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I. Le Droit individuel, p. lo

68 l'ordre social

devaient rien à Dieu, ou qu'on pût imaginer une puissance quelconque dont la cause, la force et l'autorité ne résidât pas tout entière en Dieu même. De cette sorte, on le voit, l'Etat n'est autre chose que la multitude maîtresse et se gouvernant elle-même, et dès lors que le peuple est censé la source de tout droit et de tout pouvoir, il s'ensuit que l'Etat ne se croit lié à aucune obligation envers Dieu, ne professe officiellement aucune religion, n'est pas tenu de rechercher quelle est la seule vraie entre toutes, ni d'en préférer une aux autres, ni d'en favoriser une principalement ; mais qu'il doit leur allribuer à toutes l'égalité en droit, à cette fin seulement de les empêcher de troubler l'ordre public ^ »

Nous n'avons rien à ajouter à cette parole autorisée. Le système de Kant et de l'Ecole libérale aboutit à Vindividualisme dans la morale, le droit et la société. Une réaction se produit dans le sens d'un objectivisme exagéré entraînant l'individu dans une loi d'évolution idéale, logique ou matérielle, pour le faire disparaître dans le grand tout de Dieu ou de la collectivité. Telle estl'originede la conceptionhégélienne et socialiste de l'Etat.

Etat hégélien. — L'Etat, d'aprèsles docteurs du panthéisme allemand, c'est l'absolu, « Dieu lui-même, dit Hegel, parvenu à un certain degré de son devenir [auf einer bestimmten Stufe des Werdens) ». « C'est, dit Schelling, la fin complète et absolue qui possède un droit suprême à l'égard des individus^ ». Stahl, tout en évitant les erreurs grossières du panthéisme, affirme que « l'Etat est tout simplement le monde moral {schlechthin die sittliche Welt), dont le but est de perfectionner l'existence humaine'». Signalons encore les systèmes semi-hégéliens, qui attribuent à l'Etat la mission de réaliser directement, par tous les moyens possibles, le plus haut degré de civilisation. C'est la théorie du CuUurstaaty enseignée par Ahrens * et Bluntschli ^

î, Encycl. Inimortale Dei, § Sed pei'niciosa.

a. Grundtinien der Philosophie des Rechts, § a58, p. 3o6.

3. Re«his-und Slaatsihere auf der Grundlage r.hristlicher IVeUanschauup..?, S Auf., Bd II, Ablh. i, p. 140.

- 4. Nalurreckt {i&-]i), Bd II. p. 3o3.

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