I. L'expression est du cardinal Gibbons
a. V. les aa articles cités dans la Rev. soc, mai 1898 ; ^ dans Elt, op. eit., p. 86; — en partie dans 1'.^^*. cath., t. XXIV, p. 293.
3. On trouve le docucnent avec une lettre du cardinal .Manmxg dans VAss. cath.^ . XXIll, p. 489.
Pcj'c leva alors, à titre provisoire et à certaines conditions '■, la défense faite aux catholiques canadiens ; mais le jugement définitif était remis à plus tard. Il fut rendu par la Propagande, le 23 août 1888, et peut se résumer en cette formule : « On peut tolérer pour le moment cette association ; mais il faut corriger dans les statuts certaines expressions qui sentent le socialisme ^ »
Les Chevaliers du travail étaient-ils donc socialistes ? — Oui, répondait Brelay avec l'école libérale ; assurément, ils sont des nôtres, disaient les rédacteurs de la Revue socialiste '. Il faut le reconnaître, les 22 articles renferment plus d'un principe dangereux; et tels articles du Journal of the K/iigJtis of lahor avaient une forte saveur de communisme.
D'autre part, les déclarations officielles de lOrdre (assemblées de 1880, 1886, 1887, 1888, art. 7 des statutt^, etc.), les circulaires de Powderly, par exemple celle du 26 mars 1886. réagissent fortement dans le sens de la modération. On y voit souvent réprouvé l'abus des grèves et recommandées les solutions pnr l'arbitrage. Si Powderly n'a pas toujours été obéi, son influence du moins fut profonde et salutaire, et, dans plus d'une circonstance, il a montré un grand amour du bien, servi par une prodigieuse habileté.
De tout cela ressort la sagesse de la décision du Saint- Siège : l'Ordre ne devait pas être condamné, car il n'était plus une société secrète. D'autre part, il ne pouvait recevoir une approbation définitive : il était loin, en effet, d'être irréprochable et de présenter de solides garanties. Ce danger s'est accentué quand, en i8g4, Sovereign a remplacé Powderly dans le gouvernement suprême de la puissante association ; le nouveau grand-maître, en effet, professait des doctrines franchement collectivistes *.
Dès 1881, M. Samuel Gompers, juif venu de Londres, et qui faisait partie des Knights of Labor, dans la corporation des cigariers, se sépara de la puissante association pour en fonder une autre, plus ouverte, qui était destinée à un succès
t. Ces conditions sont énumérées dans la circulaire du cardinal Tascheheao 43 avril 1887). Gonf. TUnivers du 28 avril 1887. a. V.le décret dans YAss. caih., t. XXVI, p. 719.
î. V. Brblat, op. cit., p. i6-al ; p. 32-87 (extraits du Journal de TOrdre). 4. V. Rei-ue iocialiste, août 1894, p. BgS, note.
464 l'ordre économique
prodigieux et même à supplanter son aînée. h'American fédération of Labor compte aujourd'hui, (1920) environ 5 millions de membres : elle ne fait point profession de doctrines socialistes, mais se place sur le terrain nettement syndicaliste '. Elle pense que, « dans chaque pays, l'action ouvrière doit être adaptée aux conditions économiques, à la constitution politique, à l'esprit particulier de la race ^ ». Il existe d'ailleurs, aux Etats-Unis, des sociétés d'inspiration collectiviste dont l'une, V liidustrial Workers of the World, comprend à peu près 5o.ooo membres, de tendance bolcheviste, qui ont voté leur adhésion à la troisième internationale de Moscou.
Tel est le mécanisme des principales associations ouvrières. Il reste à parler d'une forme d'association plus parfaite, mieux constituée pour être un instrument de paix sociale, hautement approuvée par le pape Léon XIII, vers laquelle tendent les efforts des catholiques, je veux dire la corporation adaptée aux conditions des temps modernes, la nouvelle corporation.
Article 5. — Les nouvelles corporations.
La corporation, dont il est question en ce moment, peut se définir : « l'ensemble organisé des personnes exerçant le même métier ou la même profession ». Le lien, qui unit les associés, est avant tout professionnel. Ainsi, organisation professionnelle et rapports permanents, voilà les traits caractéristiques de la corporation, mais il est clair que les détails varieront d'après les éléments qui les composent.
Dans ce sens, la corporation est un corps professionnel autonome et fait partie intégrante des classes sociales composant l'organisation de la société civile, suivant les principes que nous avons exposés au chapitre iv ^. Ces corps professionnels autonomes ont pour fonction de protéger les
I . Y. GoMPEES, Le Correspondant, aS février 1919. -i. E. Lajkine, Le Socialisme suivant les peuples.
3. Ci-dessus, p. 107. — Sur cette question de principes nous sommes d'accord 8v«c M. DE LA ToriE-DU-PiN et LoRiN. V. Ass. cath., t. XXXII, p. 5o4, et t. XXXIV,
l'association 46S>
droits et les intérêts des membres de la profession et de la représenter auprès des pouvoirs publics. Ils peuvent prendre différentes formes, telles que : Chambres de travail, Conseils de métiers. Conseils d'usine, Corporations libre» et légales. Corporations obligatoires et do droit public.
Corporation mixte ou syndicats parf.lléles '■. — La corporation unissant les patrons et les ouvixfi s dans une même association est, en théorie, la forme la plus propre à ramener et à maintenir la paix des classes. Les intérêts professionnels étant, en bien des points, communs aux patrons et aux ouvriers, ne sauraient être mieux débattus et sauvegardés que par l'union des deux agents de la production : le patron et les ouvriers.
La corporation mixte a été réalisée par les corporations chrétiennes des patrons du Nord ^
Le terrain, sur lequel se fera la rencontre des patrons et des ouvriers, ne sera pas celui des intérêts purement matériels, mais ce sera le terrain moral et religieux, « c'est-à dire que, dans le plan définitif, l'association morale et religieuse précède l'association économique et la corporation nait de la confrérie '. »
De là les traits suivants : i° les membres de ces associations sont des ouvriers chrétiens, appartenant aux usines de patrons chrétiens ; 2° le but de ces corporations est principalement la paix sociale des ateliers, le bien moral et religieux des ouvriers engagés au service des patrons chrétiens ; elles ne s'occupent directement ni de réformer l'ordre économique actuel, ni de ramener la justice sociale dans la classe ouvrière ; 3° les moyens employés par elles pour améliorer la situation matérielle des ouvriers sont la pratique des devoirs du patronage et de la charité chrétienne.
Les efforts, les merveilles de charité, le dévouement infatigable des patrons du Nord sont dignes de tout éloge. Mais, il faut l'avouer, il y a un bien petit nombre de patrons chré-