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Revue d^écon. polit., loe. cit., p. g6i

38i L'ORDRE ECONOMIQUE

treindre la prod action ;lagrande est réduite à travailler à perte.

2* La concentration des capitaux anonymes favorise la spéculation, la fièvre de production. De là des crises périodiques, faillites, chômage et misère pour les ouvriers.

3° La concurrence des grandes industries, n'étant point réglée par une législation internationale, peut aboutir au monopole de fait. Les producteurs, s'ils sont en petit nombre, s'entendent pour maintenir les prix bien au-dessus du niveau normal. Citons comme exemple les prix excessifs des sucres, du pétrole, des métaux à certaines époques.

Considérons maintenant le second cas, le règne exclusif de la grande industrie. Parmi les économistes, les uns regardent la concentration industrielle, s'efFectuant par la fabrique collective, l'usine agglomérée et le grand magasin, comme le terme bienfaisant du progrès industriel, l'âge d'or de la civilisation. D'autres considèrent l'évolution actuelle de l'ordre économique comme le résultat fatal de lois naturelles qu'il faut bien se garder d'enrayer par des moyens artificiels, tels que la législation du travail. Nous ne partageons ni l'enthousiasme optimiste des uns, ni la résignation pessimiste des autres.

En supposant, ce qui n'est pas démontré, que la force d'attraction de la grande industrie sur la petite continue de s'exercer, quels seront les effets de cette transformation ?

Que le régime capitaliste favorise la production, diminue le prix des objets fabriqués, augmente le capital, c'est une conclusion qui s'impose de toute évidence. Mais, à considérer cette évolution au point de vue moral et social, il est à craindre que le bilan de cet ordre économique de l'avenir ne penche du côté du déficit.

i" Dans cette évolution capitaliste, les travailleurs indépendants, les classes moyennes, tendent à disparaître. Un petit nombre de sociétés anonymes, une multitude innombrable de salariés, voilà le terme désiré par M. de Molinari.

a* L'évolution capitaliste développe le prolétariat, pousse à la division et à la lutte des classes ; elle est un ferment de discorde sociale.

3" Par le développement de la production capitaliste, les économies réalisées sur les frais de production diminuent la part des profits du travail à l'avantage du capital. Dus

lors le capital tendra à croître entre les mains des propriétaires et patrons; l'épargne des travailleurs, provenant du seul salaire, n'augmentera que dans de faibles proportions. D'un côté, la richesse suit une marche ascendante; de l'autre, l'état économique reste à peu près stationnaire. Remarquez que nous nous plaçons dans l'hypothèse du régime de la concentration industrielle régnant sans rival et ne rencontrant aucune opposition dans une classe ouvrière inorganisée.

4° Enfin, comme le remarque fort justement M. Gauwès, c( quand l'industrie alimente les marchés lointains où les produits nationaux se trouvent en présence des produits similaires de manufactures étrangères, la possession de ces marchés ne se conserve qu'à la condition de vendre au plus bas prix; or, comme la conservation des débouchés est une question vitale pour la grande industrie, tous ses efforts tendent à sous-cendre^ soit en réduisant les frais de l'outillage, soit en diminuant le prix de la main-d'œuvre, soit enfin en renonçant à tout profit, et même en liquidant à perte, afin de reconstituer le capital qui est nécessaire pour que l'outillage mécanique ne soit pas laissé en chômage. On voit donc que la réduction des salaires est l'une des éventualités probables de la lutte à outrance dans la spéculation à laquelle se livre la grande industrie ^ »

Conclusion. — Telles sont les conséquences du régime du travail fondé sur la concentration industrielle. Faut-il pour cela signer avec les collectivistes la condamnation à mort ou l'expropriation, — la nationalisation, comme ils disent, — de la grande industrie? Non, car le remède serait pire que le mal. D'ailleurs la grande industrie est indispensable lorsque la production exige la réunion dans un même local de puissants moteurs, de machines associées et, par suite, d'un nombreux personnel. Tels sont, par exemple, les établissements de métallurgie. Ce qui importe, c'est d'adoucir les maux provenant de ce régime de travail, d'en réprimer les abus dans la mesure du possible et d'en arrêter la marche envahissante par la protection et le relèvement de la petite industrie, dont il nous reste à parler.

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