I. V. SuAKEZ, De Legibus, lib. III, cap. i, n
dans une grande innocence de mœurs, et gu'il est à craindr© que des rapports avec ce peuple n'amènent la corruption. Qui décidera? Celui qui est chargé de décider ce qui est le plus utile, l'arbitre. Puis, les enfants des pauvres ne reçoivent pas d'éducation ; on craint qu'ils ne deviennent un danger pour le reste de la communauté. On propose de construire une école pour les recueillir et les moraliser; d'autres cependant trouveraient plus utile d'augmenter, avec les ressources qu'on y destine, la défense nationale. Qui décidera? L'arbitre.
En tout cela, rien qui ne soit commandé par la nature des choses. N'est-il pas vrai que la paix publique dans la justice est un besoin de tous ? que le dessèchement de ce marais qui menace la santé publique, intéresse tout le monde ? que la défense contre les pirates est encore un besoin général ? que se prémunir contre la corruption des mœurs n'est pas moins nécessaire que d'assainir le sol contre les miasmes d'un marais?
Mais, puisque d'un côté, chacune de ces mesures ne peut être accomplie que par le concours de tous, que, de l'autre, il peut y avoir, et il y aura divergence sur leur utilité relative, il faut bien qu'il y ait quelqu'un qui décide souverainement ces controverses, et au jugement duquel tout le monde se soumette. Pour cela, il faut que ce magistrat suprême dispose des forces de la nation pour se faire obéir. Cette nouvelle fonction revient donc à celui qui a été choisi pour arbitre : c'est-à-dire, en résumé, que le pouvoir chargé de rendre la justice est chargé aussi de décréter ce qui est le plus utile pour tous.
Or, ai-je dit, celui qui est chargé de décider entre les différents biens particuliers, ressources matérielles, santé, bonnes mœurs, sécurité contre l'étranger, est chargé de procurer un bien supérieur à tous ces biens, et par rapport auquel les biens particuliers ne sont que des moyens ; car tout choix porte sur un moyen et a pour raison son aptitude à procurer la fin. Ce bien, c'est, à n'en pas douter, le bien temporel commun, le bien social.
Quels sont les caractères distinctifs de ce bien social? comment se différencie-t-il des biens particuliers ? Nous répondrons à cette question dans l'article quatrième.
Origine divine de la société politique ^ — De tout ce qui précède, il résulte que la société politique est une société naturelle, et, par conséquent, a Dieu pour auteur. Que l'on ne se trompe pas sur le sens de cette expression. Sans cloute, c'est p«r un penchant inné que les hommes se groupent en société politique; mais cette tendance naturelle ne formule aucune obligation pour chaque homme en particulier, elle n'exclut ni l'exercice de la liberté, ni le choix de telle ou telle forme particulière du gouvernement, ni la variété des faits contingents par lesquels s'exerce, d'une manière concrète, cette aptitude sociale de l'homme. C'est ainsi que la société politique est tout à la fois une institution divine par son principe éloigné, un produit naturel par son origine immédiate et son évolution historique. Dieu est l'auteur de la société politique, parce qu'il est l'auteur de la nature et que lui-même a déposé le germe de cette société en l'homme. La société politique a une origine divine, sans que pour cela une intervention surnaturelle ou une révélation de Dieu soit nécessaire, sans que le gouvernement social soit un gouvernement théocratique, sans qu'il supprime pour le choix de la constitution ou du sujet de l'autorité le libre jeu de l'activité humaine. Toutefois, la constitution de la société civile n'est pas abandonnée tout entière à la volonté de l'homme, parce que la société politique reçoit de la nature l'article fondamental de sa charte de fondation, c'est-à-dire sa fin propre.
Articlb i. — loi société civile a tine fin naturelle.
D'après Montesquieu, les diverses sociétés politiques ont pour fin commune leur propre conservation ; en dehors de cela, elles ont chacune une fin particulière déterminée ^ Telle est auso; l'opinion de l'école historique. Haller exprime une manière de voir peu différente. « Dans les sociétés politiques, dit-il, il n'existe pas de fin commune, mais seulement une foule de fins ou de vues particulières très diverses, qui peuvent toutes se réduire à la vie et à ses com-
I. V. DE VAREILLES-SOMMièRES, Op. cit., XII, %', — DE PaSCAL, loc. cU.