I. V. Bramts, La Lutte pou- 'e ot'n quotidien
Sf)! l'ordre fco^omique
tenir compte de l'utilité sociale des produits. Un propriétaire foncier augmentera son bénéfice en exploitant ses terres par Télevage des bestiaux, au lieu de la culture des céréales. Mais pour une même étendue de terre, l'élevage des bestiaux, tout en fournissant un produit de plus grande valeur d'échange, exige une somme de salaire moins élevée. D'autre part l'élevage, à égalité d'étendue de terre exploitée, fournit la subsistance d'un petit nombre de personnes. De là résulte, on le voit aisément, une double perte pour la société (p. 643).
Variations des profits. — Ainsi formé, le profit de l'entrepreneur est susceptible de nombreuses variations. Le bénéfice est évidemment le plus petit possiVjle, lorsque la différence entre le prix de vente et le coût de production devient de plus en plus faible. Les profits de l'entrepreneur n'ont point de maximum, mais ils présentent des inégalités énormes ; tantôt des revenus à peine suffisants pour vivre, tantôt des millions. Le taux des profits, qui atteint parfois 5o, 100, 200 p. 100, n'est d'autres fois que de 8 ou 10 p. 100, et moins encore.
Une remarque importante, c'est qu'il est, en pratique, très difficile d'évaluer le profit. Les statistiques faites à ce sujet sont insuffisantes et méritent peu de confiance. Le profit étant la différence entre le prix de vente et le coût de production diminuera de toutes les sommes que Ton fera figurer à tort ou à raison dans les frais de production. Un industriel vivant dans une large aisance, sinon dans le luxe, dépense tout le revenu annuel de son entreprise. Dans ses livres de commerce, son bilan se solde en équilibre : conclurez-vous que son profit d'entrepreneur est nul ? Pas le moins du monde. La vérité est qu'il a dépensé une partie du bénéfice réel. Faites entrer, dans les frais de production, de grandes sommes pour l'amortissement, la réserve, les frais généraux, l'augmentation ou le renouvellement du matériel, et vous diminuerez d'autant le profit nominal, celui qui figure dans le bilan.
On diminue encore le bénéfice apparent en donnant aux capitaux fixes ou circulants une valeur fictive dépassant la valeur réelle, car, ainsi, on retranche du bénéfice brut une
somme trop forte pour l'intérêt des capitaux engagés dans l'entreprise. "Voilà pourquoi il n'est pas vrai que la somme totale des dividendes servis aux actionnaires d'une Société anonyme représente toujours tout le profit de l'entrepreneur.
On répète souvent que, parmi les différentes industries, on en compte un tiers qui solde en bénéfice, un tiers qui solde en équilibre, un tiers qui se ruine. Cette affirmation, qui na jamais été démontrée,, est citée dans les journaux, les revues et les livres, comme une donnée irréfutable de la science économique. — Cependant, si le tiers des industries ne faisait pas de bénéfice, le nombre des faillites serait incomparablement plus élevé que ne l'indique la statistique. Puis un très grand nombre d'entrepreneurs de la seconde catégorie dépense intégralement le bénéfice annuel. C'est là^ un détail qui ne figure point dans les statistiques officielles.
Il faut avouer toutefois que les ouvriers sont généralement portés à exagérer le taux des profits du patron. Parce que, dans une entreprise, le profit est réparti en un petit nombre d'actionnaires, tandis que le salaire est éparpillé entre des centaines ou des milliers d'ouvriers, on se fait illusion sur leur importance respective. La suppression du bénéfice du patron dans une usine n'amènerait souvent qu'une augmentation insuffisante du salaire des ouvriers. Ainsi, dans les mines de charbon de tout le département du Nord, les profits ou dividendes représentent i3 p. loo des salaires. Si l'on avait, comme le demandent les socialistes, exproprié tous les actionnaires pour répartir leurs dividendes entre les ouvriers, chacun d'eux aurait vu son salaire quotidien s'élever de 4 francs en moyenne à 4 fr- 54. Au reste, quel que soit le résultat de la confiscation du profit de l'entrepreneur, les socialistes ne laissent pas de l'exiger au nom de la justice. Pour répondre à cette attaque, établissons la légitimité du profit considéré dans son origine.
Origine et légitimité du produit*. — Adam Smith ne connaît que des entrepreneurs capitalistes et, par conséquent,
I. Pour l'exposé des divers systèmes, conf. Mataja, Der Vntemehmergewinn, Kap. I ; — P. Lerot-Beaulieu, T raité théorique et pratique d'économie politique^ t. II, p. 182, seq.
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attribue au capital tout le bénéfice de l'entreprise *. Ricardo, Mailhus, Stuart-Mill, Senior, Mac Gulloch, Macleod, Sidgwick, font la même confusion entre l'entrepreneur et le capitaliste. J.-B. Say considère Tintervenlion de l'entrepreneur comme un travail dont le bénéfice représente le salaire; il ne voit que Tentrepreneur-directeur. Joseph Garnier^ et P Leroy-Beaulieu ^ se rangent à cette opinion. Courcelle- Seneuil envisage le profit comme un supplément de salaire, s'il tient à la capacité personnelle de l'entrepreneur, et comme un supplément de loyer, s'il tient à la situation particulière de l'entreprise *. D'après Gauwès ', le bénéfice de l'entrepreneur est une sorte de rémunération de son travail et une compensation pour les risques qu'il court. Ges diverses théories nous paraissent incomplètes ou inexactes. M. Mataja ^ a repris la question et, après une étude approfondie, arrive aux conclusions suivantes, qui nous paraissent conformes à la vérité-:
L'économiste autrichien considère le profit de l'entrepreneur comme personne économique distincte du directeur et du capitaliste. Quel est le rôle propre de l'entrepreneur simple ? Produire à son compte en possédant l'usage des moyens de production, telle est la fonction économique de l'entrepreneur simple. Le profit a pour origine immédiate la différence du prix de vente et du prix de revient. Or le prix de vente dépend en grande partie de l'évolution économique des prix ; l'entrepreneur propriétaire des produits en profite légitimement. La diminution du prix de revient a pour cause soit l'organisation habile, soit la situation avantageuse de l'industrie. Ges deux éléments appartenant à l'entrepreneur, rien d'étonnant qu'il demeure légitime propriétaire du profil. Si Tentrepreneur est, en même temps, directeur, il faudra compter dans son revenu le salaire de la direction.
D'après cette analyse on voit l'erreur de K. Marx, prétendant que l'entrepreneur exploite l'ouvrier. Rien n'est plus contraire à la vérité si l'entrepreneur, en effet, paie à