Nouveaux principe», l. 11, liv. VII, ch. m, p
nication soient développés. Or il résulte des recherches de la démographie et de la géographie que, d'une part, la densité moyenne de la population sur la terre est très faible, et que, d'autre part, il existe une immense étendue de terres fertiles qui attendent le travail de l'homme. Citons le Brésil, l'Afrique centrale, la Sibérie, l'Amérique méridionale, Bornéo, la Roumanie, etc. Quant à la facilité de communication, elle ne cesse de s'accroître de jour en jour.
En réalité, ce qui manque, ce ne sont pas les produits de la terre, mais c'est leur équitable distribution. Les vivres abondent sur le marché, dans les entrepôts et les docks. Mais ce qui fait défaut au malheureux, c'est l'argent pour se les procurer. « Au lieu de rêver de théories creuses, conclut le P. Liberatore, et de proposer des remèdes antinaturels éternels, dirigez donc vos considérations vers une équitable répartition de la richesse et une juste rémunération du travail -. »
Critique du principe de la contrainte morale. — Que tout homme, riche ou pauvre, avant d'entrer dans l'état de mariage, doive considérer s'il a au moins une espérance fondée de pouvoir soutenir les charges d'une famille, c'est là une de ces bonnes vérités que personne ne met en doute. Pas n'était besoin du livre de Malthus pour la révéler au monde savant.
Mais transformer cette règle de prudence en obligation rigoureuse, en devoir impérieux, voilà qui dépasse les bornes. L'obligation de justice suppose un droit. Or, je vous le demande, quel droit le pauvre viole-t-il en se mariant ? Le droit de l'épouse ? Mais n'a-t-elle pas librement consenti au mariage et à toutes ses conséquences légitimes ? Le droit de l'enfant ? Mais cet enfant possible n'a que des droits possibles, lesquels ne détruisent pas les droits existants. D'ailleurs, même en tenant compte du droit de cet enfant hypothétique, lorsque vous condamnez le pauvre au célibat forcé, vous commettez aussi une injustice à l'égard de l'enfant,
i.Van der Smxssen, -tes Loi» de Malthus [Revue de» que^stions scient., octo» bre 1891, p. 468, seq.) ; — Bertheau, Eisai sur les lois de la population, cb. jvx.
648 l'ordre économique
puisque vous lui enlevez le droit de jouir d'iuie existence immortelle et bienheureuse, et, par conséquent, enviable, fût-elle achetée au prix de la souffrance et de la iiiisèrp^
Les disciples de Malthus ont tiré toutes les conséquences des doctrines du maître. Le plus grand des maux est la pauvreté, et, pour l'éviter, les personnes mariées doivent limiter les naissances. Mais, à cette fin, la contrainte morale est évidemment insuffisante, puisqu'elle se borne unicpiement à retarder les mariages. Voilà pourquoi Sismondi* étend la contrainte morale aux personnes mariées, et cela au nom de la morale religieuse, La plupart des mallhtisieiis, connaissant mieux la faiblesse humaine, déclarent (jue la continence conjugale est pratiquement impossible. Stuart- Mill, Garnier ^ Dunoyer ', prêchent ouvei-tenient la prévoyance conjugale, la stérilité syslémati(|ue du mariage, la limitation volontaire de la fécondité! Remar^pie/ que Dunoyer était membre de l'Institut (section des sciences /worr/Ze^ et politiques). M. Thiers, dans son livre L« Propriété, exècre cette pralique comme un crime contre nature ; mais, s'il faut en croire Garnier, en ce point, la brillante intelligence du savant écrivain a subi une éclipse partielle !
L'on répond que Malthus fait appel à la vertu pour la pratique de la moral restraint. Mais quelle est cette vertu? Il est vrai que, nulle part dans ses écrits, Malthus ne fait allusion pour la moral restraint k des prati(|ues condamnées par la loi morale; mais enfin quelle est cette vertu «'ont il parle ?
C'est le sensualisme. Tout repose, dans cette doctrine, sur l'amour du bien-être *.
Pour l'inculquer aux masses, il faut leur faire connaître les douceurs du bien-être ; il faut s'efforcer de répandre dans toutes les classes le luxe, « non un luxe excessif chez un petit nombre de personnes, mais ce luxe modéré qui est utile soit au bonheur, soit à la richesse. Si l'on accorde qu'en toute société qui n'est pas à l'état de colonie nouvelle, il faut absolument que quelque obstacle puissant soit mis en