‹ Cours d'économie socialeChapitre 26 sur 310 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Toute connaissaQce scientifique part d'une définition pour aboutir à une définition. La première, qui précède et dirige la recherche scientifique, a pour but de préciser, de fixer, de déterminer l'objet : c'est la définition n&mmale. La seconde, terme et résultat de Frnvestigation, fait connaître la nature et les principales propriétés de cet objet; c'est la définition réelle. I>e l'a cette conclusion : la définition no^minale est à l'abri des controverses; la défi^nition réelle, fruit de la démonstration, a la même valeur que ïe raisonnement dont elle est le terme. Appliquons ces considéraEions au sujet qui nous occupe.

Définir la société politique an commencement d'un chapitre où nous cherchons les fonctions, les droits et les devoirs de la société, par ces fonctions, droits et dévoilas; affirmer dès maintenant que celle-ci a pour fin caractéristique so-it la prospérité temporelle, soit la sécurité de ses mem-bres:, ce serait tomber dans un sophisme manifeste. Pour éviteF cet écueil, prenons comme point de départ la définition wo'minale delà société civile. Quel est le sens universellement admis de ce mot société civile? La France, la Belgique, la Suisse, l'Angleterre sont des sociétés politiques — des Etats — nettement caractérisés : comparons-les avec îes autres sociétés existantes, sociétés commerciales^ industrielles^ littéraires ou artistiques, et nous reconnaitrons sans peine trois éléments distinctifs, trois traits communs à la société poili-

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tique : une masse plus ou moins grande d'hommes divisée en familles, une autorité suprême universellement obéie, l'indépendance vis-à-vis des autres groupes semblables. Ajoutons que ces familles vivent sur un territoire commun, et nous pourrons donner de la société civile cette définition nominale : on appelle société politique ou Etat la réunion des familles formant, sur un territoire commun, un groupe indépendant et soumises à une autorité suprême ^.

Ce fondement posé, après avoir rappelé les principes généraux communs à toute société, nous établirons l'origine naturelle de la société civile. A cette origine correspond une fin naturelle. Quelle est-elle? Quels sont les droits qui en découlent? Nous terminerons cette étude par la réponse à quelques objections soulevées contre la théorie que nous défendons.

Article I. — La Société en général.

De la Société en général "• — Plusieurs hommes, unissant d'une manière permanente leurs efforts, pour obtenir par une action collective un bien commun, constituent une société. Gomme il s'agit ici de la notion de société dans un sens rigoureux et précis, nous passons sous silence les sociétés des êtres inférieurs à l'homme, des animaux qui, privés d'intelligence et de liberté, sont incapables de posséder la connaissance de la fin ou de combiner, d'une manière réfléchie, leurs actions pour parvenir à cette fin. « A un être raisonnable, nous dit saint Thomas, il appartient de tendre à une fin, en se mouvant et dirigeant vers cette fin; les êtres privés de raison doivent être mus et dirigés vers leur fin par un autre ^. »

Si c'est par une occasion fortuite que plusieurs personnes travaillent en vue d'un même but, elles ne sont assurément point pour cela unies par un véritable lien social. Dira-t-on que trois hommes, aidant à sortir de l'eau un malheureux qui se noie, forment une société? Il paraît donc nécessaire que

I. Y. Cep£DA, Éléments de droit naturel, p. Sgg, seq. ; — de Pascu., Philosophie morale et sociale, p. aaS, seq. — Périn, les Lois de la socisié chrétienne^ t. I, p. 339 ; — Castelein, Droit naturel, igoS.

a. Gonf. Henri Michel, tldée de fÉtat.

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