I. Court, t. m, n» 8a8, p
a. Rapport sur la situation des classes ouvrières (Journal Officiel, 14 août 1875).
3. Des Ebénistes du faubourg Saint- Antoine, p. m, 117 ; — conf. Le Traçait dé* couturières en chambre, par Lambrechts ; — L'Ouvrier américain, par Lbvasskur ; — Heures de travail et de salaire, par Ansiaux ; — Le Coût de la pie à Paris, par
BlENAIMâ.
Aujourd'hui ces chiffres ne sont plus exacts, nous l'avons déjà fait remarquer. Toutefois les hauts salaires et les folles dépenses de beaucoup d'ouvriers ne doivent pas illusionner sur la situation générale. Le travail manuel a pu, en effet, dans bien des cas, imposer des conditions qui non seulement mettraient le travailleur à l'abri du besoin, mais lui faciliteraient l'épargne. Ce n'est là peut-être que résultat momentané, menacé par des crises industrielles qui s'annoncent et d'ailleurs compromis par |a crise morale des consciences. Et ce n'est point résultat universel. Nombre de professions souffrent de la hausse constante de la vie, sans voir leurs ressources augmenter du même taux.
A la Semaine sociale de Caen (août 1920). M. Martin Saint- Léon pouvait donner sur ce point des statistiques intéressantes. Il constatait, que les salaires étaient montés, en moyenne, depuis 19145 dans la proportion de 100 àaSô francs, tandis que, pour la même période, le prix de la vie avait bondi de 100 à 38o. Les salaires, tout élevés qu'ils paraissent et qu'ils soient en effet, restent pourtant, dans l'ensemble, relativement inférieurs à ceux d'avant-guerre. C'est dire que certaines misères se trouvent plutôt augmentées.
Voici d'ailleurs quelques-uns des chiffres cités par M. Martin Saint-Léon dans le cours que nous venons de mentionner et tels qu'ils ont été établis par M. March dans le Bulletin de la Statistique générale de la France.
Ce sont les prix de détail de treize articles de première nécessité dont onze denrées alimentaires.
Si l'on représente par 100 le prix moyen de ces treize articles en juillet 1914» la courbe a été :
TILLES VARIS
da ploi de 10 000 habitants.
Juillet igiS ia3 12a
Août 1918 244 ?
Mai igao 38o (maximum). 378
Juin igao ? 369
D'après V Office de statistique les prix dans les autres pays
avaient monté, en mai 1920, dans les proportions suivantes (en partant toujours de 100 comme prix moyen pour juillet 1914) :
Indes iSg
Nouvelle Zélande . . i63
Australie 177
Etat-Unis 112
Canada 334
Angleterre a55
Suède 294
Norvège 3n
Belgique 491
Italie 445
La vie chère, — Dans son cours de la Semaine sociale déjà cité, M. Martin Saint-Léon a donné, avec détails, quelques causes de la vie chère. Il a indiqué comme causes premières : la diminution de la production, la cherté des transports, l'inflation monétaire et comme causes secondes (dérivant en partie des premières mais accroissant davantage la hausse) le tarif plus élevé des salaires, l'abus de la spéculation, l'ignorance, le désir de bien-être, l'isolement du consommateur.
M. Georges Valois, dans son livre : V Economie nouvelle^ note aussi ces divers facteurs, mais il insiste surtout sur rinfluence primordiale des a frais nationaux augmentés » et supportés à peu près uniquement par la production.
« ... En 1914. les frais généraux de la France étaient de cinq milliards. En 1919, ils atteignent ou dépassent aS milliards. L'écart entre les deux chiffres ne représente pas, nous le savons assez, des travaux publics dont bénéficierait la production immédiatement, mais du travail entièrement consommé pendant la 'guerre et dont nous ne bénéficierons, par le prestige, l'élan, la confiance (et les biens matériels aussi) que nous avons acquis que dans quelques années. Ces ringt-cinq milliards sont incorporés au prix dès choses. »
Supposons donc, d'après le même auteur, que la production totale de la France, avait, en 1914» «ne valeur nominale de 40 milliards, les frais nationaux, c'est-à-dire les charges de l'État, y entraient alors pour 1/8. Aujourd'hui si Ton admet que les 35 milliards restants, représentant les frais normaux de production il y a six ans, ont doublé, ce qui coûtait 35 milliards alors vaut 70 milliards auxquels il faut ajouter les 25 milliards incorporés par l'Etat du fait de ses charges. Total : 93 milliards représentent la valeur nominale
d'un nombre d'objets moindre que naguère, puisque la production a baissé. On voit que chaque objet a, de ce fait, beaucoup augmenté sa valeur nominale et qu'il n'y a point démesure immédiate réellement efficace, les seuls remèdes vrais consistant dans une réduction des charges de l'Etat et dans une augmentation de la production facilitée par la restriction correspondante de la consommation.
ÀsTicLE 7. — Le relôvement des salaires.
Question urgente. — Le salaire, dans un grand nombre de cas, ne suffit pas à l'entretien de la famille ouvrière ; telle est la douloureuse conclusion qui se dégage de l'examen impartial de budgets ouvriers.
On dit qu'il y a péril social à présenter dans des cercles d'études ou devant le grand public de semblables affirmations comme fondées. Car enfin, si elles sont la vérité, et si l'on a le droit de les dire, ne faudrait-il pas conclure que la société fait banqueroute aux ouvriers et qu'elle ne peut manquer d'en venir là, puisque de plus forts salaires sont et seront à jamais irréalisables ? — Ces craintes ne nous paraissent pas justifiées. Si, d'une manière générale, le salaire du père de famille est insuffisant pour faire subsister convenablement la famille ouvrière, cela prouve, avec la dernière évidence, que l'ordre économique actuel est défectueux. Pour résoudre la question sociale, il faut avant tout déterminer les vraies causes du mal. Supposons, ce qui cepen- <lant n'est pas conforme à la vérité, que les économistes catholiques ne puissent pas trouver immédiatement le remède ièsiré de tous les hommes de bonne volonté : est-il juste de Tes accuser parce qu'ils n'ont pu remplir qu'une partie de leur, tâche ? La médecine connaît et décrit les microbes d'un grand nombre de maladies dont elle n'a pas trouvé les remèdes : doit-elle, devant cet insuccès temporaire, suspendre ses recherches scientifiques?
Une illusion fréquente dans la matière qui nous occupe, c'est d'exiger un remède unique, prompt, efficace, qui, du jour au lendemain, ramène Faisance dans toutes les familles ouvrières ; c'est demander un miracle ou poursuivre une
chimère. Ne cessons pas de le répéter, la question des salaires est étroitement liée à l'ordre social tout entier ; un régime des salaires équitable et stable ne peut être obtenu que par une sage et progressive évolution de l'ordre économique actuel. Indiquons les principaux moyens qui ont été proposés pour obtenir un relèvement des salaires. Ce sont : l'intervention directe de l'Etat, la charité, l'action privée, individuelle ou collective, l'action indirecte de l'Etat.
Action directe de l'Etat. — Que l'Etat détermine directement le prix courant du travail dans tous les métiers, c'est là, personne n'en doute, du socialisme le plus pur. Le pouvoir public peut-il, du moins, fixer un minimum légal de salaire ?
Le salaire minimal appartient à la justice stricte ; aussi l'Etat pourrait-il, en thèse, faire respecter la justice en cette matière comme en d'autres. « Cette conclusion est généralement admise en thèse, dit M. Claudio Jannet : le législateur, qui est le gardien de la justice dans les contrats, pourrait fixer un minimum de salaire ^ »
Mais, en pratique, dans Vhypothèse et non plus dans la thèse, est-il expédient que l'Etat exerce ce droit discrétionnaire? Est-il prudent de réclamer du pouvoir public des tarifs d3 salaires officiels et obligatoires? Le Pape ne veut pas, en principe^ que l'Etat intervienne pour fixer par la loi le salaire des ouvriers ^ Pour justifier cette décision, d'une prudence et d'une sagese remarquables, il suffit de considérer les conséquences qui résulteraient de cette réglementation par l'Etat :
I* Impossibilité morale de fixer un salaire minimal commun à tous les ouvriers, au milieu des innombrables difiFérences dues aux temps, aux lieux, aux industries, aux conditions de la ville et de la campagne, au coût de la vie, etc. En vérité, il faudrait modifier, remanier à l'infini les lois une fois établies ;
2" Lourde charge pour les patrons, car, pour déterminer le salaire équitable, il faudrait connaître le bénéfice net de chaque industrie ; une pareille mesure détruirait ou dimi-