‹ Cours d'économie socialeChapitre 76 sur 310 · L'EGLISE · texte numérisé non relu

L'EGLISE

La société civile est une société naturelle fondée sur les inclinations innées, mises par Dieu, auteur de la nature, au cœur de Thomme; elle a pour fin prochaine la prospérité temporelle publique. Un groupement de familles dirigé vers le bien commun par une autorité suprême, qui est le principe d'unité, de cohésion et de conservation, telle nous apparaît la société civile, douée d'une admirable structure organique. Ayant pour bases inébranlables la justice et la charité, la société politique reçoit de la justice légale son unité interne. Voilà, en résumé, le résultat de nos recherches sur la société.

Mais, dans cette société ainsi constituée, le citoyen doit tendre à sa fin dernière, la béatitude éternelle; là société doit être pour lui une aide qui lui permette d'atteindre plus facilement le terme suprême de ses désirs et de ses énergies. Nier cette vérité, ce serait déposséder la fin dernière du souverain domaine qu'elle possède sur toutes les fins particulières qui lui sont nécessairement subordonnées. Or une société existe qui revendique hautement la mission exclusive de conduire tous les hommes, riches ou pauvres, gouvernants ou sujets, privés ou publics, à la fin dernière de toute créature raisonnable. Cette société s'appelle l'Eglise catholique, maîtresse et éducatrice des peuples. Dès lors se pose une question inévitable. L'Eglise catholique a-t-elle le droit d'intervenir dans l'ordre social? Voici notre réponse : non seulement l'Eglise a le droit d'exercer une action dans la société, mais encore elle possède, pour guérir le mal social et rétablir la paix dans le monde du travail, une vertu que rien ne saurait remplacer. Je m'explique. Par son enseignement traditionnel, l'Eglise guérit le grand mal social des intelligences, l'athéisme; par sa morale douce et forte, éle-

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vée et efficace, elle guérit le mal de la volonté, l'entraînement des passions mauvaises; par son exemple, ses institutions, ses œuvres multiples, elle fait pénétrer son influence aussi bien dans les hautes classes de la société que dans les couches profondes du prolétariat.

Telle est la matière de cette leçon.

Article i". — L'Eglise a-t-elle le droit d'intervenir dans la société?

Définition de l'Eglise. — Qu'est-ce que TEglise? « C'est,, répond Bellarmin, la société fondée par Jésus-Christ et composée de fidèles vivant ici-bas, qui professent la même foi, participentaux mêmes sacrements, et qui sont soumis à leurs légitimes pasteurs, ainsi qu'au centre de l'unité catholique, qui est le Pontife romain. » L'Eglise est donc le représentant authentique d'une doctrine, et une société parfaitement légitime; d'une part, en effet, elle conserve, défend et propage le dépôt des vérités morales et religieuses révélées au monde par Jésus-Christ, son divin fondateur et son chef invisible; de l'autre, elle réunit les fidèles sous une même autorité et les dirige par des moyens sociaux vers une fin commune, la béatitude éternelle.

Volontiers l'école rationaliste reconnaît à la religion le caractère dogmatique, mais c'est pour lui refuser avec plus d'énergie le privilège d'être indissolublement attachée à une société juridiquement constituée et indépendante. Cette prétention détruit du même coup la religion catholique et l'Eglise. Pourquoi cela? Parce que l'existence de l'Eglise, comme société religieuse parfaite, est un des dogmes fondamentaux de la religion catholique; parce que Jésus-Christ, le divin fondateur de la religion chrétienne, a voulu que celle-ci fût indissolublement liée à l'Eglise catholique. Il n'entre pas dans le cadre que nous nous sommes tracé de faire un traité de l'Eglise ^ Rappelons seulement que l'Eglise est une société divine, surnaturelle, parfaite et juridique de

I. Gonf. Cavagnis, Notions de droit naturel et ecclésiastique; — Hercemrô- TBBB, l'Eglise catholique et l'Etat chrétien; — Phillips, Droit ecclésiastique dan» ses principes généraux; — Gard. Tarqui:»i, Institutiones juris publici ecclesiastici; — LiBERATORE, la Chiesa e lo Stato; Traité du droit public de l'Eglise; — P.-Gh. M. le Droit social de l'Eglise.

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droit divin, a L'Eglise, dit Léon XIII dans l'Encyclique du 20 juin 1894, adressée aux princes et aux peuples de l'univers, — de par la volonté et l'ordre de Dieu, son fondateur, est une société parfaite en son genre; société dont la mission et le rôle sont de pénétrer le genre humain des préceptes et des institutions évangéliques, de sauvegarder l'intégrité des mœurs et l'exercice des vertus chrétiennes, et par là de conduire tous les hommes à cette félicité céleste qui leur est proposée*. »

Droits de l'Eglise dans l'ordre social. — Et maintenant, si vous demandez : l'Eglise a-t-elle le droit d'intervenir dans la question sociale? écoutez la réponse du Pape : « C'est avec assurance que nous abordons ce sujet, et dans toute la plénitude de notre droit; caria question qui s'agite est d'une nature telle qu'à moins de faire appel à la religion et à l'Eglise il est impossible de lui trouver une solution efficace^ » Que la question sociale soit entièrement liée à la morale et à la religion, c'est une vérité incontestable que nous mettrons en évidence dans le chapitre vu. La morale et la religion étant, de droit divin, confiées à l'Eglise, il s'en suit que TEglise peut et doit intervenir dans l'ordre social. Elle en a le droit, elle possède la compétence nécessaire à cette mission.

Dans l'avant-propos d'un ouvrage qu'il a publié sur la protection légale des travaille^urs, M. Raoul Jay, professeur à la Faculté de Droit de l'Université de Paris, débute par cette déclaration : « Il ne faut pas demander à la protection légale des travailleurs la solution complète de la question sociale. Cette solution, seul, le christianisme peut la donner^. »

Le rationaliste a beau détourner ses regards de la splendeur divine qui brille au front de l'Eglise, il ne peut, toutefois, s'empêcher de saluer en elle la plus ancienne et la plus majestueuse institution qui existe dans l'histoire. Eh bien ! dites-moi, l'Eglise a-t-elle le droit de s'occuper de la ques-

t. Conf. Encycl. Xobilissima Gallorum, g Deinde illa ; — Immortale Dei, § Kaia Unigenitus.

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