I. Encycl. Rerutn noparum, § Quamvis autem
35o l'ordre économique
Les capitalistes ne considèrent-ils pas trop souvent le travail comme le moyen de satisfaire leur cupidité ?*^
N'exploitent-ils jamais à leur profit les forces des travailleurs ? Comment nier la triste réalité après le cri d'alarme poussé par Léon XUI ? « Peu à peu les travailleurs, isolés et sans défense, se soat vus avec le temps livrés à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d'une concurrence effrénée; à tout cela il faut ajouter le monopole du travail et des effets de commerce devenu le partage d'un petit nomba?e de riches et d'opulents qui imposent un joug presque servile à rinfinie multitude des prolétaires. » Et encore : « La violence de& révolutions politiques a divisé le corps social en deux classes et a creusé entre elles un immense abîme. D'une part la toute-puissance dans l'opulence, une faction qui, maîtresse de Tindustrie et du commerce, détourne le cours des richesses et en fait affluer vers elle toutes les sources, faction d'ailleurs, qui tient en sa main plus d'un ressort de l'Administration publique; de l'autre, la faiblesse dans l'indigence, une multitude toujours prête au désordre -. »
Voilà les tristes et douloureuses conséquences de cette séparation violente du travail de sa lin naturelle , voilà du même coup le principe de la réorganisation sociale : ramener tous les organismes de la société à leur fin naturelle. «Car, nous dit encore le grand Pontife, la perfection de toute société consiste à poursuivre et à atteindre la fin en vue de laquelle elle a été fondée, en sorte que tous les mouvements et tous les actes de la vie sociale naissent du même principe d'où est née la société. Aussi s'écarter de la fin, c'est aller à la mort; y revenir, c'est reprendre vie. Et ce que nous disons du corps social tout entier s'applique également à cette classe de citoyens qui vivent du ti'avail et qui forment la très grande majorité ^ »
La fin du travail d'après l'école classique. — A la lumière
de ces principes, on peut juger combien est antisociale la thèse de l'école lihérale : le travail n'est qu'une force pro»
I. Y. CouLET, La doctrine catholique du capital (Brochures de V Action populaire),. a. Encycl. Rerum nocaruni, §§ Rerum novaram ; Mercedem. 3. Ibid., § Denique nec satis.
m LE TRAVAIL, PRINCIPAL AGENT DE LA PRODUCTION 35r
duclive du mênie ordre que la force mécanique ; l'ouvrier est un capital vivant. D'après A. Smith, le but du travail, c'est uniquement la production et l'accroissement de la richesse nationale ^ Ricardo ne considère dans l'ouvrier qu'un producteur de richesses et de valeur^ Macleod, Sterling, Lord Cardwell, M. Block^ et un grand nombre d'économistes expriment la même pensée*. « On vend son travail, écrit Yves Guyot, comme l'épicier vend son sel, son café ou son sucre, comme le boulanger vend son pain, comme le boucher vend sa viande*. » Et de Molinari : « Au point de vue économique, les travailleurs doivent être considérés comme de véritables machines- qui fournissent une certaine quantité de forces productives et qui exigent en retour certains frais d'entretien et de renouvellement, pour pouvoir fonctionner d'une manière régulière et continue'. » Nous ne pouvons admettre cette doctrine désespérante, car le travail crée entre le maître et l'ouvrier des liens moraux et juridiques que nous allons exposer.
AiiTicLE 3. — Travail et travailleurs.
Travail et travailleurs. — Dans la production des biens économiques on peut considérer soit les rapports du capital et du travail dans la répartition du produit, soit les relations possibles entre l'ouvrier et l'entrepreneur dans l'œuvre commune de la production. Réservant la première question à la leçon sur le salaire, nous nous bornons en ce moment k l'étude de la dernière. Précisons avec soin le champ de nos recherches.
Je puis me trouver dans trois états différents par rapport au travail d'autrui :
I . La Richesse des nations, lîv. I, ch. ▼. a. Principes d'Econ. [)olit., liv. F, ch. i.