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preuves de cette affirmation, il importe d'en préciser le sens, d en tracer les limites avec exactitude.
i* Laissant de côté les points de vue philosophique et religieux du collectivisme, nous voulons établir Tabsurdité de ses projets positifs de réforme, l'impossibilité de Tordre économique futur ;
i" Nous ne prétendons pas que l'ordre économique visé parles socialistes implique en soi contradiction, ou qu'il soit absolument et en toute hypothèse irréalisable. Si tous les membres d'une société étaient parfaits, c'est-à-dire ornés de toutes les vertus et exempts de tous vices, alors, peut-être, le nouvel ordre économique aurait quelque chance de réussir ;
3* Nous déclarons impossible la réalisation des plans socialistes, dans la supposition de Végalité de tous les hommes. De plus nous parlons de Vensemble des réformes collectivistes, c'est-à-dire en tant qu'elles forment un système cohérent, un corps de doctrine. Que l'une ou l'autre revendication, prise à part, puisse se réaliser, peu importe ; nous ne nous occupons que du collectiviste scientifique et intégral;
4' Le socialisme ne pourrait-il pas se réaliser dans un accès de folie populaire? La question n'est pas là. La Terreur, en 1793, et la Commune, en 1871, sont des accidents dans l'histoire de la société française. — Mais nous affirmons que l'établissement d'une société collective, comme institution stable et comme œuvre viable, est chose impossible; elle est en contradiction flagrante avec les penchants et les instincts les plus impérieux de l'humanité.
La question ainsi délimitée, il nous reste à montrer les impossibilités multiples qui s'opposent à l'établissement du régime social collectiviste. Pour cela nous nous servirons de la magistrale et solide réfutation faite par le P. Gathrein dans la brochure Der socialismus..
Impossibilité de l'ordre social collectiste*. — 1° Les biens de production seront décrétés propriété nationale, les biens de
I. Conf. P. Gathrein, Der Socialismus ; — Steccanella, Del Comunismo ; db
Laveleïe, Le Collectivisme contemporain ; — J. Rae, Il nocialismo coniemporaneo ; — E. RiCHTEE, Où mène le Socialisme ; — D/Vwson, German soeia/ism ? — G. Adler, ^le Grundlagen der Karj Marxschen Krliik; — P. Pesch, Socialismus und kapitalisticke Wirtschafttorduung.
5G4 l'ordre économique
jouissance seront laissés à la disposition des citoyens, soit... mais comment, en pratique, faire le départ des deux sortes de biens ? Rien n'est plus difficile, car tel objet — une aiguille, une scie, une pioche, par exemple — peut servii indifféremment à la production ou à la consommation individuelle. De deux choses l'une, ou bien la société s'emparera de tous les instruments de production sans exception ; ou bien elle empêchera les citoyens de produire quoi que ce soit pour leur usage individuel. Dans les deux cas, on aboutit à une insupportable tyrannie.
2* Les représentants de la société détermineront après enquête publique la quantité et la quotité des objets à produire. Telle est la règle de la production, le seul moyen, d'après les docteurs du collectivisme, de mettre fin à Vanarchie de la production. Cette détermination est pratiquement impossible. Elle peut se faire de deux manières. Chaque famille, chaque individu fera inscrire ses demandes à un bureau d'approvisionnement. Mais, alors, quelle légion de commis ne faudrait-il pas ? Quelle infinie paperasserie ! Si les besoins ne sont pas contrôlés, on tombe dans le gaspillage ; s'ils sont vérifiés, on impose un odieux système d'inquisition. Pour éviter cet inconvénient, on propose de faire déterminer par un bureau de statistique la moyenne des objets de consommation nécessaires à la vie. Dans ce cas, l'Etat se charge de rationner les besoins de chacun. Qui consentirait à accepter un pareil esclavage ? Ce serait le régime de la médiocrité obligatoire. En outre, le même procédé, étendu aux besoins extraordinaires et accidentels, entraînerait la production d'une quantité considérable d'objets sans emploi. On retrouverait SLinsila production anarchique^ que l'on croyait à jamais détruite.
3* Laissons de côté toutes ces difficultés ; supposons que les listes officielles des besoins ont été fidèlement remises par chaque commune et par chaque département à l'autorité centrale, et que l'on s'est heureusement entendu sur la somme des produits nécessaires à la société. Il s'agit maintenant d'organiser le travail national en conséquence. L'Office du travail de la société future devra connaître le nombre d'ouvriers valides ayant leur domicile dans chaque commune. Il serait, en effet, absurde de répartir le travail national par
commune sans tenir compte de la main-d'œuvre disponible dans chacune d'entre elles. Imposera-t-on le domicile forcé? Mais c'est le servage rétabli sous une autre forme, c'est l'enchaînement à la glèbe. Accordera-t-on la liberté de circulation ? Mais alors l'organisation du travail devient impossible. Le mouvement de la population ne permet pas de compter sur la fixité de la main-d'œuvre. Dans la société collectiviste, rien n'attache plus les travailleurs au sol, ni la propriété privée, ni l'amour du foyer, ni l'intérêt personnel. Dès lors, l'amour des voyages prendrait rapidement les proportions d'une véritable épidémie ; les contrées riantes, fertiles, agréables, seraient encombrées ; les régions incultes, malsaines et sauvages seraient bien vite abandonnées. Tous les citoyens n'ont-ils pas les mêmes droits ?
4" Eh bien ! accordons que le Bureau de travail puisse faire exactement le recensement de la main-d'œuvre disponible. Il s'agit de distribuer les emplois. Si chacun est libre de choisir sa profession, personne ne voudra se charger des métiers rebutants. Si l'Etat procède d'autorité à cette répartition, il impose une contrainte insupportable, et alors que devient l'égalité démocratique ?
5° Aux difficultés que nous avons constatées dans la production socialisée s'ajoutent encore celles, non moins graves, que présente la distribution du produit net du travail collectif. Examinons l'un après l'autre les différents étalons qui pourraient servir de base à la répartition des produits sous le régime collectiviste. Ils sont au nombre de cinq : le chiffre de la population, le temps de travail, le travail effectué, le soin dépensé et le besoin individuel.
a. Le chiffre de la population est une mesure injuste. Il est évident, en effet, que tous les citoyens, n'ayant pas contribué d'une manière égale à la production, n'ont pas droit à une part égale du produit.
b. Prenez-vous le temps du travail comme un étalon de la répartition, vous arrivez à cette injustice que pour un temps égal de travail, les ouvriers actifs ou paresseux, habiles ou maladroits, occupés à un travail pénible ou à un travail facile, recevront une égale rétribution. Qui acceptera cette conclusion?
c. La quantité de travail effectuée : la valeur du travail, nous l'avons démontré, n'a pas pour mesure le temps socialement nécessaire. Pour estimer à sa juste valeur le travail effectué, il faut faire entrer en ligne de compte, avec le temps, l'habileté, le talent, les forces, l'application, éléments d'où dépendent nécessairement la qualité et la quantité du travail. Il faut de plus comparer entre eux les différents genres d'activité dans lesquels chaque particulier se rend utile à la société. Quel sera le juge impartial d'une question si complexe et si variable ? Que recevront les ouvriers qui, par défaut de force, d'habileté ou d'intelligence, ne fourniront qu'un travail inférieur à la moyenne ? Sans doute M. Jaurès affirme que « si l'Etat était patron universel, évidemment il chercherait à restituer à chaque travailleur, au prorata de son travail, le surcroît de produit abandonné par lui^ », mais le talent et Téloquence du leader socialiste ne suffisent pas à donnera cet « évidemment » la force d'une démonstration .
d. Le soùi dépensé est, pour les mêmes raisons, une mesure de répartition absolument impossible D'ailleurs, comment évaluer ce soin ? Faudra-t-il créer des inspecteurs chargés d'enregistrer l'assiduité au travail déployée par chaque ouvrier ?
e. Il ne resterait donc plus qu'à répartir les fruits du travail en raison des besoins de chaque ouvrier. — Nul doute que cette forme de répartition ne soit la plus inique et la plus impraticable de toutes. « A chacun selon ses besoins raisonnables », dit le programme de Gotha. Mais que faut-il entendre par « besoins raisonnables » ? Les nécessités sont loin d'être les mêmes pour tous. Evidemment il ne peut être question d'abandonner à chacun la libre détermination de ses besoins. L'expérience nous apprend que le besoin et la modération sont en raison inverse l'un de l'autre; si les gens modestes se contentent généralement de peu, les autres n'ont jamais assez. On établira, direz-vous, une commission des besoins. Cette commission serait un nid de dis-