V. Léon Ghégoiite, le Pape, p. 11 3, seq
i58 l'ordre social
Uonnaire... Ce n'est qu'en rétablissant dans le monde du travail la notion et la pratique de la justice que nous pourrons éviter les effondrements qui menacent notre société'. » La société moderne ne veut plus de la morale de l'Evangile; que prétend-elle donc mettre à la place?
La morale Indépendante. — Sous les noms divers de morale positiviste, scientifique ou naturelle, on a tenté de construire une morale indépendante de Dieu. D'après le prophète du socialisme, Proudhon, il faut renoncer aux vieilles légendes chrétiennes, aux révélations successives de la vérité surnaturelle ou morale faites, par Dieu, au Sinaï dans les temps anciens, sur la montagne dans les temps nouveaux- La vraie morale civique doit être dégagée de toute allure mystique, pure de toute idée de Dieu, de loi éternelle ou de vie future. Dans la morale nouvelle, l'homme vertueux est celui qui respecte la dignité humaine; l'homme vicieux, celui qui l'oublie et la méconnaît par un acte coupable de sa volonté. La paix intérieure que nous éprouvons après avoir fait le bien, c'est toute la récompense que nous pouvons espérer; le trouble et le remords qui suivent la faute, c'est tout le châtiment qu'il faut craindre. Au delà le philosophe indépendant ne voit ni vie future, ni récompense, ni châtiment. Désormais ces mots n'ont plus de sens et doivent être bannis de la morale et de la philosophie '.
Sous des formes plus adoucies et plus académiques, on retrouve un programme semblable dans la neutralité scolaire telle qu'elle est pratiquée dans un grand nombre de pays. En France, le programme des écoles primaires s'exprime en ces termes : a L'instituteur n'est pas chargé de faire un cours sur la nature et les attributs de Dieu; il associe étroitement dans leur esprit à Vidée de la cause première et de l'être parfait, un sentiment de respect et de vénération, et il habitue chacun à environner du même respect cette notion de DieUf alors même qu'elle se présenterait à lui sous des formes différentes de sa propre religion. » Voici, dépouillé d'artifices oratoires, le commentaire de M. Francisque Sarcey :
I. Lettre à M. l'abbé Pottier, publiée dans la Corporation da ii février i8y3. a. La Justice dans la Révolution, t. I, p. ai6.
l'église iSg
« Il faut tenir strictement la main à la neutralité de l'école dans l'enseignement primaire, parce que là on agit sur la foi même. Ce n'est pas qu'on la combatte directement, puisque l'essence de la neutralité est, au contraire, de s'abstenir de toute attaque ; mais on habitue les esprits à s'en passer. On les dresse à comprendre que l'on peut être honnête homme et bon citoyen en dehors de tout enseignement de religion révélée. On les détache par là doucement., lentement., de la foiy c'est l'essentiel'. » En réalité, cette morale nouvelle est grosse de dangers pour la dignité de l'homme et l'avenir des sociétés; elle est un crime social. Voilà les motifs de ce jugement :
i" Par la négation de Dieu, législateur suprême, la morale civique et indépendante nie le principe fondamental de la morale pour faire de celle-ci l'œuvre éphémère de l'homme et de ses passions; car, si l'homme n'a pas de supérieur, si sa volonté est autonome, il est à lui-même sa propre loi et sa propre morale. Dès lors il y aura la morale des assassins à côté de celle des victimes, la morale des voleurs aussi bien que celle des volés; il n'y aura plus qu'une règle : Fais ce que veux^.
2** Par la négation de la vie future disparaît la sanction, la seule sanction efficace de la loi morale, la sanction de l'audelà. N'y a-t-il pas, répondent les socialistes, la sanction du remords? Mais la loi du remords, c'est d'être un châtiment pour les âmes délicates, et de ne pas être une punition, de ne plus exister même pour l'homme profondément mauvais, c'est-à-dire pour le coupable le plus criminel, dont les révoltes appellent cependant et méritent le plus grand châtiment '. Qu'est-ce donc que le remords des terroristes de l'anarchie : Ravachol, Vaillant, Henry, etc. ?
Quant à la théorie de la récompense par le témoignage de la conscience, que vaut-elle pour le soldat qui meurt sur le champ de bataille, pour le martyr qui donne son sang pour affirmer sa foi, pour tout homme qui sacrifie sa vie à la défense d'une grande idée, de son prochain, de la patrie*?
I. Extrait du XIX* Siècle, cité dans la Corporation du a juillet 189a. a. V. le Droit social de l'Eglise, p. aog, seq.
3. V. Sarda r Salvant, le Mal social, t. I, ch. vu, viii, 15.