I. Op. cit., p
a. Les Bourses du travail, p. 173.
638 l'ordre économique
constaté des faits navrants : des ouvriers entassés dans des réduits immondes, travaillant quinze et dix-sept heures par jours et plus, pour un salaire de huit, dix ou douze pences, nourris de pommes de terre en quantité insuffisante et de thé^ D'ailleurs le sweating-system n'est pas un produit exclusivement anglais, il est répandu en Allemagne et en Autriche. M. du Maroussem, dans ses beaux travaux, en ^ démontré l'existence à Paris ^
En France les statistiques, datant de quelques années, donnaient i 565 ooo ouvriers à domicile ; pour Paris seulement aSo ooo. Il y a dix ans encore, on calculait, que les dépenses du budget d'une ouvrière parisienne ne pouvaient guère s'abaisser au dessous de 85o francs par an, quelles que fussent les économies réalisées. Et la plupart des travailleuses à domicile, au prix de quinze heures de peine, arrivaient à gagner i fr. 25 à i fr. 5o par jour, soit 45o francs par an, s'il n'y avait pas de chômage. Dans tout le quartier de Belleville on ne signalait pas une seule ouvrière de la lingerie ordinaire qui obtînt plus de vingt à vingt-deux sous de salaire pour treize heures de travail.
Il y avait là une monstruosité sociale, une tare honteuse pour la société qui l'e ndure. Les conséquences immorales en sont évidentes, à la vingtième session du Conseil supérieur du travail en uoY erahvQ 1910, on a fait connaître ce résultat que, dans l'industrie parisienne de la lingerie ordinaire 80 p. 100 des jeunes filles et 3o p. 100 des femmes mariés se livraient à la prostitution.
La guerre, en bouleversant les conditions de l'existence, en amenant une hausse générale des salaires, a évidemment changé les anciens tarifs du travail à domicile mais il faut songer que le coût de la vie a également triplé et ne pas croire que tout est fait pour la suppression du mal.
Avant la guerre d'ailleurs on était entré, dans la voie des
I. Conf. Mrs Sidney Webb (Béatrice Potteb), Comment en finir avec le Sweating- Syttem (Rec d'écon. polit., iSgS, p. 962, seq.).
». Le Système parixien de l' industrie du meuble et le Sweating-System [Revue d'écon. polit., 189a, p. Sôg, seq.) ; — L'Industrie du jouet à Paris et le Sweating- ■St/stem (Réforme sociale, 12 avril 1898, p. Sga) ; — Les Ebénistes du faubourg Saint- Antoine ; — C. Benoist, Les ouvrières de l'aiguille à Paris. Paris, Chailley ; — G. Mény, Le travail à domicile. Paris, Rivière, 1910 ; — P. Boyaval, La lutte contre le Sweating-Syste-m. Paris, Alcan, 191 1.
remèdes législatifs. Plusieurs nations avaient inscrit la lutte contre le sweating-s^stem au programme des campagnes urgentes ou déjà timidement commencées.
En France, les catholiques sociaux, les Ligues sociales d'acheteurs ont été des premiers à demander les réformes. Toute cette agitation pour une juste cause a fini par aboutir à la loi du lo juillet igiS.
Cette loi ne s'applique qu'aux catégories rentrant dans l'industrie du vêtement.
Des conseils du travail ou des comités de salaires régionaux fixent un salaire minimum. La rémunération, pour un travail normal de dix heures, d'une ouvrière à domicile ne peut pas être inférieure aux prix de .Taçon ainsi déterminés.
Vu l'époque récente où fut votée cette loi et surtout toutes les crises qui ont agité le monde depuis lors, il est difficile de dégager nettement les résultats.
L'Angleterre qui, cinq ans plus tôt, a fixé un minimum de salaire pour certaines industries à domicile, pourrait nous fournir les leçons d'une plus longue expérience. Les prix de confection, avant la guerre, s'y étaient relevés, mais là encore l'expérience était de date trop récente pour être pleinement décisive.
Quoi qu'il en soit, devant l'étendue et la gravité du mal, devant l'impossibilité pour les travailleurs à domicile, du fait de leur isolement même, d'assurer leur défense efficace, il appartenait sûrement au législateur de prendre en mains leur cause. Et, même si les gestes de protection n'ont pas encore toute la portée requise, il est utile qu'ils aient été esquissés.
AaTicLB 5. — Variations des salaires.
Quelle que soit la forme qu'il revêt, le salaire est susceptible de nombreuses variations, soit dans une même profession, soit dans les divers métiers.
Salaire courant. — En fait, il existe, dans un pays, pour un même métier et une même espèce de travail, un taux déterminé de salaire : c'est le prix courant du travail, le salaire
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courant; il oscille entre le salaire maximal et le salaire minimal. Quels sont les facteurs qui influent sur le taux du salaire courant. Le travail, comme nous l'avons démontré, a une valeur économique; il se rapproche, en effet, des biens économiques réels sans être toutefois une marchandise dans le sens précis de ce mot. Dès lors, les éléments qui déterminent les variations de la valeur, l'utilité et la difficulté d'acquisition, devront exercer leur influence sur le salaire prix du travail. Lorsqu'il s'agit du travail, l'utilité et la rareté (difficulté d'acquisition) sont déterminées parla productivité du travail et la loi de l'offre et de la demande. En résumé, le salaire est prélevé sur le produit brut obtenu par l'entrepreneur, lequel trouve son bénéfice dans la différence entre la valeur du produit brut et celle des frais de production. Si donc l'ouvrier produit davantage, l'employeur pourra affecter aux salaires une somme plus considérable. 11 ne saurait exister de doute à cet égard; les salaires sont pris sur b^s résultats de la production, et non sur la fortune du patron. Toutefois il importe de remarquer que la productivité du travail n'est pas le seul facteur, ni même le plus important, de la hausse et de la baisse des salaires.
La loi de l'offre et de la demande. — Nous sommes bien loin de soutenir que les salaires sont régis fatalement par la prétendue loi naturelle de l'offre et de la demande ; mais il n'en est pas. moins vrai qu'en fait, dans l'état actuel de l'industrie, l'oflre et la demande agissent sur le taux du salaire nominal. La demande est représentée par la quantité du travail d'une espèce déterminée exigée à une époque donnée par les entrepreneurs; l'offre correspond au nombre d'ouvriers en quête de ce genre particulier de travail. Par exemple l'industrie de la filature se développe dans le département du Nord : les filatures ont besoin de plus d'ouvriers et offrent un salaire plus élevé. La peinture sur porcelaine ou sur verre rapportait d'assez bons salaires; un grand nombre de personnes, de femmes surtout, apprenant le métier, le taux du salaire nominal diminue. Ces fluctuations, pourvu qu'elles aient lieu entre les limites du salaire équitable, n'ont rien que de parfaitement légitime. Est-ce la loi de l'offre et de la demande qui engendre l'inégalité des salaires
dans Ifis 'lifférents emplois.^ Ndus iie le pensons pas. Dans les eiii[)lois faciles il y a beaucoup de concurrents, et les salaires sont relativement peu élevés. Fort bien; mais les salaires sont peu élevés à cause de la facilité des travaux à exécuter, et non par le seul tait de la concurrence.
Plusieurs économistes pensent que la concurrence tend à égaliser les salaires dans les diflérentes professions. Nous ne pouvons partager leur avis. Les raisons par lesquelles nous avons démontré, dans un chapitre précédent, que la loi de l'égalité des profits était une illusion, s'étendent, en effet, au salaire de l'ouvrier. D'ailleurs, l'expérience montre, d'une manière péremptoire, l'inégalité persistante des salaires dans les diverses professions. « Les bras ne se déplacent pas comme les liquides », dit M. Emile de Laveleye^ ; et les recherches de Cliffe Leslie ont établi que de grandes différences dans le taux des salaires subsistent dans la même industrie d'une localité à une autre-.
Diversité des salaires dans différentes professions. —
Voi(;i les principales causes des inégalités professionnelles au point de vue des salaires.
1° L apprentissage Long et coûteux. — Le salaire doit, en effet, contenir l'amortissement des sommes dépensées pour l'apprentissage. Dans ce cas se trouvent les horlogers, bijoutiers, imprimeurs;
2" Les risques ou les inconvénients d'un genre particulier de travail. — Les mineurs qui s'exposent àde grands dangers, dont la vie se passe dans les galeries souterraines, devront rationnellement être plus payés que les cultivateurs, qui travaillent avec sécurité, dans un milieu salubre et à la lumière du soleil ;
3° La répulsion^ le dégoût qu'inspirent certaines professions ne sont souvent combattus que par l'appât d'un salaire relativement élevé ;
4° V estime ou la déchéance sociale qui s'attache à l'exercice de certaines professions, On a fait justement remarquer