I. V. Vermeeesch, Quxsiiones de Justiiia
€84 l'ordre économique
de l'obligation de stricte justice en reviennent à leur argument.
Suivant l'ordre providentiel, l'ouvrier doit appliquer son salaire à l'entretien de sa famille ; en outre, l'ordre social naturel exige que le père de famille trouve dans son travail la subsistance de sa famille. Rien de plus juste. Mais de là il ne résulte pas que la valeur objective des forces de l'ouvrier dans le contrat de salaire ait pour équivalent la subsistance de la famille.
Toutefois, du principe énoncé ils concluent que le bien commun de la société et Tordre social exigent que, généralement, le salaire du travailleur soit suffisant pour l'entretien de la famille ouvrière. Si nous nous rallions à cette opinion, nous dirons donc que le salaire familial ressortit à la justice sociale et non à la justice contractuelle et commutative^ C'est aussi l'opinion de M. l'abbé de Gryse* et de M. Talamo*. Mais alors, et dans cette thèse, surgit une question nouvelle. Si le salaire familial n'est pas dû comme le juste paiement de la force-travail elle-même, comme la rétribution strictement équivalente à la tâche moyenne fournie par un adulte, mais seulement en raison du bien social à garantir, il faut se demander quel salaire familial doit être en cause, lequel paraît le mieux en mesure de servir l'intérêt social. Sera-ce le salaire familial absolu^ celui qui serait payé à tout adulte, marié ou non, père de famille ou sans enfants? Sera-ce, au contraire, le salaire familial reZaii/ c'est-à-dire proportionné au nombre des enfants.?
Longtemps on a cru devoir se prononcer pour le premier Sinon, disait-on, ce serait la défaveur pour les ouvriers chargés de famille et la mesure se retournerait contre son but. L'employeur ferait souvent en sorte de ne garder que des célibataires pour réduire ses frais de main-d'œuvre. Et le bien commun exigeait donc le salaire familial absolu qui, payé à tout adulte, lui permet de fonder et d'entretenir, à son gré, une famille et n'établit pas de différence, au point d vue du patron, entre les situations des employés.
t. y. La Ciciltà, 3 juin iSgS, p. SgS.
a. De contracta conductionis.