‹ Cours d'économie socialeChapitre 88 sur 310 · I. Eacycl. Rerum novarum, § lUad itaque · texte numérisé non relu

I. Eacycl. Rerum novarum, § lUad itaque

a. Conf. Claudio Jannet, Revue catk. des Inst., janvier et février iSgS; — D. Pascal, FEglise et CEconomie sociale des Peuples, Ass. catk., janvier 1896. 3. Claudio Jasnet, Réforme sociale, 1881, t. I, p. 77.

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soigneusement à ce que les contrats ne deviennent point une source d'oppression pour les faibles, une occasion de ruine pour la société. Voilà pourquoi elle interdit la spéculation sur les besoins de l'un des contractants ; elle repousse le prêt à intérêt usuraire, tout en acceptant les titres de revenu légitime connus sous le nom de damnum cessans^ lucrum émergeas^ periculum sortis ; elle condamne ce principe de certains juristes : Res tanti valet quanti vendi potest, tout en reconnaissant dans sa théorie du j'ustum pretium, l'influence de la fluctuation du marché, de l'ofl're et de la demande*.

Témoignage de l'histoire. — L'histoire des siècles passés, pour quiconque l'étudié sans préjugé, rend à l'influence de l'Eglise dans l'ordre social un témoignage éclatant. « Il n'est pas douteux, dit Léon XIII dans l'Encyclique /?erM/re novarum, que la société civile des hommes a été foncièrement renouvelée par les institutions chrétiennes ; que cette rénovation a eu pour effet de relever le niveau du genre humain, ou, pour mieux dire, de le rappeler de la mort àU vie et de le porter à un si haut degré de perfection qu'on n'en vit de semblable, ni avant ni après, et qu'on en verra jamais dans tout le cours des siècles* »

II faudrait un volume pour exposer en détail le rôle civilisateur de l'Eglise dans les siècles passés; nous nous contenterons d'attirer l'attention sur deux points : l'affranchissement des esclaves et des serfs et l'organisation du travail.

Affranchissement des esclaves et des serfs. — On a reproché à l'Eglise d'avoir favorisé l'esclavage. Ce reproche est injuste, car l'Eglise n'avait pas le pouvoir d'effectuer tout d'un coup un changement politique aussi considérable, qui aurait amené une terrible crise politique et sociale. Amie de la paix et de l'ordre, l'Eglise n'eut pas recours à la puissance des Gouvernements, ni à la révolte des peuples ; mais Bile commença par enlever à l'esclavage le caractère hideux et répugnant que lui avait imprimé le paganisme : l'esclave

s. Y. PÉRiN, De la Richeste dan$ ïet Société» ehréitennea, t. I, Ht. II, ch. u ; ^ E. Pesch, rEgli$e et la Civilisation, Slimmen, février 1895. •. S Deaique nec satis.

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ne fut plus considéré comme une chose, mais comme un homme; puis elle travailla à l'abolition de l'esclavage par l'intiroduction pacifique et l'application prudente du grand principe d'égalité des enfants du Christ. Convenait-il d'exiger immédiatement l'émancipation générale et simultanée des esclaves ? L'ignorance seule peut répondre affirmativement^

o Les esclaves formaient la majorité de la population. L'esclavage était mêlé à toutes les institutions, à tous les intérêts, à toutes les traditions, à tous les détails de la vie publique et privée. Toute l'organisation économique de la société reposait sur la servitude. Depuis des siècles, l'esclave était l'instrument de la production des richesses, la partie essentielle et principale, ou patrimoine, du maître. Intervertir brusquement les rôles, exiger une répartition nouvelle de la propriété, appeler à une liberté immédiate ces multitudes à l'âme dégradée, au cœur ulcéré par la vengeance et la haine, c'eût été provoquer un épouvantable cataclysme*. » Il suffit de se rappeler les ruines physiques et morales qui furent le résultat de i'émancipatian générale etsubite des esclaves dans les colonies françaises et dans l'Amérique du Sud.

Pour opérer graduellement l'émancipation des classes populaires, il fallait avant tout organiser le travail libre, en relever l'estime, car l'antiquité païenne attachait une idée de mépris aux travaux manuels. Cette réhabilitation du travail manuel fut en grande partie l'œuvre et le bienfait immense des institutions monastiques. Michelet reconnaît loyalement cette vérité lorsqu'il écrit : a L'ordre de Saint- Benoît donna au monde ancien, usé par l'esclavage, l'exemple du travail accompli par des mains libres. Cette grande innovation du travail libre et volontaire sera la base de l'existence moderne*. »

1. V. Wallon, Histoire de Pesclapage ; — de Champagnt, de la Charité chrétienne, a« partie, chap. xx ; Hurteh, Tableau des institutions de l'Eglise au moyen âge, p. lao ; — MoHLER, Chrittianisme et Esclavage ; de F Abolition de l'esclavage par U Christianisme,

2. ThOmssen. Quelques Considérations sur la théorie du progrès indéfini. — Conf. Godefroy Kurth, les Origines de la civilisation; — Krotz, S.-J., F Eglise et l'Esclavage dans le haut moyen âge, Zeitschrift fur kaih. Theol., 189:), p. a73 et 589.

3. Histoire de France, t. I, p. 112. — Conf. Augustin Thierry, Histoire du Tiers Etat, ch. I ; DuTiLLEUL, Histoire des corporations religieuses en France, p. io8u

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L'organisation du travail. — Nous décrirons dans un chapitre suivant, l'organisation corporative du travail, qui régna dans le monde économique jusqu'à la Révolution française. Nous ne prétendons pas que la première fondation de ces associations du travail soit due à l'inspiration et à l'impulsion de l'Eglise ; mais il n'en est pas moins incontestable que l'influence religieuse et morale exercée par les corporations sur le monde du travail est due à l'Eglise catholique : ce fait est affirmé par des écrivains protestants, tels que SchônbergS Ennen^, Hûllraan^. Sans doute les corporations n'ont pas été à Tabri d'abus souvent graves. Pourquoi le nier ? Les causes n'en sont-elles pas dans la nature humaine abandonnée à ses passions, la cupidité, l'ambition, le désir du lucre, l'esprit de caste, etc. ? Mais ce qui est hors de doute, ce qui ressort du témoignage de l'histoire, c'est que les corporations, aussi longtemps qu'elles sont restées fidèles à la dii'ection de VÉglise, ont été une source de bonheur et de prospérité.

Ce serait pourtant une illusion de considérer l'ordre social européen au moyen âge comme un état de paix absolue.

Sous le règne de Louis le Débonnaire, des conjurations de serfs éclatent dans la Frise ; au x* siècle, c'est une révolution sanglante en Normandie ; puis sous saint Louis, l'agitation des Pastoureaux ; au xiv* siècle, la Jacquerie en France, et dans plusieurs villes d'Italie de tragiques émeutes populaires. Mais la société du moyen âge est sortie victorieuse de ces luttes, parce qu'elle conservait fortement enracinés les'principes de vie et de régénération sociale : l'esprit de foi, le respect de l'autorité, la soumission au pouvoir religieux, la force d'expansion de la charité et du dévouement chrétien.

Article 5. — L'action de l'Eglise suffit-elle à la réforme sociale ?

Objection. — Et cependant l'action bienfaisante de l'Eglise, telle que nous l'avons décrite dans cette leçon, ne suffit

r. Handbuch, %. II, p. 477.

a. Geschichte der Stadt Kôln, Bd III, p. 78.

3. Deutsche Finanzgesch. -ler! MUlelallers, Bd. III, p. 149. — Cf. Ja.NSSEN, Bit» ioir4 du peuple allemand, W VII, liv. III.

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pas à la solution de cette question sociale et ouvrière, Eh ! quoi, direz-vous, le Saint-Père n'a-t-il pas écrit ces lignes significatives : « Ne verrait-on pas l'apaisement se faire à bref délai si les enseignements de la philosophie chrétienne pouvaient une fois prévaloir^ ? » Rien n'est plus exact, mais qu'est-ce à dire? que les principes du christianisme suffisent en thèse, et qu'ils résoudront, ou plutôt supprimeront, la question sociale le jour où, en fait^ ils dirigeront la société. Mais ce jour est très éloigné ; luira-t-il jamais ? Ne confondons pas l'idéal et le réel. La réalité, c'est que le monde du travail est livré à l'individualisme et à la cupidité. C'est que la conquête évangélique de la société ne peirt être faite en un jour et que la question sociale demande une prompte solution ; la réalité, enfin, c'est que l'Eglise est partout persécutée ou gênée dans son action, tenue en méfiance et écartée de la vie publique.

L'Eglise et les forces sociales. — Voilà pourquoi Léon XIII affirme à plusieurs reprises que l'action sociale de l'Eglise doit être aidée par des moyens purement humains : « Assurément, une œuvre de cette gravité demande encore à d'autres agents leur part d'activité et d'efforts ; nous voulons parler des gouvernants, des maîtres et des riches, des ouvriers eux-mêmes, dont le sort est ici en jeu. »

« Toutefois il n'est pas douteux que, pour obtenir le résultat voulu, il faille, de plus, recourir aux moyens humains. Ainsi tous ceux que la cause regarde doivent viser au même but et travailler de concert, chacun dans sa sphère. Il y a là comme une image de la Providence gouvernant le monde, car nous voyons d'ordinaire que les faits et les événements qui dépendent de causes diverses sont la résultante de leur action commune. »

Enfin « l'Eglise estime que les lois et l'autorité publique doivent, avec mesure sans doute et avec sagesse, apporter à cette solution leur part de concours' ».

Conclusion. — Concluons : il ne peut y avoir entre catholiques de divergence sur le point fondamental, tous admet-

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