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I. Revus de» Deux Monde», t. CX, i8ga, p

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Voilà pourquoi la question sociale se subdivise elle-même en question agraire^ question industrielle, etc.

La situation des ouvriers ou des prolétaires de l'industrie étant, — en France du moins, — plus aiguë, plus triste, plus menaçante que celle des ouvriers de la campagne, la question sociale est, ordinairement, étudiée d'une manière plus immédiate et plus particulière dans le travail industriel. Dans le travail des champs, la durée moyenne de la journée de travail, à cause des exigences des saisons et des intempéries du ciei, est moins longue. Le travail au grand air est incomparablement plus sain que celui qui est effectué dans l'atmosphère viciée des villes et des usines. Le salaire nominal ou réel a subi une hausse plus forte dans l'agriculture que dans l'industrie.

A la campagne, il y a, sinon moins de pauvres, cependant moins de misérables qu'à la ville ; l'indigent y trouve plus de compassion et d'assistance. Dans les populations rurales, on trouve la religion et la moralité mieux conservées, la vie de famille plus développée, l'influence révolutionnaire moins active. Ces raisons et beaucoup d'autres expliquent pourquoi l'on s'occupe d'une manière moins pressante des ouvriers des champs. Il convient, toutefois, d'ajouter que les intéressantes populations des campagnes ne sont pas exclues du domaine de la science sociale et qu'un grand nombre de réformes étudiées ou proposées se rapportent à leurs besoins.

Ainsi définie, la question sociale ouvrière présente trois faces distinctes : les maux, les causes^ les remèdes, trois faces dont la connaissance raisonnée et aussi complète que possible doit être le résultat de ce cours et dont, en ce moment, nous ne pouvons que tracer les contours. Et, d'abord, quel est le mal dont est atteint le monde du travail?

Les maux de la classe ouvrière d'après l'Encyclique. — Dès les premières lignes de son admirable Encyclique Rerum novarum, Léon XllI dépeint en ces termes saisissants la condition des ouvriers :

« La soif d'innovations, dit-il, qui depuis longtemps s'est emparée des sociétés et les tient dans une agitation fiévreuse, devait, tôt ou tard, passer des régions do la politique dans la .«iphère voisine de l'économie sociale.

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« Et, en effet, ces progrès incessants de l'industrie, ce» routes nouvelles que les arts se sont ouvertes, l'altération des rappo'rts entre les ouvriers et les patrons, l'affluence des richesses dans les mains du petit nombre à côté de l'indigence de la multitude, l'opinion, enfin, plus grande que les ouvriers ont conçue d'eux-mêmes, et leur union plus compacte, tout cela, sans parler de la corruption des mœurs, a eu pour résultat final un redoutable conflit... Cette situation préoccupe et exerce à la fois le génie des doctes, la prudence des sages, les délibérations des réunions populaires, la perspicacité des législateurs et les conseils des gouvernants, et il n'est pas de cause qui saisisse, en ce moment, l'esprit humain avec autant de véhémence...

« Nous sommes persuadés, et tout le monde en convient, qu'il faut, par des mesures promptes et efficaces, venir en aide aux hommes des classes inférieures, attendu qu'ils sont, pour la plupart, dans une situation d'infortune et de misère imméritée. Le dernier siècle a détruit, sans leur rien substituer, les corporations anciennes, qui étaient pour eux une protection : tout principe et tout sentiment religieux ont disparu des lois et des institutions publiques, et ainsi, peu à peu, les travailleurs, isolés et sans défense, se sont vus, avec le temps, livrés à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d'une concurrence effrénée. — Une usure dévorante est venue encore s'ajouter au mal. Condamnée à plusieurs reprises par le jugement de l'Eglise, elle n'a cessé d'être pratiquée sous une autre forme par des hommes avides de gain et d'une insatiable cupidité. A tout cela il faut ajouter le monopole du travail et des effets de commerce, devenu le partage d'un petit nombre de riches et d'opulents, qui imposent ainsi un joug presque servile à l'infinie multitude des prolétaires. »

Cette description de la misère et des souffrances de la classe ouvrière a été taxée par certains économistes de déclamation révolutionnaire ; d'autres, plus modérés, y ont vu de l'exagération oratoire. Dans ces « accusations véhémentes contre les abus de notre régime industriel », M. A. Leroy- Beaulieu reconnaît « le langage traditionnel de l'Eglise h, « Ce sont là, dit-il, les lieux communs de l'éloquence ecclésiastique. Chrysostome et Bourdaloue en ont dit bieû

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d'autres aux mondains de Byzance ou aux courtisans de Versailles*. »

Loin de nous la pensée d'accorder à ces lignes de l'Encyclique la valeur d'un enseignement infaillible ; mais il n'en reste pas moins vrai qu'elles sont revêtues d'une haute autorité, soit que l'on considère le caractère du document pontifical, soit que l'on réfléchisse à la compétence spéciale de Léon XIII en ces matières sociales et économiques, compétence loyalement reconnue par M. A. Leroy-Beaulieu et par d'autres économistes de marque.

Du commencement à la fin, l'Encyclique Rerum novarum est un document didactique d'une structure dialectique solide, où le raisonnement serré l'emporte sur le développement oratoire. Aussi paraît-il impossible de soutenir que l'exorde, où se trouvent exposées la nature et l'importance de la question à traiter, se réduise à un crayon fantaisiste des contrastes sociaux.

Analyse de cette description. — Des paroles de Léon XIII Jaillissent plusieurs conclusions immédiates, qu'il importe de signaler :

1° La question ouvrière est urgente, elle exige des mesures promptes et efficaces^ par conséquent il ne faut pas se contenter des mesures à longue échéance ; le temps des palliatifs, des calmants, des anesthésiques est passé. L'aumône, la conversion individuelle des patrons et des ouvriers sont assurément des moyens dignes de tout encouragement, mais suffisent-ils ? Sont-ils doués de cette efficacité rapide réclamée par l'Encyclique ?

a° La triste situation des ouvriers, considérée en général, ne doit pas être imputée à leur seule faute, attendu qu'ils sont pour la plupart dans une situation d'infortune et de misère imméritée. Qu'est-ce à dire, sinon que la question ouvrière n'est pas seulement une question morale et qu'il n'est pas juste de faire peser sur la classe ouvrière toute la responsabilité de sa triste situation ?

3" Dans la crise douloureuse que traverse le monde des travailleurs, les patrons, les propriétaires, les riches ont

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