‹ Cours d'économie socialeChapitre 268 sur 310 · I. Harmonies économiquei, VII, p. 249- %. Op. cit., p. aSa · texte numérisé non relu

I. Harmonies économiquei, VII, p. 249- %. Op. cit., p. aSa

car le travail mécanique peut remplacer le travail manuel;

2* De plus, il faut considérer non seulement l'augmentation de la part qui revient au travail, mais surtout le rapport de cette somme au nombre de travailleurs. Par exemple, un industriel double le chiffre de sa production : d'après la loi de Bastiat, le capital a une part de 4o p. loo, le travail une part de 60 p. 100 du produit total. 11 est clair que si le nombre des ouvriers augmente dans la proportion de 2 1/2 à 3 p. 100, la part de chacun n'aura point subi d'accroissement ;

3° La base de la démonstration de Bastiat manque de solidité : pour obtenir la part relative du capital correspondant aux accroissements successifs des produits totaux, il faut supposer que le produit total varie proportionnellement au montant des capitaux successivement engagés dans la même entreprise. — Or cette hypothèse est purement gratuite. Il peut arriver, en effet, que le produit total, tout en s'accroissant, n'augmente pas en proportion du surcroît de capital que cet accroissement exige, mais dans une proportion moindre répondant à la baisse de l'intérêt. Celui qui emprunte à un intérêt plus bas peut, en effet, consacrer une somme plus forte à un accroissement déterminé de son produit. C'est ce qui peut avoir lieu pour les capitaux qu'on applique, soit à la terre afin de la rendre plus productive, soit encore à l'exploitation de mines dont le rendement diminue. Il n'est même pas impossible que la partdes travailleurs reste constante, tandis que celle du capital augmente. L'intérêt tombant de 4 à 2 p. 100, on pourra, sans augmenter le salaire des ouvriers, emprunter le capital nécessaire pour entreprendre des travaux ne rapportant que 3 p. too.

La seconde partie de la démonstration de Bastiat n'a pas besoin de réfutation. On sait, en, effet, que par des conversions successives l'intérêt de certains fonds d'Etat a baissé de 6 à 3 p. 100, sans que le capitaliste, « pour augmenter ses rentes, ait eu besoin de manger la moitié de son capital ».

Résumons : soutenir que la tendance à l'égalité des conditions est liée à des lois économiques fatales ou providentielles, c'est poursuivre une illusion. La condition des ouvriers et celle des patrons dépendent, en réalité, d'éléments complexes qui appartiennent à l'ordre religieux, moral,

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économique et politique*. D'ailleurs les lois économiques, sur lesquelles s'appuient la prétendue hausse régulière des salaires et la tendance à une moins grande inégalité des conditions, dépendent de facteurs mobiles et contingents ; elles indiquent ce qui arriverait et non ce qui arrivera ^ elles déterminent ce que deviendrait la fonction de la hausse des salaires en supposant certaines quantités variables d'une manière continue, lorsque d'autres demeurent constantes. Mais, entre cette rigidité mathématique et la flexibilité de l'ordre moral réel, il y a un abîme que ne comblent pas les hypothèses ou les espérances des théoriciens. Remarquons encore que les salaires élevés n'amènent pas nécessairement une dimunition des profits; car l'industrie, «n Amérique, et en Angleterre, joint des salaires élevés à des profits considérables.

Mais c'est principalement sur les faits que les économistes à tendances libérales prétendent s'appuj'er pour établir leur théorie optimiste.. Essayons de les suivre sur ce terrain.

Méthode d'évaluation du salaire réel. — Pour évaluer le salaire réel et ses variations pendant une période de temps déterminée, deux méthodes se présentent : 1° la méthode des statistiques ; 2° la méthode des budgets.

Dans la méthode des statistiques, on dresse un double tableau du salaire nominal moyen et du prix des principales denrées ; de plus, on recherche suivant quels coefficients ces dépenses entrent dans le budget moyen dune famille ouvrière. En comparant les recettes aux dépenses, il sera possible de se rendre compte de la condition matérielle des ouvriers et des inégalités de rénuraération effective.

La seconde méthode d'investigation consiste à dresser, par l'observation directe, un grand nombre de budgets de familles ouvrières. A cet effet, on détermine le salaire réellement perçu (après défalcation des jours de chômage ou de maladie) ; on évalue les dépenses hebdomadaires, auxquelles on ajoute les dépenses annuelles (loyer, habillement, contributions, etc.). 11 suffit alors de faire la balance. Il est évident qu'en faisant l'inventaire de ce que possèdent les

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