‹ Cours d'économie socialeChapitre 266 sur 310 · Reuitta int^rnazionale, février 1896, p. 21t · texte numérisé non relu

Reuitta int^rnazionale, février 1896, p. 21t

Seulement plusieurs contestent maintenant la valeur de cet argument. Us font remarquer qu'à ce compte un célibataire, loin d'économiser pour l'avenir, haussera toujours ses exigences avec ses besoins factices, qu'un ménage volontairement stérile, employé dans une usine, touchera deux fois le salaire familial et comme une prime à son égoïsme, tandis que le père de famille recevra moins pour des charges plus lourdes.

Et quant au danger de voir éliminer les pères de famille si l'on réclame, en leur faveur, le salaire familial relatifs en laissant les autres ouvriers au salaire normal individuel, on peut le conjurer et on a déjà commencé à le faire, par le sursalaire tel qu'il fonctionne en plusieurs régions de France 'et par les caisses de compensation \

Le sursalaire. — Dans l'ordre économique actuel, certaines entreprises versent à leurs ouvriers chargés de familles, un supplément suivant une proportion calculée sur ces charges.

Ces sursalaires (gardons le nom, bien qu'il prête à plus d'une objection) constituent une mesure excellente, dans les circonstances présentes ils sont peut-être la seule qui concilie les nécessités de la production avec celles de la famille et de la société : ces primes aux foyers chargés d'enfants n'ont pourtant pas encore la généralité et l'ampleur du salaire familial proprement dit.

Les sursalaires deviennentcependant de plus en plus habituels. En Dauphiné, dans le Nord, en Normandie... ils constituent déjà de véritables institutions. D'abord quelques patrons dauphinois (c'est dans cette région que les premiers essais furent tentés) donnaient à la famille comprenant un ou plusieurs enfants une rétribution supplémentaire. Ensuite, pour établir la mesure sur une base plus large et proscrire toute velléité de favoriser les célibataires au détriment des pères de familles plus onéreux pour l'entreprise, les patrons associés fondèrent une caisse régionale de compensation.

Chaque entreprise verse à cette caisse une somme fixe par ouvrier employé (marié ou non) et c'est ensuite la caisse qui

I. Voir, à ce sujet, la conféreoce de il. Deschamps, à la Semaine sociale d* Caen, igao.

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répartit les sursalaires entre toutes les familles, dans les usines ainsi associées, proportionnellement au nombre des enfants.

A la Semaine sociale de Caen (août 1920), M. Deslandres signalait que les caisses de compensation existantes payaient déjà des sursalaires pour plusieurs millions de francs, chaque année, et faisait voir que l'institution, dont l'importance gagne chaque jour, a une véritable portée sociale.

Abticle 6. — Le salaire et les conditions des ouvriers.

De la hausse ou de la baisse des salaires. — Le salaire réel, celui qui importe principalement à l'ouvrier, est-il dans' une période de hausse ou de baisse ? L'ordre économique actuel est-il à l'avantage ou au désavantage de la classe ouvrière? Telle est la question débattue entre l'économie classique et le socialisme. A ce problème vital les socialistes apportent une solution pessimiste» * les économistes orthodoxes une solution optimiste. Les uns et les autres, nous espérons le démontrer, s'écartent de la véritable solution.

Théorie pessimiste des socialistes. — K. Marx a cru établir cet axiome fondamental du collectivisme moderne : Le résultat fatal de V ordre économique actuel est que les pauvres deviennent plus pauvres et les riches plus riches. Rodbertus prétendait prouver cette loi par le fait de la réduction incessante des salaires. A l'heure actuelle et avec les bouleversements économiques amenés par la guerre, il est extrêmement difficile de dégager des données précises du chaos. Les salaires ont monté dans des proportions considérables, la chose est sûre : mais tandis que certains s'élevaient audessus de la normale, d'autres ont été distancés, et de beaucoup, par la cherté croissante de la vie.

Surtout les années présentes forment une période de crise sur lacjuelle ne saurait s'établir une conclusion définitive. Un fait reste qui, bien avant la guerre, était déjà notable. Il est certain que beaucoup de produits qui étaient, il y a une centaine d'années, des objets de luxe pour les ouvriers, sont devenus aujourd'hui à peu près indispensables ; le pain

de froment au lieu de pain de seigle, un peu de viande, un peu de vin ou d'eau-de-vie, des vêtements meilleurs, des souliers remplaçant les sabots. Le standard of comfovt de la classe ouvrière s'est donc relevé eî, en cela, il y a une amélioration réelle, je ne dis pas suffisante.

Théorie optimiste. — A la théorie socialiste pleine de désespérance, l'école classique oppose une théorie optimiste dont voici la formule :

L ordre économique actuel tend a égaliser les conditions y c'est-à-dire à rendre les riches moins riches et les pauvres moins pauvres. Voici en quels termes M. P. Leroy-Beaulieu termine son Essai sur la répartition des richesses, consacre tout entier à mettre en lumière cette vue optimiste de la question ouvrière : « Ou nous nous trompons fort, dit le directeur de V Economiste français, ou les faits exposés dans le cours de cet ouvrage sont démonstratifs et péremptoires. Les sociétés civilisées, surtout les vieilles sociétés européennes, s'avancent vers un état où les richesses seront beaucoup moins inégalement réparties que dans le présent, quoique l'imagination grossisse outre mesure les inégalités de la répartition actuelle... De tout ce qui précède, il résulte que ce que l'on appelle la question sociale se résout d'ellemême, autant du moins qu'elle est résoluble, peu à peu, par parcelles, avec la simple collaboration du temps, du capital, de l'instruction, de la liberté, de la philanthropie, de la charité aussi, que beaucoup d'économistes traitent trop sévèrement et que nous ne dédaignons pas *. » M. Claudio Jannet se place à un point de vue semblable *.

Démonstration par le raisonnement. — Pour démontrer cette loi bienfaisante, M. Yves Guyot* s'appuie sur la loi bien connus^ de Bastiat : «A mesure que les capitaux s'accroissent, la part absolue des capitalistes dans les produits totaux augmente, et leur part relative diminue. Au contraire, les travailleurs voient augmenter leur part dans les deux sens. »

1. Essai sur la répartilion des richesses, ch. xx, p. 544, 35 2.

2. Le Socialisme d Etat, ch. 1; — Le Capital, ch. i, § IV, VIII.

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