‹ Cours d'économie socialeChapitre 194 sur 310 · I. V. L1BERA.TORE, Principii, p. 6a · texte numérisé non relu

I. V. L1BERA.TORE, Principii, p. 6a

s. V. CosTA-RossETTi, Grundlagcn, p. 137.

3. BÔHM-BA.WEBK définit très ex&ctement lea divers sens da capitalisme et de la prodaction capitalistique dans le UandwOrterbuch de Conrad, art. « Kapital », n» lY.

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Capitalisme *. — Le capitaliste suppose la produclion capitaliste, mais il y ajoute un élément : le rôle prépondérant du capital-argent dans l'ordre économique. Par capitalisme nous entendons un système de rapports économiques sociaux dans lesquels le capital mobilier et les classes qui le détiennent jouent un rôle non seulement prépondérant^ mais encore abusif et souvent illégitime. Expliquons cette définition.

1° 11 s'agit surtout ici de ce capital mobilier dont les deux organes de concentration et de circulation sont la haute banque et la bourse;

2** Que ce capital ait en grande partie une origine injuste par le fait d'opérations usuraires, de spéculations malhonnêtes, de monopoles omnipotents, c'est là un fait prouvé par l'histoire et l'expérience de chaque jour;

3° Issu d'une source impure, le capitalisme exerce une fonction qui n'est pas en harmonie avec la fin naturelle du capital ^

Le capital est toujours un instrument de la production. Sa fonction est essentiellement subordonnée à la fonction principale des agents naturels et de l'homme, à la nature et au travail. Il accroît la force productive des autres facteurs; il aide à la circulation de la richesse. En fait, que se passet-il au sein de nos sociétés modernes? Gomment le capital est-il devenu le capitalisme?

Origine du capitalisme ''. — L'ouvrier du moyen âge possédait les instruments et moyens de production; il trouvait dans l'union du capital et du travail indépendance et sécurité. La séparation de l'ouvrier et des instruments de production commence à la période manufacturière, qui s'étend du milieu du xvi* siècle jusqu'à la fin du xvii*. Alors commence le triomphe de la production capitalistique. Le travailleur est déclaré libre, mais il lui manque les moyens

1 . Gonf. Kmes, Geld und Kredit ; — Umpfemba.ch, Dot Capital in seiner KuUurbedeutung ; — ScPiNO, // Capitale nelF organitmo economico ; — Lokià, Analisi délia proprieta capitalistica ; — Garrigvet, Capital et Capitalisme, 1904.

2. V. COSTA-R0S8ETTI, Grundiagen, p. 127; Philosopk, moral., p. ^63, seq.

3. V. Ratzincer, Die Volkswirthschaft in ihren siUlicken Grundl., p. 15a; — Lojo Brentan'O^ la Question ouvrière, p. 5a.

de production, il ne possède que ses bras ; c'est un prolétaire pressé de se louer au capital pour un salaire souvent insuflisant. L'extension de la production capitaliste amène la concentration industrielle; la liberté presque illimitée du commerce et de l'industrie, le développement du crédit, l'association des capitaux, les manœuvres de la haute banque assurent à l'argent une domination absolue. Voilà le capitalisme fin de siècle! Voilà Mammon le roi des sociétés!

L'injustice du capitalisme ne provient pas de la séparation du capital et du travail, elle résulte de la part injuste prélevée par le capital dans la répartition des bénéfices des entreprises industrielles et commerciales. Et d'où vient cette injustice? Le capitaliste ne devrait toucher son bénéfice qu'après avoir payé intégralement le juste salaire, le salaire intégralement juste. Le salaire en effet faisant partie des pièces de production doit d'abord être déduit du produit brut avant que Ton puisse songer au bénéfice; dans l'ensemble des entreprises, le travail n'est pas payé à sa juste valeur, et la différence grossit un bénéfice qui ne rémunère aucun travail.

Considérez de plus près les actes de son gouvernement, les effets de son règne néfaste.

Effets du capitalisme *. — i* « Autrefois, écrit M. Georges de Laveleye, c'est le capital qui achetait les mines, installait les fours, faisait les fonds de roulement, constituait en un mot les sociétés, première et toute naturelle fonction. C'est le capital qui escomptait les traites commerciales tirées par les producteurs sur les acheteurs de première main et par ceux-ci sur les détaillants et les consommateurs, deuxième fonction. C'est encore le capital qui prêtait sur warrant, troisième fonction. Mais cela fait, le capital n'intervenait plus; le commerce agissait librement. Aujourd'hui le capital veut remplir un rôle nouveau, il monopolise la production et prétend la régler : il deA'ient acheteur et vendeur général et fixe les prix que la consommation doit payer, tout comme il dicte sa volonté aux producteurs ^ » C'est,

I. Voir l'excellent article do professenr Tomiolo, dans la Rivista internazionale, mai-juin 1894.

a. Moniteur des Intérêts matériels, iSg'i.

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eu un mot, un envahissement progressif de toutes les foncions économiques par le capital.

2* Partout on remarque que de la masse des capitaux disponibles pour la production se détache une portion considérable qui refuse de se consacrer à des emplois vraiment utiles; la banque, qui les accumule, les offre aux producteurs d'une manière accidentelle, provisoire et sous la .^orme de prêts plus ou moins usuraires. En outre, une portion de ce capital se jette dans le gouffre de la Bourse, où il spécule sur les variations de valeurs des titres et des actions. Voici un exemple de cette cristallisation des capitaux dans les banques : en 1895, cinq établissements de crédit, — Crédit Lyonnais, Société générale, Comptoir national d'Escompte, Crédit industriel, Crédit foncier, — retenaient près de deux milliards de dépôts, tant à vue qu'à échéance fixe et à comptes courants créditeurs. Ces banques donnent un intérêt de 1/2 ou i p. 100 et escomptent ou prêtent en reports à 2 ou 3 p. 100.

Par le prêt, le capital de la banque restreint le profit de l'industrie ; par les spéculations sur les titres, le capital de la bourse multiplie les occasions de crise. Tel est donc le résultat douloureux auquel aboutit cette économie dégénérée : au milieu de l'abondance des capitaux disponibles, d'un côté diminution du nombre des entrepreneurs d'industries utiles ; d'un autre, accroissement du nombre des oisifs et des parasites ; et dans toute la vie économique, anémie et paralysie ^

3* Sous le régime du capitalisme fin de siècle, la direction de la vie économique n'est plus confiée aux capitalistes immédiatement producteurs, qui, par leur intelligence, par leur persévérance, par leur contact de tous les jours avec les classes ouvrières, forment le groupe des entrepreneurs sérieux et sont le nerf du progrès national, mais à la classe des capitalistes improductifs, qui s'imposent aux premiers par la domination de la banque et de la bourse.

D'après Rudolph Meyer, les quatre Rothschild, de Paris, Londres, Francfort et Vienne possèdent ensemble douze

I. V. DehON, ie Capitalisme et les Sociétés modernes, Ass. calh., i5 décembre iSgS, p. 596, seq.

milliards. Un pareil syndicat de capitalistes peut, du jour au lendemain, faire baisser de lo ou i5 p. loo n'importe quel fonds d'Etat, cré«r une panique, déterminer une crise monétaire en raréfiant l'or, provoquer une baisse factice sur les denrées qui sont l'objet de marchés à terme : les huiles, blés fers, cotons, laines, etc. ^

A" Un autre effet du capitalisme, pour qui Tutilité du moment est la loi suprême, a été de dépouiller l'activité économique de tout caractère moral. De là la tendance à rejeter, autant que possible, sur les autres, les risques inhérents à l'entreprise, l'abandon presque complet des sociétés en nom collectif, dans lesquelles la responsabilité solidaire et illimitée s'élève pour tous au maximum, la décadence de lasociété en commandite, où la pleine responsabilité incombe du moins aux gérants de l'affaire, et la diffusion de plus en plus grande de la société anonyme, dans laquelle la responsabilité est limitée pour tous et même, eu égard au fonctionnement des actions, à peu près annulée.

Delà aussi des habitudes qui révèlent cette conviction que la richesse affranchit quiconque la possède de tout devoir personnel et de toute préoccupation du bien général.

5° Enfin le dernier résultat de ce capitalisme cupide est d'avoir inspiré presque à tous l'esprit de lucre et le désir de s'enrichir indéfiniment. Le but suprême de l'activité économique contemporaine n'est-il point le produit immédiat et maximum, sans aucun égard à la répartition équitable, à la consommation régulière et à la continuité dans l'avenir du bien-être économique^

Qu'on ne nous accuse pas d'exagération ; la description du capitalisme qu'on vient de lire n'est que le développement adouci et imparfait des énergiques paroles de Léon XIII : a Le dernier siècle a détruit, sans leur rien substituer, les corporations anciennes, qui étaient pour eux (les hommes des classes ouvrières) une protection ; tout principe et tout sentiment religieux ont disparu des lois et des institutions publiques, et ainsi, peu à peu, les travailleurs isolés et sans défense se sont vus, avec le temps, laissés à la merci de

1. Lu arlicle très ilocumeulé de \V.-E. IJEAR (Market gambling, Coaletnporary ffcfietv, juin 1894), montre dans la spécalation sur les céréales une caase impor- Uinle de la crise agricole.

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maîtres inhumains et à la cupidité d'une concurrence effrénée. Une usure dévorante est venue ajouter encore au mal. Condamnée à plusieurs reprises par. le jugement de l'Eglise, elle n'a cessé d'être pratiquée sous une autre forme par des hommes avides de gain et d'une insatiable cupidité. A tout cela, il faut ajouter le monopole du travail et des effets de commerce devenu le monopole d'un petit nombre de riches et d'opulents, qui imposent ainsi un joug presque servile à l'infinie multitude des prolétaires, » Et plus loin : « La violence des révolutions politiques a divisé le corps social en deux classes et a creusé entre elles un abîme immense. D'une part la toute-puissance dans l'opulence : une faction qui, maîtresse absolue du commerce et de l'industrie, détourne le cours des richesses et en fait affluer vers elle toutes les sources; faction, d'ailleurs, qui tient dans sa main plus d'un ressort de l'administration publique. De l'autre, la faiblesse dans l'indigence : une multitude, l'âme ulcérée, toujours prête au désordre '. » Tel est, tracé de main de maître, le tableau du capitalisme contemporain.

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