I. Conf. Cathrein, op. cit,, p
du bien général les inclinations de l'homme vers les biens particuliers temporels.
Geoi posé, il est facile de constater que ces cinq caractères s'appliquent exactement à la fin sociale telle que nous l'avons définie.
L'ensemble des conditions qui rendent possible à tous les citoyens le vrai bonheur temporel est, en effet, un véritable bien, un bien commun à tous les membres. Il est, sans contredit, extérieur et temporel^ conduisant au bonheur et à la perfection dans cette vie terrestre. Il comprend dans sa généralité les différents biens particuliers qui peuvent servir au bien-être temporel et, par là, distingue la société politique de toute les sociétés particulières, autant que le bien général se différencie des biens particuliers.
Démonstration par voie synthétique. — La fin propre de la société civile doit être le terme des tendances naturelles qui lui donne naissance. Or les deux forces qui attirent l'homme à la vie sociale, la bienveillance innée et l'indigence dans la loi de progrès, ont pour terme naturel et nécessaire le bien commun public. C'est donc dans ce bonum commune que se trouve la fin propre de la société. La sociabilité de l'homme n'est satisfaite que dans une société supérieure aux groupements particuliers, et par l'acquisition d'un bien qui dépasse et domine les biens particuliers, c'està-dire le bien public, le bien commun temporel. Mettons ce point en relief.
Pourquoi les hommes cherchent-ils au-dessus de la famille et des groupements particuliers une union plus compacte et plus vaste ? Pour obtenir un bien commun, un bien social auquel ne peuvent parvenir, ou, du moins, ne parviennent que difficilement, les individus et les groupements inférieurs. Mais un bien commun qui doit suppléer à l'insuffisance des activités individuelles et collectives, qui s'élève au-dessus des différents biens particuliers et favorise la tendance au progrès physique, intellectuel et moral de la nature humaine, comprend l'ensemble des conditions qui rendent possible à tous les associés le vrai bonheur, la perfection sur cette terre. Etant le dernier terme de la socia-
4o l'ordre social
bilité humaine dans l'ordre naturel, la société civile a pour but de compléter, d'aider les sociétés inférieures dans la poursuite du bonheur temporel et de la béatitude éternelle et, par conséquent, de procurer les moyens qui sont nécessaires au perfectionnement naturel de l'homme sur cette terre en vue de la fm dernière, j'entends les moyens qui exigent le concours, l'action collective des forces sociales existantes et non les moyens purement individuels et privés. Tel est, dans ses caractères généraux, la fin naturelle de la société politique; telle l'ont exprimée, et d'un consentement unanime, la théologie et la philosophie catholiques. Quelques témoignages, choisis parmi les plus importants, mettront ce fait hors de doute.
Témoignage de la théologie et de la philosophie. — Donnons la parole au prince de la théologie : « Comme l'homme, dit saint Thomas, n'est ni un animal ni un esclave, la fin propre de la multitude vivant en société n'est pas seulement de vivre, mais de vivre encore d'une vie morale et de vivre bien*. » D'ailleurs, la fin de plusieurs hommes et celle d'un seul homme ne sont pas de nature différente*. Aussi bien la fin de l'homme est la béatitude. Cette béatitude est double : la béatitude parfaite, apanage de la vie future; la béatitude imparfaite, condition de la vie terrestre^. La béatitude de cette vie consiste dans la pratique de la vertu, mais l'exercice de la vertu requiert la coopération du corps et un certain ensemble de biens matériels*. « Sans doute, remarque le Docteur Angélique, ces deux besoins de l'homme, la pratique de la vertu et la possession des biens terrestres, se peuvent trouver dans la famille; mais ils n'y sont réalisés que d'une façon restreinte et incomplète; dans la société civile, on les trouve d'une manière générale et parfaite*. » En quoi consiste cette prospérité, ce bien temporel ? « Pour qu'un homme puisse jouir d'une vie
1. De Regimine Pnnctpum, I, 14; — les deaz premiers livres du de Regimlne Principum, auxquels sont empruntées nos citations, sont certednement authenti» ques ; — conf. Comment, in libr. polltic, lib. III, lect. VII.