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Traité théorique et pratique, 1. 1, p

DE LA METHODE QUI CONVIENT À L ECONOMIE POLITIQUE lî

Rapport de l'économie sociale et de la politique. — L'économie sociale soumise aux lois de la morale est-elle, du moins, affranchie de la domination de la politique? question captieuse, car l'expression de politique est grosse d'équivoques. Nous n'entendons pas par politique « l'art de conquérir le pouvoir, de s'y maintenir et d'en tirer tout le bénéfice possible », mais nous prenons ce mot dans la signification moins vulgaire et plus scientifique de la science du gouvernement de la société. Ceci posé, il n'est pas difficile de voir que l'économie sociale est subordonnée à la science de la politique. Gouverner la société, qu'est-ce autre chose que la diriger vers sa fin, vers la prospérité temporelle ? D'autre part, la prospérité temporelle de la société comprend le progrès intellectuel et moral, aussi bien que le développement matériel, la richesse sociale. Tirez la conclusion : La science qui a pour objet la prospérité matérielle et la richesse sociale doit être subordonnée à celle qui a pour obiet la prospérité complète, le développement entier du corps social; l'économie sociale est nécessairement soumise à la science de la politique, et, en cas de conflit, celle-ci doit l'emporter sur celle-là; la partie doit céder au tout. A ne considérer que le seul progrès matériel, il importerait à la société que tous les citoyens fussent producteurs de valeurs économiques et dans la plus grande proportion; mais alors que deviendrait la société? Une vaste usine, une immense société coopérative, d'où serait exclue la civilisation dans ce qu'elle a de plus relevé et de plus humain.

Pour éviter de tomber dans cet excès ou dans d'autres semblables, l'économie sociale doit connaître son objet, rester fidèle à sa fin propre; elle doit, de plus, suivre une méthode sûre et exacte. Quelle est cette méthode ? Voilà ce qu'il nous reste à rechercher.

DELAMÊTHODE QUI CONVIENT A L'ÉCONOMIEPOLITIQUE

De la méthode en économie politique. — Appliqué à une science, le mot méthode a deux significations : ou bien il

r4 INTBai>UGTION

indique k manière de découvrir Les vérités dont secampase cette science^ ou biea il désigne la njanière dont ces vérités doivent être enseignées. Métliode de recherche et méthode didactique^ ces deux procédés, pour avoir de nombreux points de contact, n'easont pas moins différents. La méthode d'inventioa, qu'elle soit une ou multiple, est invariable ; la méthode didactique est variable suivant les dispositions particulières des professeurs et des élèves,. No.us nous occup-erons donc de la seule méthode de recherche^

Quel est Fobjjet de l'éeaRomie politique ? Les rapports dea hommes entre eux ou avec le monde extérieur dans lapour^ suite des biens matériels. Distinguons dans cet objet les éléments constitutifs; nous y trouvons V homme : un être social doué de libre arbitre, destiné à une vie éternelle et soumis à la loi morale; le monde extérieur^ obéissant au déterminisme physique; Vactivité humaine, appliquant à la poursuite des biens matériels certains moyens généraux. Pour passer de l'objet à la méthode, il suffit de rappeler ce principe : que l'objet propre d'une science commande et détermine la méthode de recherche de celle-ci. Voilà pourquoi l'économie politique, par la nature môiELe de son objet, ne doit être ni purement déductive, ni purement inductive.; mais elle s'appuie à la fois sur les principes de la raison spéculative et pratique et sur les inductions de l'expérience : elle base ses conclusions non moins sur la eonnaissajice de la nature et des devoirs de l'homme que sur un examen détaillé du travail, du salaire, de l'échange, de la répartitioa et de la consommation des richesses*.

a L'observation, écrit M. A. Liesse, recueille les faits concrets ; le raisonnement analyse ensuite ces faits pour eu dégager les lois naturelles qui les régissent... En définitive, l'économiste combinera, dans les proportians variables appropriées à la nature de son esprit et au problème posé, ces deux éléments inséparables de l'entendement humain, l'observation et le raisonnement'. »

t V. Db'^as, Politisai Eeon«m]f ; — P. Gaateueim,, la Méthode det sciences so* ciales ; — Schmoller, l'Economie potitique, sa Théorie et sa Méthode {Rev. cPéeon. polit., 1894, p. io5); — DuRCKEiM, les Règles de la méthode sociologique.

a. V. Bbajits, Loi* et Méthodes de V économie politique ; — Funck-Brentano, la Science morale, sociale et politique.

3. Noiwea» Dictionnaire d^éeonomie poUtijqiM, att. a Méthode s. ^ a56 et aTi.

DE LA. MÉTHODE QUI COîfVIBHT A l'ÉCONOMIE POLITIQUE l5

L'induction et la déduction sont nécessaires à la science économique; mais ces deux procédés ne jouent pas le même Fole dans la recherche et rétablissement des lois de l'économie sociale.

Rôle de la déduction. — A IVide de la méthode déductive, l'économie politique établit ou reçoit : i" les règles supérieures de la moralequi dirige l'homme vers sa fin dernière: lois morales obligatoires; a* les moyens généraux pour produire et acquérir la richesse ; par exemple, il importe de diminuer les frais de production pour augmenter les bénéfices : lois d'économie pure ; 3" les règles immédiates de l'activité humaine qui dépendent des deux précédentes, exemple : l'employeur peut utiliser le travail des enfants, pourvu que l'hygiène physique et morale soit sauvegardée : lois pratiques d'écanomie sociale.

Les sources auxquelles l'économiste chrétien puisera les principes de la déduction sont : le trésor des vérités dogmatiques, l'enseignement de l'Eglise manifesté principalem-ent dans les maguifiques Encycliques de Léon XIll, les théories de droit naturel et les applications qui en ont été faites par la théologie morale'.

A la méthode de déduction ainsi comprise vient s'ajouter le procédé de l'induction.

Rôle de rinduction. — La méthode d'induction, appliquée à l'économie sociale, présente les avantages suivants :

I* L'étude des faits confirme les principes généraux de 1 activité humaine;

a° Les enseignements de l'histoire et de l'expérience brillent à certains esprits d'une lumière plus vive que ceux de l'analyse rationnelle;

3° L'étude des faits détermine l'application des principes aprioristiques. En économie politique, — science éminemr ment pratique, — la déduction seule ne suffît pas; elle peut servir à justifier une institution, à déterminer si en soi elle est bonne, ou mauvaise, mais non si elle est applicable à telle ou telle situation économique déterminée,

i. Ge point est bfen développe par le P. ton ffAMMERSTEiN, Stimmen, t. XII, «877, p. 139; — et par le P. M'znft, op. cit., t. I, 1871, p. lîi, seq.

l6 INTRODUCTION

Les faits naturels, qui forment le fondement de l'induction économique, ont pour origine l'activité humaine dans l'ordre des intérêts matériels. Les principaux sont : le travail et ses modes divers, l'échange, le crédit, le capital, la distribution et la consommation des produits du travail.

Appliquant à son objet propre une méthode si sûre, la science économique découvrira les lois de l'économie sociale. Partir de définitions, de faits et de principes certains pour arriver aux lois générales, tel est, en effet, le but de la science. 11 y a des lois d'économie politique, personne ne met en doute cette vérité; mais s'agit-il de déterminer la nature, le caractère, le degré de certitude de ces lois, l'accord cesse, la discussion commence ardente et, — pourquoi ne point l'avouer, — parfois confuse. Un mot sur ce sujet.

Les lois de l'économie politique. — En général, on distingue trois espèces de lois : les lois morales obligatoires, les lois morales directives ou historiques, les lois physiques^ Les premières ont pour objet l'activité libre s'exerçant dans ia sphère de l'honnête; elles imposent une nécessité ou obligation morale et jouissent d'une certitude absolue, métaphysique. Les lois morales historiques ou directives ont pour domaine la manière constante dont les hommes agissent librement dans des circonstances identiques; elles n'imposent aucune nécessité ou obligation, se bornent à indiquer d'une manière générale la direction de l'activité libre et ne dépassent pas les frontières de la certitude morale. Les 'dernières se rapportent aux actions et réactions des corps extérieurs entre eux, subissent le joug d'un déterminisme rigide et donnent naissance à la certitude physique. Appliquons au sujet qui nous occupe ces considérations.

L'économie politique ayant pour objet la libre activité de l'homme dans l'ordre des intérêts matériels, il est manifeste que cette science est régie uniquement par les lois morales obligatoires et par les lois morales historiques. Les lois physiques ne sont admises dans l'économie qu'à titre d'auxi-

I. Nous laissons de côté, comme ne se rapportant pas à notre sujet, les règles des arts, tels que la grammaire, la musique, la stratégie, etc.

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