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I. Cavwès, Précis, t. I, p. i3i

catholiques manqueraient à leur devoir, s'ils ne sollicitaient pas de l'Etat tout le bien qu'il peut leur accorder; ils seraient plus coupables ou plus imprévoyants encore s'ils laissaient à leurs adversaires, les socialistes par exemple, l'initiative des mesures populaires, généreuses et justes, de ces « mesures promptes et efficaces » que sollicite Léon XIII. Une abstention systématique et complète serait impardonnable; au lieu d'atténuer les maux dont nous souffrons, elle en provoquerait de plus grands ^ »

En terminant, rappelons le principe fondamental en cette matière. Le gouvernement est pour la société; la société, pour les familles et les individus. Renverser cet ordre, c'est faire triompher le despotisme ou l'anarchie.

I. y a-t-il une Economie politique chrétienne, p. 46. — V. H. Pesch, ZUle und Grenzen der itaatlichen Wirtichafls£olitih, Siimmen, janvier 1896.

Dans les chapitres précédents, nous avons étudié la société civile dans son origine et sa nature; nous avons montré le rôle et les fonctions du pouvoir politique. Il nous reste à pousser plus loin l'analyse, afin de connaître exactement la constitution intime de la société.

Deux éléments distincts, avons-nous dit, forment la société politique : le pouvoir suprême, élément formel; le peuple, élément matériel. Ce dernier élément est-il irréductible ? Est-il composé immédiatement d'individus ne possédant que les droits personnels, comme le prétend la théorie individualiste de l'Ecole classique ? Est-il constitué par les familles et les autres groupes naturels, comme le soutiennent la plupart des sociologues catholiques?

Telle est la question dont nous cherchons la solution. Pour la résoudre, voici notre méthode : étudier séparément les diverses parties de l'édifice social, la famille, la commune, les classes; rechercher leur loi d'assemblage dans le tout; comparer cet assemblage naturel aux procédés artificiels de la nouvelle école de sociologie.

Aaticle I". — La famille.

Définitions. — On entend par famille l'ensemble de plusieurs personnes unies par des liens de parenté, ou encore, dans une acception plus large, l'ensemble de personnes vivant sous le même toit, soumises à un supérieur commua et unies par des liens ayant dans la loi naturelle leur origine immédiate. Dans cette seconde signification, le mot famille est équivalent de société domestique. Société complète, la famille est composée de trois autres sociétés : la société

l'organisme social ()Î

conjugale,\aL société filiale ou paternelle, et la société hérite^ ^ formée par le nuiître et les serviteurs.

La société conjugale, base de la famille, est l'union indissoluble de rhonime et de la femme en vue de la procréation et de l'éducation des enfants et de l'assistance mutuelle des conjoints. Quant à la société domestique, elle a pour fin naturelle le perfectionnement matériel, intellectuel et moral des membres ordonné à la béatitude éternelle, fin dernière et suprême de l'homme individuel ou social.

Origine de la famille. — Ainsi définie, la famille tire-t-elle son orio;ine et sa constitution du caprice des contractants ? Est-elle, comme le prétendent les moralistes du collectivisme, un accouplement passager, résultat d'une convention révocable au gré des parties^? Non, car il est évident que l'homme n'a pas plus créé la famille qu'il n'a fait la société civile. Qu'il ait pu, suivant les temps et les lieux, modifier les caractères extérieurs du groupement familial, constituer, par exemple, la famille nomade ou fixe, rien n'est plus certain; il n'en demeure pas moins vrai que, chez tous les peuples plus ou moins policés, la famille a toujours été, suivant l'expression du protestant Lessing, a la grande école fondée par Dieu lui-même pour l'éducation du genre humain ». Fustel de Goulanges constate la même vérité historique : « La famille antique, dit-il, était une association religieuse bien plus qu'une association de nature ou d'aflection. Chez les Anciens, la famille constituait un culte; un autel domestique en tenait les membres groupés autour de lui. Tout était divin dans la famille; mais chaque famille avait ses dieux particuliers, sa providence particulière. La pierre du foyer était sacrée; de là la sainteté du domicile réputé inviolable, car la maison était la demeure des dieux lares ou pénates*. »

D'après la doctrine catholique, le mariage, la société con-

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