Méhic, les Erreurs sociales du temps présent, p. 35, soq
i6o l'ordre SOGIA.L
3* Par la négation de Dieu, de l'âme et de l'immortalité, la morale indépendante nie la dignité humaine et le droit au respect. Au premier aspect, cette assertion peut paraître étrange, et cependant, lorsqu'on pose en principe qu'il n'y a ni Dieu, ni âme, ni vie future, lorsqu'on fait tomber les barrières qui séparent les hommes des animaux, que restet-il de la dignité humaine? Vous dites que tout est matière ici-bas, qu'il n'y a partout en ce monde qu'une même cause, la matière. Par conséquent, cette même cause, dans l'infinie variété de ses effets physiologiques, vitaux et physiques, constitue la dignité et commande le respect; mais alors, au nom de la plus simple logique, la dignité n'est plus un privilège de l'homme; elle est commune à toute la nature, sans distinction et au même degré. Quel respect vous dois-je? Celui que je dois à l'anthropopithèque ou à la monère primitive *.
4° Toute la morale nouvelle est contenue dans cette formule de Kant et de Proudhon : a Respecter la dignité humaine en soi et en son prochain. » Respecter la dignité humaine dans son prochain, c'est, d'après la morale laïque, lui rendre ce qui lui est dû, c'est ne voler ni sa femme, ni ses biens, ni son honneur, ni sa vie. Et, parce que ces préceptes sont placés sous la protection de la force et font partie du Gode qui garantit l'ordre dans la société, la morale nouvelle se confond, en pratique du moins, avec la légalité. Monstrueuse erreur, car la morale comprend autre chose que des actes extérieurs, soumis au contrôle répressif de l'autorité civile. Elle embrasse une quantité de devoirs dont les uns sont intérieurs et s'accomplissent dans la conscience, et dont les autres ne relèvent pas du Code civil. Toutes ces théories creuses sont impuissantes à détruire la nature. C'est qu'il y a un rapport intime entre la pensée, la volonté et Faction, entre le désir et la manifestation par les faits. Très souvent l'action coupable commence dans l'âme et finit au dehors, et c'est un non-sens d'affirmer qu'une action est indifférente dans le sanctuaire de la conscience et mauvaise dans les faits et la réalité. Voilà pourquoi la morale nouvelle, étrangère au monde intérieur de l'âme, et préoccupée uni-