I. § Jura quidcm
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Légitimité des grèves K — La suspension du travail occasionnant toujours un dommage aux patrons et aux ouvriers, il s'en suit que la grève ne peut être légitime sans avoir un but juste, raisonnable et proportionné.
Le but général des grèves est l'amélioration de la condition matérielle des ouvriers, et tout le monde convient que la tendance générale qui agite la classe ouvrière et la pousse vers une amélioration de sa condition matérielle est léafitime sous bien des rapports. Mais le but immédiat de la grève consiste ordinairement dans la modification du contrat de travail en faveur des ouvriers, sur deux points, à savoir : diminution des heures de travail et augmentation du salaire.
Deux cas peuvent se présenter : i** Le contrat de travail est expiré, on fait la grève pour obtenir un contrat plus favorable. La grève est juste, pourvu que les prétentions des ouvriers soient raisonnables ;
2° La grève brise un contrat de travail encore subsistant. La grève est juste si le contrat contient une injustice à l'égard des ouvriers. Dans ce cas, la grève est le seul moyen de défense contre une injustice qui pèse sur les ouvriers, le droit des ouvriers l'emporte sur celui du patron : c'est encore une application légitime du self-help pour obtenir, dans les limites de lajustice, des conditions meilleures.
Toutefois, avant d'abandonner le travail, les ouvriers doivent mettre le patron en demeure de cesser ou de réparer l'injustice qui est la cause de la grève. Si le patron accepte, les ouvriers n'ont plus le droit de résilier le contrat de travail.
Conséquences des grèves. — La grève, nous n'hésitons pas à le déclarer, est une source de grandes et nombreuses misères, soit comme cause effective, soit comme occasion. Très souvent la grève ne réussit pas, et alors il résulte pour les ouvriers une perte irréparable et une période de misère
1. Gonf. d'£ichtha.l, Coalitions de patrons et d'ouvriers ; — CrOuzel, les Coalitions et les Grèees ; — Gibon, la Liberté du travail et les Grèves; — Ch. Renault, Histoire des grèves ; — Ca.uwès, Cours, t. III, n» 847, seq. ; — DE Molinabi. Bour- $es du travail, p. 75, seq. ; — Gide, Principes, p. 545, seq. ; — Léon de Seilhac, 'f.es Grèves, igoS.
LA LIBERTÉ ECONOMIQUE Siy
noire. Lorsqu'elle réussit, les améliorations du contrat âe travail el de la condition des ouvriers sont achetées cher ; les autres ouvriers intéressés ont dû passer par de dures privations, et, si l'on calcule ensuite toutes les pertes économiques provenant des grèves, on arrive à un résultat désolant.
En moyenne, de 1901 à 1910, sur 100 grèves, 40,14 ont échoué, 38, 3o ont amené une transaction, 21, 56 ont réussi.
En Amérique, en Angleterre et ailleurs, les patrons pour vaincre la grève emploient le lock-out, c'est-à-dire la fermeture générale de leurs usines. Il est évident que les ouvriers ne peuvent résister à ce procédé ; leurs réserves sont bientôt épuisées, et ils doivent se rendre à merci. Les règles morales qui s'imposent au patron pour la légitimité du lock-out sont d'ailleurs exactement les mêmes que celles qui décident de la justice d'une grève.
Quant à l'irritation, à la haine des classes, la grève, même en cas de réussite pour les ouvriers, ne tend guère à la diminuer et Téteindre. Les grévistes ont habituellement la conviction, vraie ou fausse, que jamais on n'a violé leurs droits d'une façon plus injuste. De là vient que, par suite des grèves, la classe ouvrière est mal disposée et excitée au suprême degré contre tous ceux qui possèdent.
Il faut ajouter à ces réflexions que, pour les syndicalistes révolutionnaires, la grève n'est pas un moyen de faire aboutir des réclamations temporaires, de soutenir des griefs justifiés, c'est une arme qu'il faut systématiquement employer dans la lutte des classes.
La grève partielle a pour but de tenir les prolétaires en haleine, d'arracher au patronat telle ou telle mesure dont on profitera, sans jamais la trouver suffisante tant que le collectivisme n'aura pas établi son domaine.
La grève générale reste l'arme suprême, celle qui doit, à l'heure venue, détruire la société ancienne et permettre l'avènement de la nouvelle. Elle procède par l'arrêt simultané, non peut-être de toutes les industries, mais de celles qui commandent les autres et tiennent dans leur dépendance la vie économique du pays.
On a beaucoup discuté pour savoir si cette grève générale apparaissait à ses partisans comme une réalité de l'avenir
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ou s'il n'y avait là qu'une idée évocatrice, un stimulant d'action, un « mythe » ainsi que disait M. Georges Sorel, mythe d'une puissance d'autant plus suggestive peut-être qu'il s'enveloppe de plus d'ombres. Mais il semble bien, sur plus ample informé, que, pour la plupart des syndicalistes révolutionnaires, la grève générale reste un moyen pratique, le seul même décisif pour les transformations rêvées.
Cet état d'irritation permanent, cette haine des classes, fomentée avec préméditation parles meneurs, produisent un abaissement moral du caractère dans les masses populaires. Que sera-ce, quand à cet état s'ajoutent les excès violents et immoraux, qu'on peut très difficilement empêcher dans une masse désœuvrée et irritée ? Lorsqu'une foule d'ouvriers chôment des jours et des semaines, lorsqu'ils se rencontrent dans un même mécontentement, lorsque la colère de l'un excite la colère de l'autre et la porte au paroxysme, alors trop facilement se vérifie à la lettre cette parole : l'oisiveté est la mère de tous les vices. Abstraction faite des excès de l'ivresse et des crimes qu'elle engendre, de grands attrouppements d'ouvriers, oisifs et excités, deviennent un danger menaçant pour la paix et la sécurité publiques. Dans ces soulèvements des masses, le plus petit accident suffit pour qu'elles envahissent avec violence et fureur la propriété d'autrui et attentent à la vie du prochain. Trop souvent ces excès ont été les épisodes du mouvement gréviste. C'est ainsi qu'un nombreux cortège de misères et de ruines accompagne habituellement la grève.
Et cependant, comme le remarque très justement M. Hector Dépasse, « il est par malheur trop certain que les ouvriers ne sont presque jamais arrivés à une amélioration de leur sort que par la grève... L'augmentation des salaires, la diminution des heures et l'acquisition des nouvelles garanties matérielles et morales sont en rapport direct avec l'agitation <jui s'est déclarée dans les sphères du travail depuis vingt-cinq ans ' ».
Les grèves et l'autorité publique. — Quels sont les devoirs