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Y. ViLLEY. le Rôle de l'État dans tordre économique

associés. Par conséquent l'intervention du pouvoir civil dans la sphère des intérêts économiques doit avoir pour objectif principal d'écarter les obstacles qui s'opposent au développement de cette activité. Parmi ces obstacles, citons les impôts écrasants ou répartis sans équité, les charges excessives du service militaire. Pour la même raison, l'Etat aie devoir de protéger et de défendre l'activité privée contre tout ce qui lui porte préjudice, enfin de l'aider et de la stimuler, sans toutefois l'étouffer par une compression exagérée. L'autorité sociale peut aider l'initiative privée dans l'ordre économique par des moyens multiples. Voici les principaux :

1° ll'appartient à l'Etat de développer directement ou indirectement les voies de communication : routes, chemins de fer, ports et canaux ;

2° Il contribue au progrès du commerce et de l'industrie en concluant des conventions commerciales avec les autresnations ; en dirigeant, parles tarifs douaniers, le mouvement d'importation et d'exportation des matières premières ou des produits fabriqués ;

3° Le pouvoir stimulera l'activité de la production nationale par la création d'institutions destinées à propager les connaissances techniques dans les différentes branches de l'industrie, par l'attribution de récompenses et de distinctions à ceux qui y excellent, par la concession de dégrèvements ou de primes soit à certaines industries, soit à l'exportation.

4° Sans être lui-même le distributeur de la richesse sociale, qu'il n'a pas produite et qui ne lui appartient pas, l'Etat doit,, cependant, par une sage législation, veiller à ce que cette répartition ait lieu d'une manière équitable.

Voilà comment le pouvoir remplira sa mission d'aider à la prospérité matérielle ou économique de la nation. Mais, tout importante qu'elle soit, cette prospérité matérielle n'a de valeur qu'autant qu'elle sert au véritable progrès, à la vraie civilisation, qui consistent principalement dans le développement moral de la société. Que le pouvoir civil ait la mission de promouvoir la morale publique et de protéger la religion, c'est une vérité qui ressort avec évidence de la considération de la fin naturelle de l'État et de la société :

78 L'ORDRE SOCIAL x.

L'un et l'autre sont, en efifet, des moyens donnés à l'homme pour l'aider à accomplir sa destinée sur la terre, c'est-à-dire à se préparer au bonheur éternel. Aussi bien la prospérité matérielle, dépouillée de la grandeur morale, ne serait digne ni delhomme, ni d'une société humaine. Cette vérité fondamentale, Léon XIII n'a cessé de la rappeler en maintes occasions. « Parmi les principaux devoirs du chef de rÉtat, dit-il, se trouve celui de protéger et de défendre la religion, car il importe à la prospérité sociale que les citoyens puissent librement et facilement tendre à leur fin dernière*. » « Ceux qui gouvernent le peuple doivent à la chose publique non seulement de procurer les biens extérieurs, mais encore de s'occuper par une sage législation des biens de l'âme. Mépriser dans le Gouvernement les lois divines, c'est faire dévier le pouvoir politique de son institution et de l'ordre de la natu^e^ » « La nature n'a pas fait l'Etat pour que l'homme y trouve sa fin, mais pour qu'il y trouve des moyens aptes à sa perfection. Par conséquent un Etat qui ne fournirait à ses membres que les avantages extérieurs d'une vie facile et élégante, qui, dans le gouvernement de la société, laisserait de côté Dieu et la loi morale, un tel Etat ne mériterait plus ce nom, il ne serait qu'un vain simulacre, qu'une imitation trompeuse\ »

Cette mission dans l'ordre moral et religieux impose au pouvoir des devoirs négatifs et positifs. Les premiers consistent à réprimer, à punir les actes contraires à la morale et à la religion, qui constituent un scandale public. N'y a-til pas là, en effet, un cas tout à fait élémentaire de défense des droits individuels et de préservation sociale ? En outre, l'autorité suprême doit veiller • ce que ni les lois, ni les magistrats, ni les fonctionnaires, dans l'exercice de leur charge, ne viennent à détruire ou à amoindrir la morale publique ou l'esprit de religion de la société.

Les devoirs positifs comprennent l'appui et la protection à donner à tout ce qui tend à établir, développer et fortifier la moralité et la religion publiques*. Ajoutons que TËtat,

I, Encycl. Immoriale Dei, § Hac ratione.

a. Encycl. Libertas prsstantissimum, § Mitiorea aliqaanto.

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