I. T. CocHUT, Rente de» Deux Mondes, t. LX, i883, p. 5a
4i4 l'ordre économique
Le report se pratique dans les spéculatioas à la hausse. J'achète, par exemple, du 3 o/o à 8y francs, livrable fin janvier, espérant que la rente atteindra, ce jour-là, 88 francs, et que, pour 87 francs, j'obtiendrais un titre valant 88 francs. Mais, à la liquidation de fin janvier, le 3 0/0 est resté à 87 francs. Je puis liquider l'opération en levant les titres ; mais, comptant sur la hausse, je me fais reporter. Si, à la liquidation du i5 février, le 3 0/0 atteint ou dépasse 88 francs, mon bénéfice sera plus élevé que l'intérêt, payé sous forme de report, pour l'emprunt de l'argent.
Déport. — Si, à la liquidation, le vendeur ne possède pa» les titres vendus à terme, ou ne veut pas en acheter pour se liquider, il s'adresse à un détenteur de l'espèce de titres qu'il a vendu et lui demande de les lui prêter pour un mois. Voici comment s'effectue ce prêt. Il achète ces titres au comptant et les revend à terme pour un prix inférieur. La différence de prix constitue le loyer des titres mis temporairement à sa disposition et porte le nom de déport. Celui qui emprunte ainsi est le déporté ; on dit qu'il se fait déporter ; du prêteur on dit qu'il déporte.
Le déport se fait dans la spéculation à la baisse. Je vends du 3 0/0 à 88 francs, espérant qu'il tombera à 87 francs à la fin du mois. A la liquidation la rente restée 88 francs. Je me fais déporter à quinzaine. Si la rente se trouve à 87 francs ou au-dessous, je réaliserai sur la différence des cours un gain diminué du loyer des titres.
Par ce qui précède, on voit que le report est l'indice qu'il y a sur le marché excès de titres et demande d'argent. Le déport indique une situation contraire, à savoir, qu'il y a demande de titres et que l'argent est offert.
Marché à prime. — Dans le marché à prime, Tacheteur se réserve le droit d'annuler son marché à une époque déterminée, moyennant l'abandon, au profit du vendeur, d'une indemnité appelée prime. L'acheteur renonce au marché par l'abandon de la prime, ou bien on dit qu'il lève. Si, au moment fixé pour la réponse des primes l'acheteur se tait, la prime est considérée comme abandonnée. Cet achat à prime est donc un achat conditionnel '.i\ ne devient dé finitifi,
LE CAPITAL, PRINCIPAL FACTEUR DE LA PRODUCTION 4l5
c'66t-à-dire ferme, que si l'acheteur déclare au vendeur qu'il le maintient. Par conséquent, en achetant à prime, on ne peut jamais, quoi qu'il arrive, risquer plus que le montant de la prime.
C'est la veille de la liquidation, à une heure et demie précise, que l'acheteur doit déclarer au vendeur s'il lève le titre (maintient le marché), ou s'il abandonne la prime (annule le marché) ; c'est ce qu'on appelle donner la réponse des primes^
A Paris, il est d'usage de ne iaire que des marchés à prime, dans lesquels l'acheteur seul a le droit d'abandon. A Londres, le vendeur peut aussi se réserver le droit d'annuler l'affaire par l'abandon d'une prime, la prime pour livrer.
Il est évident que le marché à prime est, bien plus que le marché ferme, un signe d'agiotage ; cette prime n'est autre chose qu'une différence évaluée à l'avance, un forfait.
Bourses des marchandises. — On appelle bourse des marchandises un marché établi pour la vente en gros des marchandises ; celles-ci peuvent être, comme les titres elles valeurs, l'objet d'opérations à terme ou au comptant. Les marchandises qui font l'objet de transactions au comptant sont placées dans des entrepôts, où elles restent provisoirement aff'ranchies des droits de douane ou d'octroi. Elles sont désignées sous le nom de disponible ; on dit vendre en disponible.
Les marchés à terme sont fermes ou à primes et se font souvent sur marchandises fictives. Pour éviter, ou du moins limiter les ventes fictives, on a depuis longtemps introduit l'usage des filières. Sous la forme la plus usitée, la filière est un avis ou un ordre de livraison émis par le vendeur et transmis à tous les acheteurs successifs par des endossements qui occupent une bande de papier. Des courtiers spéciaux, appelés fdiéristes oxi liquidateurs ^ la font circuler et règlent, — le jour où la marchandise est livrée et payée par le dernier acheteur au premier vendeur, toutes les différences provenant des achats et des ventes intermédiaires.
Dans le cas où le dernier acheteur est le vendeur primitif, l'opération s'appelle une filière tournante, et sur les places anglaises et américaines ainsi qu'à Brème, un ring (anneau)*,