I. Elude sur Lesiie {Revue des Deux Mondes, i" avril r88i
a. V. GosiE, Nouvel exposé d'économie politique, p. 275, seq. ; — Cb. Gr.vî), Programme socialiste et Statistique professionnelle [Revue des Deux Mondes, i" novembre ifc87); — Zlckebk \SDL, Revue d'econ. ptlU., i>94, p. 2S7.
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que le traitement de l'exécuteur des hautes œuvres était hors de proportion avec son office, qui ne demande plus ni force ni adresse particulière, et qui, grâce à Dieu, a de fréquents chômages. A l'inverse, les professions libérales, magistrature, enseignement, paraîtront faiblement rétribuées; et cela s'explique moins par lattrait que ces professions présentent que par la considération dont elles sont entourées;
5* Les chômages réguliers ou mortes-saisons. — Car alors le salaire touché pendant le temps du travail doit compenser les pertes subies par le chômage;
6° La confiance et la responsabilité nécessaires dans certaines professions, déterminent souvent une élévation du salaire. — Le mécanicien d'un train de chemin de fer, auquel tant d'existences sont confiées, doit être choisi parmi les ouvriers mécaniciens qui présentent les plus grandes garanties de moralité et d'intelligence.
Cependant, en érigeant ces observations en lois absolues, on s'exposerait à être souvent démenti par les faits. Il peut se présenter des cas où ces circonstances n'agissent pas, ou sont neutralisés par des faits concomitants. Parmi ces faits, le principal est la coutume.
La coutume. — La coutume, ou, si l'on veut, la Foutine, a
une influence incontestable sur les salaires. Parfois l'usage seul les fixe. Ainsi, parmi les moissonneurs, à une certaine époque de Tannée, le cultivateur loue les ouvriers dont il a besoin, leur fixe approximativement leur tâche, et, sauf convention contraire, le tarif des années passées esttacitemenl accepté. Pour les salaires industriels, il y a quelque chose d'analoo-ue, et l'on voit souvent, en France, des différences entre les prix dans deux départements limitrophes, dont la situation économique est cependant identique. Dans le même département, quelquefois dans le même canton, à quelques kilomètres de distance, les salaires, payés dans deux cop\munes voisines varient dans la proportion d'un quart, voire même d'un tiers ; si l'on rechercha, l'explication de cette anomalie, on pourra reconnaître qu'elle provient de la coutume. C'est encore par un effet de la coutume que, souvent, les salaires ne diminuent pas en temps de chômafi:e et de
grève, les ouvriers préférant conserver les mêmes tarifs, sauf à diminuer le nombre des jours ou des heures de travail. Ce fait a été mis en lumière par un grand nombre de dépo sitions faites devant la Commission d'enquête instituée par la Chambre des députés en 1884 *•
Tout ce que nous venons de dire s'applique au salaire noniinal ; mais, s'il est assez indifférent à l'ouvrier que son salaire nominal en argent augmente de quelques centimes, il lui importe grandement que son salaire effectif soit élevé. La valeur du salaire réel dépend évidemment de la puissance d'achat de l'argent et, par conséquent, du coût de la vie Dès lors toutes les causes qui diminueront le prix des objets nécessaires à la subsistance de l'ouvrier, — le logement, le pain, la viande, l'habillement, — feront monter le salaire réel. Le sort de l'ouvrier est donc lié à la situation économique générale du pays, et d'une manière toute spéciale, au relèvement de l'agriculture.
Parmi les conditions qui peuvent influer sur le prix des subsistances et le coût de la vie, il en est une qui a donné lieu, parmi les philosophes et les économistes, à de vives controverses ; c'est le mouvement de la population.
Aaticle 6. — Salaire et population.
Théorie de Malthus. — La thèse du salaire naturel, telle qu'elle est exposée et défendue par l'école anglaise, est en relation étroite avec l'augmentation ou la diminution de la population ouvrière. Ricardo ne démontre-t-il pas l'existence du salaire minimum naturel en s'appuyant sur les lois de la population établies par Malthus? Ce sont ces lois que nous allons faire connaître.
Malthus développe ses idées et la théorie qui porte son nom dans un livre intitulé : Essai sur le principe de population. Le but qu'il se propose est de rechercher les causes principales de la pauvreté et les moyens d'y porter remède, et il arrive à cette conclusion que la grande cause de la
I. Commission et enquête sur la situation des ouvrier» et de$ industrie* d'arts p. ia4, i56, 3ia, etc.
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misère d'un peuple provient de l'excès de population par rapport aux moyens d'existence : « Nous pouvons, dit l'auteur, tenir pour certain que, lorsque la population n'est arrêtée par aucun obstacle, elle va doublant tous les vingtcinq ans et croît de période en période, suivant une progression géométrique^ » Et plus loin : « Les moyens de ■subsistance dans les conditions les plus favorables à l'industrie ne peuvent jamais augmenter plus rapidement que suivantune progression arithmétique^. » Telle est la fameuse loi de Malthus ; et, dans cette disproportion entre la fécondité du genre humain et l'augmentation des subsistances, l'écrivain anglais croit découvrir la cause véritable et permanente de la pauvreté.
Ayant signalé le mal de Vover-population, Malthus cherche le remède. Deux obstacles généraux s'opposent à la multiplication indéfinie des hommes : il les appelle l'obstacle préventif et l'obstacle répressif. Le premier tarit dans sa source la génération humaine ; le second comprend l'ensemble des causes naturelles ou accidentelles qui font périr un certain nombre d'hommes. La population ne pouvant être contenue au-dessous de sa tendance physiologique que pa le défaut de naissances ou l'accroissement de décès, cette division bipartite est adéquate.
Les hommes ne pouvant user des moyens répressifs pour opposer une digue au flot montant de la population, le seul remède contre la misère est donc, d'après Malthus, la réduction du nombre des naissances parmi les pauvres. A cet effet, l'auteur pose les règles suivantes : i^a C'est, dit-il. le ievoir de tout individu de l'espèce humaine de ne songer au mariage que lorsqu'il a de quoi subvenir aux besoins de sa progéniture 8 » ; ce devoir, c'est l'obligation du célibat pour le pauvre, la contrainte morale, moral restraint * ; — a° « il faut abolir toutes les institutions qui favorisent l'ac-
I Essai, p. 8.
a. Ibid., p. 10. — Malthus exprimait sor Uée son» celte forme mathématique ;
Progression de la population : i, a, 4, 8, 16, Sa, 64, 128...
Progression des subsistances : i, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8..,