Un ouvrier intelligent, appliqué à son ouvrage, trouvera aisément quelque perfectionnement à son procédé ; parfois même il fera une découverte importante. C'est le cas d'Arkwrigt, Grampton, Hargreaves, Jacquard, Gramme, etc.
Deux sens du mot travail ^ — Le mot travail peut être pris dans deux acceptions différentes : i" il désigne le travail subjectif, le travail actif, l'exercice de la force-travail, l'acte humain, l'effortdéployé par l'homme pour exécuterl'ouvrage; c'est le labor. On dira : « Gela exige beaucoup de travail » j 2° le travail objectif, le travail terme, l'objet produit, la richesse créée, l'ouvrage fait ; c'est Vopus. On dit à un ouvrier : « Votre travail est mal fait, »
Gette distinction importante est indiquée par saintThomas. A cette question, qu'est-ce que le salaire ? le grand Docteur répond : « Le salaire est une compensation accordée à quelqu'un pour le rémunérer de son ouvrage [opus) ou de son labeur [labory. »
Qu'on le remarque, l'activité musculaire de l'homme pour obtenir le même résultat que l'activité d'un moteur inanimé ne cesse pas d'être infiniment élevée au-dessus de celle-ci, car en vertu de l'union intime et substantielle de la matière et de l'esprit en l'homme, toutes ses actions, celles mêmes qui procèdent des organes corporels et s'exercent sur la matière, sont revêtues du caractère indélébile de la personnalité humaine et peuvent être dirigées vers une fin librement choisie.
Artclb a. — La fin du Traytil.
Fin naturelle du travail. — Pierre est horloger ; son travail a pour terme, pour résultat immédiat, des montres, c'est-à-dire des instruments destinés à marquer Theure et
I. Y. BuRRi, // Lauoro, ch. i ; — Liberatorb, Principii cCEconomia politica, p. aag ; — Slaatslexikon, art. « Arbeit ». *. Summ, Theol., la ^m, q. m, a. i.
3/46 l'ordre économique
qui possèdent une certaine valeur économique. La montre est donc la fin immédiate du travail de l'horloger. Ce n'est pas dans cette acception de résultat ou de terme que nous cherchons laiin naturelle du travail. Reprenons notre exemple. Pierre peut fabriquer des montres pour gagner sa vie, pour se distraire, pour pratiquer la vertu, pour acquitter une dette, et ainsi donner différentes fins à son travail. Qu'est-ce en effet que la fin du travail, sinon un bien que le travailleur veut obtenir par le moyen de son travail' ? Fin facultative lorsqu'elle est abandonnée au libre choix de l'agent : travailler pour se distraire ; fin naturelle lorsqu'elle est imposée parla nature : travailler pour vivre. Le travail, en effet, est une loi de nature aussi ancienne que Iliumanité.
Fin du travail avant la chute orig^nelle^- — Avant la chute originelle, la grande loi du travail existait dans l'économie sociale du paradis terrestre. Après avoir achevé ses autres oeuvres, Dieu créa l'homme et l'établit roi de la création : Replète terram et subjicite eam. Cette terre, qui est l'œuvre de Dieu par la création, devient en même temps l'œuvre de l'homme par le travail. Coopérateur de Dieu, l'homme embellira, perfectionnera, dominera la terre dont il est le maître et le roi : posuit eum in paradiso voluptatis ut operaretur et custodiret eum. — D'ailleurs, la terre, d'une merveilleuse fécondité, fournissait largement aux besoins de l'homme. Le travail agréable et facile n'exigeait de l'homme aucun effort pénible pour trouver dans les forces de la nature des auxiliaires utiles et puissants.
Fin du travail après le péché. — Après la faute originelle, l'homme chassé du délicieux paradis terrestre dut entendre ces paroles de la jaalédiction divine : « La terre sera maudite sous ton travail ; ce n'est qu'à force de fatigue que tu en retireras ta nourriture ; elle produira des ronces et des épines et tu mangeras ton pain à la sueur de ton front'. »
I. V. DirvAS, Political Economy, p. 9; — BuRRi, // Lavoro, p. 19, «eq. ». Sab.vtier, l'Eglise et le travail manuel. 3. Genèse, III, 17.
Dès lors le travail de l'homme n'a pas cessé d'être 1« coopérateur de l'action divine ; il est toujours l'ornement et la gloire de la nature humaine à laquelle il donne l'activité et la fécondité ; il reste une loi d'harmonie et de progrès ; mais il est devenu une peine et le châtiment du péché ! En punition de la faute originelle, Dieu a voulu attacher la satisfaction de tous nos besoins à la peine, à la fatigue, et il a dit : « Vous n'aurez que ce que vous produirez, » Ainsi l'homme est condamné à travailler pour vivre. La subsistance de chaque jour, le pain. quotidien, telle est la fin prochaine dut^avail^ « Travailler, ditlegrandpontife Léon Xlll, c'est exercer son activité dans le but de se procurer ce qui est requis pour les divers besoins de la vie, mais surtout pour l'entretien de la vie elle-même. Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front^ ! »
Fin sociale du travail. — Le travail n'a pas seulement une fin individuelle, il a d« plus une fin sociale. Pour vous convaincre de cette vérité, rappelez-vous que la société civile a pour fin la prospérité temporelle, laquelle exige des conditions de bien-être matériel et une certaine abondance de richesses destinée à favoriser l'exercice de la vertu. Or ces richesses n'ont-elles pas, en dernière analyse, le travail pour origine ?
• Le travail contribue donc pour une large part à la fin propre de la société. Tel est l'enseignement de Léon XIII : a Les hommes, dit-il, qui s'appliquent aux choses de l'industrie ne peuvent concourir à ce bien commun de la société civile, ni dans la même mesure, ni par les mêmes voies que les gouvernants. Mais eux aussi, cependant, quoique d'une manière moins directe, ils servent grandement les intérêts de la société. Sans nul doute, le bien commun, dont l'acquisition doit avoir pour effet de perfectionner les hommes, est principalement un bien moral ; mais, dans une société bien constituée, il doit se trouver une certaine abondance de biens extérieurs dont l'usage est requis à l'exercice de la vertu. Or, tous ces biens, c'est le travail de l'ouvrier, travail
i. N. NicOTRA, le Socialisme, p. gS.
», Encjcl. Rerum novarum, § Rem hoc loco.
348 l'ordre économique
des champs et de l'usine, qui en est surtout la source féconde et nécessaire. Bien plus, dans cet ordre de choses, le travail est d'une telle fécondité que l'on peut affirmer, sans crainte de se tromper, qu'il est la source unique d'où procède la richesse des nations'. »
A cette relation d'ordre matériel et physique s'en ajoute une autre d'un ordre plus élevé, d'ordre moral.
L'inégalité réelle des hommes et des conditions concrètes de leur existence est le fait fondamental qui donne naissance à la société. Tous les hommes, il est vrai, sont égaux dans une commune indigence ; aucun d'eux ne se suffît pleinement, aucun n'est exempt des besoins dont il ne peut obtenir la satisfaction que par le concours d'autres hommes. Mais ces besoins sont très différents ; ici ils sont principalement matériels, là ils sont plutôt moraux ; tantôt ce sont des besoins pressants et immédiats, tantôt ce sont des nécessités plus éloignées^
Cette diversité de besoins, cette participation inégale aux biens intellectuels, moraux et matériels de l'existence, cette dépendance mutuelle conduit les hommes à unir leurs efforts, à associer leur activité ; et le travail, sous des formes multiples, devient le lien moral des sociétés'.
D'ailleurs, le travail, principe d'union, d'harmonie et de concorde pour le corps social, remplit cette fonction d'une manière toute spéciale. Tandis que les autres liens sociaux tels que la famille, l'autorité, la propriété, sont les éléments constitutifs de la société, le présupposé indispensable à l'échange des services et à la satisfaction des besoins réciproques dans la collectivité ; le travail procure directement et immédiatement cette satisfaction, puisqu'il est le moyen pratique de la réaliser ; il est le complément nécessaire des autres liens sociaux ; il est encore Texercice de l'activité des organes du corps social.
Il s'ensuit que le travail a un rôle social de la plus haute importance. S'il produit û^iVeciewenne bien particulier des travailleurs, il ne laisse pas de contribuer indirectement au bien commun de la société. De là faut-il conclure que le
I. Encjcl. Rerum nof-arum, § Qaamvis autem. a. V. P. Meyer, Die sociale Frage, p. 76. 3. V. BuRBi, Il Lacoro, p. aS-
travail est une fonction sociale ? Cette expression a donné lieu à des polémiques ardentes, dans lesquelles les mots avaient souvent plus de part que les idées. Par « travail, fonction sociale », voulez-vous dire que le travail appartient à l'ordre public avant d'être compris dans la sphère des intérêts privés, ou encore que le droit de travailler est conféré directement par l'autorité suprême ? En ce cas, le travail n'est pas une fonction sociale, le travailleur n'est pas un fonctionnaire de TEtat-pouvoir. Entendez-vous par « travail, fonction sociale, » le rôle social du travail, l'action propre de la classe ouvrière partie de l'organisme social , la contribution apportée par les travailleurs au bien commun de la société ? Quel inconvénient y a-t-il alors à appeler le travail une fonction sociale ? Pour adoucir votre expression et ménager les oreilles chatouilleuses, ajoutez, si vous le le voulez, que le travail est une fonction indirectement sociale. El de vrai, Léon XIII ne dit-il pas que « tous les citoyens sans exception, doivent apporter leur part à la masse des biens communs... les uns, les gouvernants, qui travaillent directement au bien commun (fonction sociale c?t>ecfe)... les autres, les travailleurs, qui, d'une manière moins directe, servent grandement les intérêts de la société (fonction sociale indirecte^) » ?
Pour que le travail remplisse cette fonction de paix, d'harmonie, de prospérité commune, il faut qu'il soit ordonné à sa fin naturelle, la satisfaction des besoins réciproques des diverses classes de la société.
Les besoins d'une classe sont en harmonie avec ceux des autres classes, la satisfaction des uns est la condition de la satisfaction des autres ; tel est l'ordre naturel et fondamental. Changez, pervertissez cet ordre : il en résultera pour la société le malaise, la souffrance et le désordre. Que le travail ait pour fin non pas la satisfaction réciproque et harmonique des besoins légitimes, mais la satisfaction exclusive d'une seule classe, qu'il serve à satisfaire non seulement les besoins raisonnables d'une classe privilégiée, mais encore l'avarice, la prodigalité, le luxe, la société tout entière souffrira nécessairement de cette déviation dans la fin naturelle du travail,