I. V. Sur le Turf, par Maurice Talmf.-ïe
boutiques, cuisinières qui jouent de leurs fourneaux, ouyriers qui jouent de leurs chantiers, ouvrières qui jouent de leur atelier. Chaque année, rien qu'à Paris, une population de deux cent mille parieurs, tant en argent connu qu'en argent inconnu, jette sur les hippodromes près de quatre cent millions.
Et celte vaste entreprise de démoralisation est une institution d'Etat ! Sous prétexte d'élevage et de bienfaisance le législateur français édifie là un véritable monument de folie. Il rend le pays malade pour venir en aide aux infirmes, déchaîne la dévastation morale pour construire des hospices et pervertit l'homme pour perfectionner le cheval.
Le luxe *. — A l'idée de la consommation est étroitement liée celle du luxe. Dugald-Stewart définit le luxe l'usage du superflu. Cette définition est inexacte, car elle convient à la prodigalité qui n'est pas le luxe. J.-B. Say le définit : l'usage des choses chères. Cette définition est défectueuse, car si l'usage des choses de haut prix a lieu en vue d'une fin noble et élevée, ou simplement pour un but raisonnable, tel que le culte de Dieu, la splendeur nationale, le développement des beaux-arts, ce n'est plus, à parler exactement, du luxe, mais de la magnificence, et la magnificence n'est pas un vice, mais une vertu. Le luxe, dans le sens où nous employons ce mot, est l'usage déraisonnable des choses rares et de grand prix.
La première remarque que nous ayons à faire, c'est que le luxe est relatif et dépend des lieux, des temps et des personnes. Ce qui serait un luxe pour une fortune modeste peut être une parcimonie pour une immense fortune, et ce qui nous paraît aujourd'hui nécessaire à l'entretien ou à l'ornement de la vie était considéré comme une folle dépense il y a quelques siècles et parfois quelques années. Il n'y a donc pas de mesure absolue du luxe dans une société donnée.
La seconde remarque, c'est qu'il ne faut pas confondre avec le luxe, l'encouragement qu'un homme riche donne aux arts, aux lettres, ou aux sciences, en employant une partie notable de son revenu à commander des statues, des tableaux,