‹ Cours d'économie socialeChapitre 235 sur 310 · I. Caturein, Moralphilosophie, loc. cit · texte numérisé non relu

I. Caturein, Moralphilosophie, loc. cit

a. V. Périn, La Richesse dans les gociétes chrétiennes, t. II, liv. V, ch. V, et ppendice, p. 489 ; — J. Rickabt, S. J., Morai Plùlosophy, p. a55-263 ; — Ratzingkk, Die Yolkiwirthtchafl in ihren sittlichen Grundlagen, IV ; Wucher und Zitu, p. aai.

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liste; mais il n'en demeure pas moins vrai qu'il peut être virtuellement productif dans certaines.circonstances ^

L'argent est virtuellement productif lorsque, très facilement, avec certitude morale, il peut être appliqué à une entreprise rémunératrice. Cette aptitude de l'argent à rapporter des bénéfices légitimes provient de deux causes : ou bien de circonstances personnelles et particulières, ou bien de circonstances d'ordre économique et général. Entre les mains d'un marchand, d'un industriel, d'un cambiste^ l'argent possède la productivité virtuelle, le pouvoir de rapporter des bénéfices. D'autre part, dans un ordre économique basé sur la liberté absolue et la parfaite mobilité du capital, dans un ordre économique où le capital-argent joue le rôle principal, en un mot sous le règne du capitalisme, l'argent se trouve placé dans des conditions générales qui lui permettent d'être employé avec la plus grande facilité à des entreprises lucratives. En d'autres termes, dans Tordre économique capitaliste, l'argent est virtuellement et généralement productif et^ par conséquent, le prêt à intérêt est pleinement justifié dans les circonstances économiques actuelles ^ ; dans un ordre économique non capitaliste, il ne serait pas légitime. La même conclusion se dégage en considérant le pouvoir représentatif de l'argent.

Pouvoir représentatif de l'argent. — La monnaie a deux fonctions principales: elle sert de commune mesure aux valeurs et de moyen d'échange des choses vénales. Ces deux propriétés ont pour fondement le pouvoir représentatif de la monnaie, l'argent étant l'équivalent de tous les biens économiques réels.

Rappelons le principe du contrat de prêt. La cession du droit de domaine pendant un certain temps sur un objet qui

1. Dire qae l'argent a une productivité virtuelle ne signifie pas qu'il possède ane vertu productive, mais que tout se passe comme s'il avait cette vertu.

2. V. contra : U. Guérin, Ass. cath., 1888, t. I, p. 659, 674 ; 1889, t. I, p. 648;— P. DE Pascal, ibid., 1890, t. I, p. i54;t. II, p. a63 ; — Me' Scheicher, jÂ/<f., 1887, t. II, p. 645-665; — De Marolles, ibid., t. I, p. 275. — Citons encore le livre d© M. l'abbé Morel, Z)u Prêt à intérêt, dont la réfutation se trouve dans la Revue deg tciences ecclésiastiques, 3* série, vol. VI], p. 469; — et l'ouvrage socialiste de V. MoDEBTB, Le Prêt à intérêt, dernière forme de Vesclapage.

PRINCIPALES FORMES DE LA RÉPARTITION 6o5

ne fructifie ni par lui-même, ni par ce qu'il peut procurer, est sans valeur vénale, elle n'exige que la restitution pure et simple de l'équivalence. Mais, si elle a pour objet une chose qui fructifie et rapporte une utilité distincte de sa propre substance, elle peut être rétribuée et donner lieu à un lucre que l'on appelle intérêt. Le prêt à intérêt se rapporte à cette dernière forme de contrat. Pourquoi ? Parce que l'argent, étant l'équivalent de toutes les choses vénales, représente l'utilité et la seule utilité de ces biens matériels. La nature du prêt d'argent dépendra donc du caractère d'utilité des choses représentées. Peu importe, quant à l'utilité, que je vous transfère immédiatement le domaine de cette maison, ou médiatement en vous mettant en possession de sa représentation, de ce avec quoi vous en deviendrez proprié- /.aire.

L'argent emprunté peut, dans un siècle, dans un certain milieu économique, représenter ou non des choses dont Tusage n'est pas distinct de la substance. A telle époque, la masse des entrepreneurs sollicitera le prêt afin de pouvoir subvenir à ses besoins domestiques ou à ses plaisirs; à telle autre, elle empruntera pour les besoins de l'industrie ou du commerce, c'est-à-dire pour échanger l'argent contre des choses dont l'usage est distinct du domaine.

L'argent monnayé n'est, en effet, que la représentation des choses vénales et n'a d'autre utilité pour l'emprunteur que l'utilité des choses qu'il lui représente.

Dans le premier cas, l'argent, parce qu'il représente en général des choses dont l'usage n'est pas distinct de la substance n'a pas, ordinairement du moins, d'utilité distincte de la consommation. Voilà pourquoi toute convention qui stipule un intérêt pour la somme prêtée est injuste.

Dans le second cas, il n'est pas plus contre la justice d'exiger, en sus du principal, une compensation pour le service rendu qu'il n'est injuste, nous l'avons dit, de réclamer, avec la restitution de la maison, un prix qui corresponde au loyer.

Du reste, nous ne nous arrêterons pas à démontrer que, dans l'ordre économique actuel, l'argent est l'équivalent d'une infinie multitude de choses productives de bénéfices.

6o6 l'ordre économique

Encore une fois, ce serait mettre en doute le règne du capitalisme moderne *.

Le P. Joseph Rickaby arrive à la même conclusion en distinguant la valeur de convention ou valeur relative (use value) et la valeur commerciale ou marchande {market value).

« Du moment, continue-t-il, où il y a deux sortes de valeur et deux sortes d'échange, le grand instrument de l'échange, l'argent, porte en soi un double caractère: il est à la fois un moyen d'échange de convenance et, le plus souvent, un instrument d'échange commercial. Dans le premier cas, l'argent représente pour le propriétaire une valeur de convention (valeur relative) ; dans le second cas, l'argent représente une valeur commerciale égale pour tous. Or l'argent, en tant qu'instrument d'échange de convenance, est un capital mort (barren) et par cela même, un intérêt quelconque exigé d'un pareil prêt, c'est-à-dire du prêt d'un métal stérile, est de la simple usure, tandis que l'argent, en tant qu'instrument d'échange commercial, peut être prêté moyennant un intérêt d'un taux légal ^. »

La théorie que nous venons d'exposer et de défendre n'est pas nouvelle ; elle rallie les suffrages d'un très grand nombre de théologiens et d'économistes catholiques. Qu'il nous suffise de nommer, parmi les plus connus, les PP. Liberatore, Steccanella, H. Pesch, Lehmkuhl, Cathrein, Rickaby, Weiss, O. P. ; Guilleminot, Stôckl, Reichensperger, Albertus, Devas, etc. Pour la mettre en pleine lumière, il importe de la comparer aux principaux systèmes similaires ou opposés mis en avant par les moralistes ou les économistes.

1* Théorie de l'usage (Nutzungstheorie). — Un très grand nombre d'économistes considèrent l'intérêt comme une compensation pour l'usage du capital cédé par le prêteur à l'emprunteur. Citons: J.-B. Say, Knies, Menger, Hermann. Cette théorie est incomplète, car elle n'explique pas la légitimité

1. Le p. Weiss, dans un savant travail intitulé : La Doctrine de VEglite tur le capital, l'intérêt et Pusure, développe la même idée en distinguant la double fonction de l'argent comme monnaie ou comme capital, l'une étant improductive, l'autre virtuellement productive (Sociale Frage, Bd II : die Kirchliche Lehre ûber Kapitalzin* und Wttcher, p. 617).

2. Moral Philosophy, loe. cit.; art. publié dans le Month, sept. 1886.

de cette compensation. MM. [lermann *■ et Mithoff? considèrent l'intérêt comme un dédommagement accordé au prêteur pour la privation qu'il s'impose en ne faisant pas fructifier personnellement son capital.

2" Théorie de la productivité de l'argent. — Cette manière de voir a le tort d'attribuer au capital une productivité formelle, une sorte de force germinatrice naturelle et, par suite, de rendre le mutuum légitime en soi, c'est-à-dire, dans un ordre économique quelconque. Scipion MafFei et, plus tard, Mastrofini et le cardinal de la Luzerne, ont posé les fondements de cette théorie, développée et défendue par : Landerdale, Thûnen, Roscher, Garey, Walker, Sidgw^ick, Rossi, J. Garnier, de Molinari, Gauwès, Leroy-Beaulieu, et la plupart des économistes modernes.

3° Théorie du lucrum cessans. — « La facilité de tirer parti du capital, dit M. Charles Périn, n'était point, au xiii*siècle, ce qu'elle est présentement, et personne ne fait difficulté d'admettre que le capitaliste qui prête se trouve habituellement dans le cas du lucrum cessans ^. » — Cette théorie ne diiïere pas essentiellement de celle que nous avons développée. L'expression générale de lucrum cessans est peutêtre moins exacte. Le lucrum cessans désigne, en effet, un titre particulier et accessoire.

4° Théorie de l'abstinence. — Mac Culloch, Gauwès, Senior, Bastiat, Gourc<ille-Seneuil*, etc., ont développé la théorie de l'abstinence suivant laquelle l'intérêt serait une prime accordée au sacrifice que s'impose le prêteur en se dessaisissant momentanément de son capital.

Si les défenseurs de cette opinion entendent par « prime d'abstinence » la compensation pour le dommage subi par le prêteur en abandonnant un capital virtuellement productif, ils sont dans le vrai ; mais il faut avouer que cette expression est fort mal choisie et donne belle prise àl'épigramme,

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