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fnmîîles sur lesquelles porte l'enquête, et en déterminant leur consommation, on peut avoir une idée exacte du degré de bien-être dont elles jouissent.
Critique de ces méthodes. — Méthode des statistiques. — La méthode des statistiques, telle qu'elle a été employée jusqu'à présent, peut indiquer les grandes ligaes de variation des salaires, faire découvrir des relations approximatives entre les salaires nominaux où les salaires réels, à différentes époques ou différents lieux; mais elle est incapable de donner exactement la vraie condition matérielle de l'ouvrier. Cette méthode est, en effet, soumise à de nombreuses causes d'erreurs.
1** Il est très difficile d'obtenir, surtout par les enquêtes officielles, les chiffres exacts des salaires : les patrons donnent des taux trop élevés, les ouvriers des évaluations trop faibles. Les économistes, depuis M. Schoriberg jusqu'à M. d'Haussonville, se plaignent de rinsuffisanre des docu-* ments officiels ;
2* En comptant dans un budget de faniilie ouvrière 3oo jours de salaire, on est, la plupart du temps, en dehors de la réalité ; les chômages, réguliers ou accidentels, les maladies, diminuent souvent, dans une proportion notable, le revenu annuel de l'ouvrier ;
3* Le salaire nominal est souvent déprimé par le marchandage, la matière ou les outils à fournir, les malfaçons et les amendes ;
4" Le coût de la vie est extrêmement variable de pays à pays, de département à département, ou môme dans diverses localités d'un département;
5° Le prix des denrées est calculé d'après les mercuriales et les tarifs en gros. Or il y a, entre les prix du gros et celui du détail, un écart qui s'élève parfois jusqu'à loo ou i5o p. 100. — Le prix des subsistances ne tient pas compte de leur qualité ; si le prix d'un objet usuel est deux fois plus faible, mais l'objet quatre fois moins durable, il est bien clair que le bon marché n'est qu'apparent. — Remarquons que certains articles de consommation sont estimés pa* l'économie optimiste en dessous de leur valeur courante, par exemple le loyer ;
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6* Enfin, et ceci est le plus important, la moyenne arithmétique du salaire réel ainsi déterminée ne correspond pas à la situation moyenne des ouvriers. Un économiste a établi que la moyenne des salaires, à Paris, était jadis d'environ 5 francs, et que ce salaire, joint à la contribution de la femme, suffisait à l'entretien d'une famille ouvrière à Paris. Supposons le calcul irréprochable ; il serait resté à démontrer que le plus grand nombre des ouvriers à Paris recevait un salaire réel de 5 francs par jour, et que la femme pouvait trouver un salaire additionnel.
Méthode des enquêtes budgétaires. — Cette méthode consiste à dresser le budget des familles ouvrières en étudiant, par des monographies aussi exactes que possible, la situation économique de la famille ouvrière. Ces monographies ont été commencées par Le Play dans les Ouvriers européens, continuées par Reybaud^, ainsi que par les disciples de Le Play dans les Ouvriers des deux mondes '.
Mais ces monographies prises dans des professions très différentes, décrivant l'état économique de la famille dans les parties de l'Europe séparées par de grandes distances, des rives de la Lena au bord du Tage, ne peuvent donner des moyennes comparables. Conclurez-vous que le Sahara est un pays fertile, pour avoir pu faire la description très exacte et très minutieuse de quelques fraîches oasis, douées d'une luxuriante végétation ?
En outre, n'y a-t-il pas lieu de penser que l'auteur a choisi
I. M. Jean Lôskvitz a fait une critique très détaillée et victorieuse des documents et des conclusions optimistes contenus dans l'Essai sur la répartition de» richesses, de M. Paul Leroy-Beaulieu (V. cette excellente réfutation dans VAssoc. eath , t. XVI, XVII et XVIIt, i883 et 1884). M. Jdlin, secrétaire adjoint du Conseil supérieur de l'Industrie et du Travail en Belgique, a publié une série d'articles dans la Réforme sociale (3« série, t. IV, p. 557, 679 et ^56) pour démontrer que, depuis i8do, la condition des ouvriers s'était considérablement améliorée; ces conclusions optimistes ont été savamment discutées et solidement réfutées par M. BussouL, dans VAssoc. caih. (t. XXXV et XXXVI, iSgS). M. Van der Velde a contesté d'une manière formelle que les documents statistiques sur lesquels se fondait le travail de M. Julin suffisent à établir cette amélioration notable dans la classe ouvrière [Revue socialiste, avril i8y3, p. 439, seq.). Le savant économiste italien, M. Achille Loria, arrive à des conclusions diamétralement opposées à celles de M. Leroy-Beaulieu. Conf. Analisi délia proprielà capiUilista, p. 338, seq,
a. La Soie, le Coton, etc, ; Etudes sur le régime des manufactures.
3. Conf. Lavollée, Les Classes ouvrières en Europe. — MM. Chetsson et ToQuâ ont réooi en un volume les Budgets comparés de cent monographies de famille.
ses familles dans des conditions spéciales et parfois excep-* tionnelles de milieu social, en vue de vérifier expérimentalement ses idées sur la constitution de la famille?
Pour obvier à cet inconvénient, on a perfectionné la méthode en l'appliquant à la profession, je veux dire, en étudiant les conditions matérielles et morales de la famille considérée dans le milieu professionnel où elle vit. Si l'on choisit bien le sujet-type, connaître une famille, c'est en connaître plusieurs ; d'ailleurs, en étudiant avec soin plusieurs familles dans différents états de prospérité, on pourra se faire une idée exacte de la situation économique des ouvriers dans cette profession. La monographie professionnelle bien conduite ne méprise pas les statistiques générales, elle s'en inspire, elle les contrôle et les complète pai l'observation directe, elle les interprète avec discernement.
Cette méthode a dirigé les remarquables et consciencieux travaux de M. du Maroussem, ainsi que les nombreuses enquêtes présentées dans les Assemblées catholiques d'œuvres sociales à Lille, Reims, Paris, etc. C'est principalement sui ces documents que nous nous appuierons pour formuler nos conclusions.
La théorie optimiste de l'école classique contient deux affirmations : i" l'ordre économique actuellement en vigueur a pour effet nécessaire et infaillible d'améliorer la situation de la classe ouvrière; 2" il amène la décentralisation de la richesse en la divisant en un plus grand nombre de mains. Nous réservons l'examen de la seconde assertion au chapitre suivant ; nous examinons en ce moment quelle est, en réa lité, la situation matérielle des travailleurs.
Condition vraie des ouvriers. ^- Reportons-nous un peu en arrière. Il nous est impossible d'apporter, dans un traité élémentaire, tous les chiffres, toutes les statistiques, sur lesquels se basent nos affirmations *. Ce travail long et aride
I. Les documents qui permettent d'étudier la condition matérielle des ouvriers dans l'ancien et le nouveau monde, sont : Edw. Young, Labor in Europa and America ; — Carrol-Wright, First, Third and Sixth Report of the commissioners of labor. Le Report de 1891 donne de nombreux documents pour les industries métallurgiques et leurs dérivées ; — Atkinson, The Century Magazine, août 1887 (Bull, de Statist., 1887, t. II, p. aai, seq.) ; — D' Engel [Statistiques internatio.
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dépasserait de beaucoup les limites que nous sommes tracées ; nous nous contenterons de présenter le résultat de nos recherches.
La conclusion générale qui se dégageait, il y a vingt-cinq ans, d'une enquête impartiale sur là condition matérielle des ouvriers, c'était celle même de Léon XIII, à savoir : « que les hommes des classes inférieures sont pour la plupart dans une situation d'infortune et de misère imméritée * ».
Mais, direz-vous, quelle était donc la condition matérielle de l'ouvrier avant la Révolution française? Défions-nous de rillusion des contrastes î « La situation des travailleurs est moins mauvaise au jour présent qu'elle ne l'était il y a quarante ou cinquante ans. » On a répété cela sur tous les; tons : il faut ajouter cependant que le terme de comparaison! est une page douloureuse de l'histoire de l'industrie, la trans-^ formation du travail à la main en travail mécanique ayant euj pour effet immédiat de plonger dans une misère noire une* partie de la classe ouvrière.
Le bilan général ne se soldait donc pas naguère en faveur (les ouvriers; s'ils avaient gagné sur quelques points, ils avaient perdu sur d'autres et M. Brants, dans un tableau qui n'est pas pessimiste", pouvait établir ainsi les pertes et le. avantages des ouvriers depuis le commencement du XIX® siècle. N'oublions pas toutefois la remarque faite tout à l'heure sur le standard of comfort incontestablement ^augmenté dans l'ensemble.
nales dex salaires (Staiisticke Correspondem, 1878) ; — L'enquête anglaise da Doard of trade, reproduite dans le Bull, de Statist., 1889, t. I, p. 54 î — Giffbn, ibid., 1889, t. I. p. 655; — BoDio, Memorie, reaÀe Academia dei Lincei, 1891 ; — Les rapports publiés par le ministère des Affaires étrangères sur les conditions du travail à l'Etranger; — Barbeket, Le Travail en France, -Monographies professionnelles ; — MouEEAU, Salaires et Budgets en Belgique ; — Villey, La Question des salaires; — Walker, Tlte Wages question; — D'Haussonville, Misère et Eemèdes ; — E. Chevallier, Les Salaires au xix' xiècle ; — Julin, L'Ouvrier belge en i853 et en 1886: — L. Levi, Wages and Earnings of the Working Classes; — Beaurggard, Essai sur la théorie du salaire ; — duc d'Ayen, Revenu, Salaire et Capital; — Pour le prix des denrées, conf. Bulletin du Comité des travaux historiques et scientifiques, 1887 ; — Nouveau Dictionnaire d'économie politique; — Van der Borght, Einfluss des Zlnshandels auf dem Preise.